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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 16:53

Je n'espère pas que M. J.-F. Kahn passe sur mon blog. C'est dommage : il aurait pu se faire une idée de la réalité que recouvrait l'expression "troussage de soubrette".

 

Voici un résumé de l'interrogatoire de la jeune Marie Gandolin par le lieutenant criminel en la sénéchaussée de Bourbonnais, Jacques Vernin, en date du 2 septembre 1758.

Ayant mis au monde un enfant mort-né, quelques jours auparavant dans une maison du bourg d’Yzeure, Marie Gandolin avait été transférée en « la prison royale de cette ville de Moulins ».

 

Marie Gandolin était née à Montluçon, vingt ans auparavant, rue des Cordeliers dans la paroisse Notre Dame. Son père, François y exerçait le métier de cordonnier. Sa mère s’appelait Simonne Madelon. Marie déclare avoir quitté la maison paternelle parce  qu’elle recevait des mauvais traitements la part d’une de ses belles sœurs, ce qui l'a décidée à chercher un emploi salarié.

 

Elle raconte qu'« il y a environ un an et demy » « une fille à elle inconnue » lui proposa de venir à Moulins, s’engageant à lui trouver « une bonne condition ». Marie est donc arrivée dans la capitale du Bourbonnais « environ le mois d’avril de l’année mil sept cent cinquante sept ».

Contrairement à la promesse qui lui avait été faite, aucun emploi ne l’attendait. Elle finit par trouver un travail et un hébergement chez l'un des métayers du sieur de la Chaussée appelé François des Magniauds, au faubourg de la Madgelaine. Elle y resta un mois. Puis elle se loua en qualité de servante chez le sieur Bichon, horloger de Moulins où elle ne resta que huit jours. « De là alla demeurer  chez le nommé Saint Amour, hôte du logis du « Petit Versaille » où elle a demeuré jusqu’au commencement du mois de may dernier". Mais « le dit Saint Amour s’étant aperçu de sa grossesse par un dégoût qu’elle avoit pour une infinitée de choses, il la mit hors de chez luy pour cette seulle raison » après lui avoir payé le solde de son compte. Ensuite, elle trouva à s’engager chez la femme de basse cour du château de Marcellanges, qui appartenait au sieur de Montigny, à l’insu des propriétaires. Lorsque Madame de Montigny s’en aperçut, elle la chassa.

« Le même motif de grossesse l’a empêchée qu’elle n’ait trouvé aucunes conditions ».

Elle vendit donc ses vêtements et avec l’argent qu’elle en avait retiré, elle trouva à s’héberger « chez la nommée Gervoise, cabaretière demeurante en la paroisse et bourg de Saint Bonnet ». Elle y resta près d’un mois « tant que l’argent de ses hardes qu’elle a vendu a duré. Et n’ayant plus de quoy à vivre, n’y aucuns hardes à vendre pour se procurer la nourriture, elle est revenue en cette ville (de Moulins) où elle a mendiée son pain et a couchée toujours dheors  (sic !) personne ne voulant la retirer (l’héberger)». 

Puis elle se réfugia « au bourg et paroisse d’Izeure » où les habitants lui fournirent une paillasse qu'ils lui installèrent dans une maison inhabitée du bourg .

 

« Interrogée depuis quel temps elle estoit enceinte, des œuvres de qui elle l’estoit, et à quelle endroit elle a tenus ce mauvais commerce, a répondu que pendant le temps qu’elle a demeuré chez ledit Saint Amour, il y venoit soupper deux messieurs de cette ville régulièrement,  tous les soirs pendant près d’une quinzaine de jours, dont le sieur Cantat (N.B. : une famille de notaires) en étoit un et l’autre est un médecin qui est assez gros de taille et joli de visage, duquel elle ignore le nom, mais que tout ce qu’elle peut nous dire, c’est qu’ils sont toujours ensemble et ne se quittent point. Qu’un jour et environ le quinze du mois d’avril dernier, le dit sieur Cantat étant venus chez le dit Saint Amour avec l’habillé de noir dont elle ne peut nous dire le nom, commander à souper. Comme il ne trouva point de sallade dans le dit logis, le dit Saint Amour dit à elle répondante, d’en aller chercher une chez le jardinier. Et y étant allée, le sieur Cantat la suivit et à la sortie de chez le jardinier, le dit sieur Cantat qui attendoit elle répondante à la porte, la prit sous le bras et la conduisit auprès du Jeux de l’Oizeau, ou après luy avoir fait différentes promesses et donné un écus de trois livres, elle eû la faiblesse de se laisser aller à luy et ne joüit d’elle qu’une seulle fois en luy disant qu’elle n’avoit rien à craindre et que si elle venoit embarassée, il auroit soin d’elle. Après quoy elle répondante s’en retourna chez le dit Saint Amour et ledit sieur Cantat y entra peut de temps après avec le médecin pour soupper avec le médecin qui l’y attendait. Qu’il etoit pour lors neuf heures du soir".

