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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 16:53

Je n'espère pas que M. J.-F. Kahn passe sur mon blog. C'est dommage : il aurait pu se faire une idée de la réalité que recouvrait l'expression "troussage de soubrette".

 

Voici un résumé de l'interrogatoire de la jeune Marie Gandolin par le lieutenant criminel en la sénéchaussée de Bourbonnais, Jacques Vernin, en date du 2 septembre 1758.

Ayant mis au monde un enfant mort-né, quelques jours auparavant dans une maison du bourg d’Yzeure, Marie Gandolin avait été transférée en « la prison royale de cette ville de Moulins ».

 

Marie Gandolin était née à Montluçon, vingt ans auparavant, rue des Cordeliers dans la paroisse Notre Dame. Son père, François y exerçait le métier de cordonnier. Sa mère s’appelait Simonne Madelon. Marie déclare avoir quitté la maison paternelle parce  qu’elle recevait des mauvais traitements la part d’une de ses belles sœurs, ce qui l'a décidée à chercher un emploi salarié.

 

Elle raconte qu'« il y a environ un an et demy » « une fille à elle inconnue » lui proposa de venir à Moulins, s’engageant à lui trouver « une bonne condition ». Marie est donc arrivée dans la capitale du Bourbonnais « environ le mois d’avril de l’année mil sept cent cinquante sept ».

Contrairement à la promesse qui lui avait été faite, aucun emploi ne l’attendait. Elle finit par trouver un travail et un hébergement chez l'un des métayers du sieur de la Chaussée appelé François des Magniauds, au faubourg de la Madgelaine. Elle y resta un mois. Puis elle se loua en qualité de servante chez le sieur Bichon, horloger de Moulins où elle ne resta que huit jours. « De là alla demeurer  chez le nommé Saint Amour, hôte du logis du « Petit Versaille » où elle a demeuré jusqu’au commencement du mois de may dernier". Mais « le dit Saint Amour s’étant aperçu de sa grossesse par un dégoût qu’elle avoit pour une infinitée de choses, il la mit hors de chez luy pour cette seulle raison » après lui avoir payé le solde de son compte. Ensuite, elle trouva à s’engager chez la femme de basse cour du château de Marcellanges, qui appartenait au sieur de Montigny, à l’insu des propriétaires. Lorsque Madame de Montigny s’en aperçut, elle la chassa.

« Le même motif de grossesse l’a empêchée qu’elle n’ait trouvé aucunes conditions ».

Elle vendit donc ses vêtements et avec l’argent qu’elle en avait retiré, elle trouva à s’héberger « chez la nommée Gervoise, cabaretière demeurante en la paroisse et bourg de Saint Bonnet ». Elle y resta près d’un mois « tant que l’argent de ses hardes qu’elle a vendu a duré. Et n’ayant plus de quoy à vivre, n’y aucuns hardes à vendre pour se procurer la nourriture, elle est revenue en cette ville (de Moulins) où elle a mendiée son pain et a couchée toujours dheors  (sic !) personne ne voulant la retirer (l’héberger)». 

Puis elle se réfugia « au bourg et paroisse d’Izeure » où les habitants lui fournirent une paillasse qu'ils lui installèrent dans une maison inhabitée du bourg .

 

« Interrogée depuis quel temps elle estoit enceinte, des œuvres de qui elle l’estoit, et à quelle endroit elle a tenus ce mauvais commerce, a répondu que pendant le temps qu’elle a demeuré chez ledit Saint Amour, il y venoit soupper deux messieurs de cette ville régulièrement,  tous les soirs pendant près d’une quinzaine de jours, dont le sieur Cantat (N.B. : une famille de notaires) en étoit un et l’autre est un médecin qui est assez gros de taille et joli de visage, duquel elle ignore le nom, mais que tout ce qu’elle peut nous dire, c’est qu’ils sont toujours ensemble et ne se quittent point. Qu’un jour et environ le quinze du mois d’avril dernier, le dit sieur Cantat étant venus chez le dit Saint Amour avec l’habillé de noir dont elle ne peut nous dire le nom, commander à souper. Comme il ne trouva point de sallade dans le dit logis, le dit Saint Amour dit à elle répondante, d’en aller chercher une chez le jardinier. Et y étant allée, le sieur Cantat la suivit et à la sortie de chez le jardinier, le dit sieur Cantat qui attendoit elle répondante à la porte, la prit sous le bras et la conduisit auprès du Jeux de l’Oizeau, ou après luy avoir fait différentes promesses et donné un écus de trois livres, elle eû la faiblesse de se laisser aller à luy et ne joüit d’elle qu’une seulle fois en luy disant qu’elle n’avoit rien à craindre et que si elle venoit embarassée, il auroit soin d’elle. Après quoy elle répondante s’en retourna chez le dit Saint Amour et ledit sieur Cantat y entra peut de temps après avec le médecin pour soupper avec le médecin qui l’y attendait. Qu’il etoit pour lors neuf heures du soir".

Le prude Saint Amour ne s'était pas rendu compte du manège de ses deux clients !

" Le même soir, servant ces deux messieurs à table, le médecin la sollicita si fort en luy disant qu’elle avoit bien accordé ses faveurs à un autre, et qu’elle pouvoit bien luy accorder aussy ce qui donna à penser à elle répond(ant)e que le dit sieur Cantat ly avoit dit ce qui venait de se passer entre eux. Ce qui fit qu’elle répondante eût la feublesse de luy donner rendez-vous au landemain sur les neuf heures du soir au cour de Bersy où le dit sieur médecin se trouva à joüir d’elle une seulle fois et luy donna vingt quatre sous".  

"Assure qu’elle n’a eu affaire à aucunes autre personne ».

 

On m'objectera qu'elle n'a pas dit "non" à la proposition que lui ont faite les deux notables : mais avait-elle possibilité de le faire ?

Elle a aussi reçu de l'argent :

Je vais essayer de savoir ce qu'elle est devenue : le juge l'a condamnée à retourner à Montluçon, je vais essayer de savoir si elle a eu d'autres enfants, si elle s'est mariée. 

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commentaires

kéline 25/11/2011 17:27

Une bien triste histoire que celle de Marie. Elle éclaire bien le sens de l'expression " troussage de soubrette " en effet.

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