Le prude Saint Amour ne s'était pas rendu compte du manège de ses deux clients !

" Le même soir, servant ces deux messieurs à table, le médecin la sollicita si fort en luy disant qu’elle avoit bien accordé ses faveurs à un autre, et qu’elle pouvoit bien luy accorder aussy ce qui donna à penser à elle répond(ant)e que le dit sieur Cantat ly avoit dit ce qui venait de se passer entre eux. Ce qui fit qu’elle répondante eût la feublesse de luy donner rendez-vous au landemain sur les neuf heures du soir au cour de Bersy où le dit sieur médecin se trouva à joüir d’elle une seulle fois et luy donna vingt quatre sous".  

"Assure qu’elle n’a eu affaire à aucunes autre personne ».

 

On m'objectera qu'elle n'a pas dit "non" à la proposition que lui ont faite les deux notables : mais avait-elle possibilité de le faire ?

Elle a aussi reçu de l'argent :

Je vais essayer de savoir ce qu'elle est devenue : le juge l'a condamnée à retourner à Montluçon, je vais essayer de savoir si elle a eu d'autres enfants, si elle s'est mariée. 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:14

En cette journée de la femme, évoquons cette "gouverneure" que fut Louise de La Vallière.    La%20Valliere
Lectrice, en son temps, d'Alexandre Dumas, je savais naturellement qu'elle avait été une des maîtresses de Louis XIV (Le vicomte de Bragelonne).
C'est par G. Rougeron (Les gouverneurs du pays et duché de Bourbonnais, Moulins, 1983) que j'ai découvert qu'elle eût le gouvernement de cette province.  
Née Louise de la Baulme Le Blanc, elle descendait d'une famille implantée en Bourbonnais au Moyen Age. Son ancêtre, Perrinet Le Blanc, seigneur de la Baume, au Veurdre et capitaine de cette ville, l'avait défendue contre les troupes bourguignonnes pendant la guerre de Cent Ans.
Son frère aîné de Louise, Jean François, marquis de La Vallière avait acheté la charge de gouverneur de Bourbonnais en 1670 pour un montant de 307 000 livres. 
Théoriquement représentants du Roi dans la circonscription administrative qu'on appelait "sénéchaussée de Bourbonnais", les gouverneurs Lavallière (car la charge, une fois acquise, était héréditaire) mirent surtout toute leur énergie à recouvrer les 35 000 livres de revenus qu'elle rapportait. Et à se faire des ennemis chez les bourgeois, notamment le maire et les échevins...
Après la mort de Jean François, en 1676, Louise qu'on appelait alors Louise de la Miséricorde, depuis qu'elle était devenue Carmélite, écrivit au roi. Son frère laissait une veuve et un fils qui héritait de la charge de gouverneur, mais aussi de grosses dettes, mettant ainsi dans la peine de petites gens, bourgeois et marchands, qui étaient venus  se plaindre à elle. "Sy bien, sire, que je supplie très humblement Votre Majesté de conserver le gouvernement du Bourbonnais afin d'acquitter  les dettes de mon frère, le marquis de la Vallière". En marge de ce courrier, Louis XIV a annoté "avons ordonné qu'il en soit fait selon les désirs de notre aimée soeur Louise de la Miséricorde". Elle prit donc, le 27  octobre de cette année 1626, le titre de "gouvernante et sénéchale au pays et duché de Bourbonnais". Mais, comme elle était soeur cloîtrée, c'est son secrétaire qui se chargea d'apurer les dettes de Jean François de la Vallière. 
La situation rétablie par sa belle-soeur, la veuve de Jean-François assura l'intérim pendant la minorité de son héritier Charles-François. L'intendant Le Vayer signala dans son rapport au roi : "C'est une femme puis un enfant qui en ce moment gouvernent la cité par des gens à leur dévotion, et comme cette femme et cet enfant n'habitent pas Moulins, comme ils ignorent les aspirations et les besoins de sa population et ne connaissent en aucune façon par eux-mêmes ceux qu'ils chargent d'administrer, leurs choix sont faits sans discernement". 

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 12:16

 

Charles Louis PHILIPPE est un écrivain, né à CERILLY (03), près de la forêt de Tronçais, comme Marcellin DESBOUTINS que j'ai évoqué précédemment. Il était fils d'un sabotier, mais  a pu poursuivre des études grâce à une bourse. Après son baccalauréat, Charles-Louis Philippe a préparé sans succès les concours d'entrée à l'École polytechnique et à l'École centrale. "Monté" à Paris, il entra dans l’administration du département de la Seine. Il mèna à Paris une vie modeste et possèdait un petit appartement de l'île Saint-Louis, à une époque où le quartier était encore populaire.

J'ai trouvé à Strasbourg, à une époque où mes revenus me permettaient encore de faire des achats d'impulsion, un exemplaire de son oeuvre majeure : Bubu de Montparnasse, en allemand et en gothique. J'ai appris l'allemand en 2e langue, et en 4e et en 3e, nous avions encore des livres où un texte sur deux était imprimé en gothique, ce qui m'a sans doute d'ailleurs beaucoup aidée pour la paléographie et la lecture des parchemins du Moyen Age. Je me suis donc lancé le défit de le lire dans cette édition : le roman ne compte d'ailleurs pas plus de 200 pages..  

Les illustrations sont de très jolis bois gravés.
Charles Louis PHILIPPE amène très régulièrement à CERILLY des universitaires, plus souvent anglais, américains ou japonais que français ! Dans son roman, iIl offre une description de ce PARIS de la Belle Epoque, aussi évoqué par CARCO et MAC ORLAN, Belle Epoque qui n'était pas belle pour tout le monde, et particulièrement pas pour les protagonistes du roman :
dont voici le résumé :
La petite Berthe est  apprentie fleuriste et se rend un bal avec ses soeurs. Elle y rencontre Maurice, ébéniste, qui se montre le plus galant des cavaliers, l'invite à boire une grenadine et, de rendez-vous en rendez-vous, devient son amant, puis son homme. Maurice, dit « Bubu de Montparnasse » va mettre sa petite femme au travail et lui fait rencontrer ses amis : Jules notamment, et la voilà devenue "fille publique".
Elle arpente boulevard Sébastopol jusqu'à 22 heures pour gagner l'argent du ménage, payer leur chambre d'hôtel, ses souliers et  les loisirs de Bubu. Comme celui-ci sait qu'il faut savoir tenir sa femme, il  l'éduque par l'autorité et la corrige "pour son bien".
Un soir, elle rencontre un nouveau client : le jeune Pierre, provincial timide, un employé qui étudie encore pour obtenir ses diplômes.

Il m'avait échappé que Mauro Bolognini en avait fait un film en 1970, avec Ottavia Piccolo dans le rôle de Berthe. Antonio Falsi est Bubu, Massimo Ranieri est Pierre et Luigi Proietti, Giulio.


Le thème de la gentille fille mise sur le trottoir par un homme dont elle est éperdument amoureuse et qui meurt sous ses coups quand elle refuse d'aller au turbin a aussi été évoqué dans une de ces "chansons réalistes" qui font mon succès dans les mariages et notamment par Aristide BRUAND dans celle-ci :

Elle avait sous sa toque de martre,
sur la butte Montmartre,
un p'tit air innocent.
On l'app’lait Rose, elle était belle,
Elle sentait bon la fleur nouvelle,
rue Saint-Vincent.


Elle avait pas connu son père,
elle avait plus d'mère,
et depuis 1900,
Elle demeurait chez sa vieille aïeule
Où qu'elle s'élevait comme ça, toute seule,
rue Saint-Vincent.


Elle travaillait déjà pour vivre
et les soirs de givre,
dans l'froid noir et glaçant,
son p'tit fichu sur les épaules,
elle rentrait par la rue des Saules,
rue Saint-Vincent.


Elle voyait dans les nuit gelées,
la nappe étoilée,
et la lune en croissant
qui brillait, blanche et fatidique
sur la p'tite croix d'la basilique,
rue Saint-Vincent.


L'été, par les chauds crépuscules,
Elle rencontra Jules,
qu'était si caressant,
qu'elle restait la soirée entière,
avec lui près du vieux cimetière,
rue Saint-Vincent.


Mais le p'tit Jules était d'la tierce
qui soutient la gerce,
aussi l'adolescent,
voyant qu'elle marchait pantre,
d'un coup d'surin lui troua l'ventre,
rue Saint-Vincent.


Quand ils l'ont couché sur la planche,
elle était toute blanche,
même qu'en l'ensev'lissant,
les croque-morts disaient qu'la pauv' gosse
était crevée l'soir de sa noce,
rue Saint-Vincent.


Elle avait une belle toque de martre,
sur la butte Montmartre,
un p'tit air innocent.
On l'appelait Rose, elle était belle,
Elle sentait bon la fleur nouvelle,
rue Saint-Vincent.


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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 13:04

A Rome, l’on disait : la roche Tarpéïenne (lieu d’où l’on précipitait les condamnés à mort) est proche du Capitole (lieu où l’on honorait les héros). Au Moyen Age, le thème de la Roue de la fortune était très populaire.

Trois lettres de rémission, datés de 1488, rapportent les faits suivants
(AN JJ 219 f° 77 v° n° 122 et AN JJ 219 f° 78 v° et 79  en faveur d’Etienne Barton, de Bernardin Peloux et de Louis de Quinquempoix):
Le roi Charles (VIII) a reçu « humble supplication » d’Estienne Barton, écuyer, alors emprisonné à Saumur. Du vivant de feu duc Jean (II) de Bourbonnois et d'Auvergne, le dit suppliant et autres, étaient serviteurs et officiers de la maison ducale. Ils avaient vu et eu à connaître les merveilleuses et grandes tromperies, déceptions et exactions qu’un nommé Jehan Berry, secrétaire du duc, avait faites au duc.
«Pis estoit » Jean Berry avait usé, pour faire aboutir ses sombres desseins, du « moyen de quelques sors, mauvais et dampnables movens. » Le duc était ainsi totalement envoûté et « ne faisoit {…} aucune chose fors ce que le dit Berry vouloit et lui persuadoit », ce qui causait un grand dommage au duché (« dont plusieurs grans maulx, esclandres, inconvénients et désordres »). Un groupe de vaillants nobles : Mathieu, bâtard et fils naturel du duc, Pierre d’Urfé, assistés du « dit suppliant », d’un nommé Loys de Quinquempoix et de Bernardin Peloux, tous deux hommes d'armes d’une compagnie dont le duc Jean avait la charge et dont le dit bâtard de Bourbon était le lieutenant, décidèrent d’agir. Ils « eurent plusieurs conférences ensemble, avec certains autres serviteurs et officiers de la dite maison » et convinrent qu'il serait bon que Berry fût « éloigné, ôté et déchassé de l'entour de la personne du duc, et pour ce faire, ils ne voyaient pas de meilleur moyen que de le capturer et l’emprisonner ». Ce qui fut fait le jeudi 14 février 1487.
Jean Berry logeait en l’hôtel de maître Odard Bellocier. Il était à table et soupait avec plusieurs autres quand Mathieu, le Grand Bâtard de Bourbon, s’empara de lui et le fit conduire en une place nommée Arthiers (Artias, commune de Retournac) dont il était seigneur haut justicier « au païs de Vellay ». Une perquisition fut ordonnée dans la maison de maître Odard Bellossier : une « boete » et plusieurs coffres appartenants à Jean Berry, furent saisis, « scellez et cachetez » puis « furent portez en l'ostel du dit bastard. Et depuis furent ouvers en la présence du dit suppliant ».
« Esquelz boete et coffre l'en trouva une espée et certains cousteaulx plains de goûtes de sang, diverses lames de cuivre semées et remplies de caractes (= caractères), peaulx de serpens, mendegores (= mandragore), oignemens, ung ceptre et autres plusieurs choses sentans sorcerie, composées pour faire invocations de maligns esperitz. »
A Artias  « icelluy Berry a esté noyé, getté et fait mourir en la rivière de Loire par le commandement du dit bastard ».

Ce Berry était un de basse extraction. Il était devenu notaire, à Montbrison, en Forez (« de petite maison », « ung pauvre notaire qui n’avoit guières de biens »). Il avait accédé aux fonctions de Maître des Comptes, puis de "garde des sceaux" du duc. Sa fortune était, dans le même temps, devenue considérable. Comment devenir si puissant, quand on est de si humble origine, si ce n'est par une intervention diabolique ?


Jusqu'au XVIIe s., l'accusation de sorcellerie a beaucoup servi pour évincer un rival, en politique. Jean Pierre Leguay évoque dans sa thèse sur les villes du duché de Bretagne aux XIVe et XVe s., (Jean Pierre Leguay un réseau urbain au Moyen Age : les villes du duché de Bretagne aux XIVe et XVe s. p ; 338 à 342),  le trésorier général du duché de Bretagne,  Pierre Landais, qui suscita pareillement contre lui une réaction nobiliaire au point qu’il finit au gibet. Il était lui aussi « de basse extraction » (ses détracteurs accréditent la légende du fils d’un pauvre tailleur ou chaussetier d’un faubourg de Vitré). Son enrichissement  ne pouvait s’être fait que par des moyens malhonnêtes : ses ennemis insistent sur son audace, son esprit d’entreprise, son impudence et son absence de scrupules. En réalité, il avait eu l’idée d’introduire le commerce de la soie, ce qui fit sa fortune. Mais courut aussi le bruit  qu’il avait pris de l’ascendant sur le duc François II  par « l’usage de maléfices ». Troublante similitude avec la carrière de Jean Berry, en Bourbonnais et les accusations portées contre lui.
Pierre Landais cédait à crédit des draps de soie et de laine au duc et lui  prêtait de l’argent... comme un autre financier, plus connu à Bourges, mais originaire de Saint Pourçain : Jacques Cœur qui fut lui aussi traîné en justice.
En ce qui concerne le Bourbonnais, Henri de Surirey de Saint Rémy raconte les déboires de deux autres hommes de confiance du duc Jean II. L’évêque d’Orange : Pierre Carré, qui fut accusé de sorcellerie, sur des suspicions très semblables à celles que l’on fit peser sur Jean Berry.
Et Geoffroy Hébert, évêque de Coutances, accusé ainsi par Louis des Barres, un des anciens familiers du duc Jean II, tombé en disgrâce : « traitre, villain, apostat, concubinaire… tu m’as fait partir de la maison de Bourbon » (AN X1 A 4821 gf° 373 (cité par Surirey de Saint Rémy p. 192)). Le roi Louis XI, qui gardait présent à l’esprit le rôle joué par Jean II dans la guerre du Bien Public lors de son accession au trône, fit arrêter l’évêque, par trop enclin à s’occuper d’astrologie (« c’estoit l’homme qui se mesloit plus d’astrologie de caractère  que homme qui feust en tout le pays »). Et qui, circonstances aggravantes s’était fait livrer par un orfèvre de Saint-Pourçain, par l’entremise d’un nommé Pierre Barret, une « plataine » gravée à « la figure d’une teste de femme à cheveux pendans et plusieurs lectres … en forme de lectre romaine». 

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 14:53

Il y a des noms de rues qui font rêver : à MAMERS, j'aurais aimé habiter la rue d'Estournelles de Constant. J'aurais trouvé ça assez classieux, moi qui logeait bêtement place de la République. A AMBERIEU, j'ai longtemps cherché à savoir qui était "Alexandre Bérard prolongé" avant de découvrir que dans sa version non prolongée, c'était un ancien conseiller général. A MOULINS, j'aurais pu être affectée au lycée gracieusement sis sur le Cours Vincent d'Indy, mais non, celui qui m'échût, après avoir longtemps été domicilié rue du Repos vit son entrée prosaïquement déplacée place Jules Ferry.  
Marcellin DESBOUTINS a sa rue à Moulins : elle est surtout connue parce que la Mutualité sociale agricole, institution qui compte dans notre beau Bourbonnais y a son siège. Mais qui était-il ?

Tout le monde le connaît : la preuve ....

Eh oui ! c'est lui le pochtron assis à gauche d'une gourgandine que DEGAS a pris comme modèle pour sa célèbre absinthe.
Il était né à CERILLY, a longtemps vécu et accueilli ses amis dans sa villa des hauteurs de FLORENCE. Ami des peintres impressionnistes, il fit le portrait de plusierus d'entre eux. Il avait un très joli coup de  crayon : ses dessins à la pointe sont exposés au premier étage du musée Anne de Beaujeu. 

A propos de Florence : il est une blague dont je ne me lasse jamais. Une des rares dont je réussisse à me souvient : "Quelle différence y-a-t'il entre Florence et Bécon-les-Bruyères ?". C'est qu'à Bécon-les-Bruyères, on peut toujours trouver une fille qui s'appelle Florence, mais que je vous mets au défi de trouver à Florence une fille qui s'appelle Bécon-les-Bruyères...   Quant à Paul d'Estournelles de Constant, s'il est oublié des livres d'histoire, c'est un personnage intéressant : il obtint le prix Nobel de la paix et était opposé à la politique coloniale, ce qui en son temps était assz subversif. S'il y avait eu plus d'hommes politiques comme lui pour plaider la réconciliation franco-allemande, aurait-on pu éviter les deux guerres "mondiales" ?
 

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 18:39



A BHOPAL, dans l'Inde centrale, une famille porte le nom de BOURBON. Leur légende familiale les fait descendre d'un certain Jean (ou Jean-Philippe) de BOURBON.
Michel de GRECE les a rencontrés. De MANTOUE à AGRA (ville du TAJ MAHAL), en passant par l'EGYPTE et l'ETHIOPIE (ABYSSINIE) et les comptoirs indiens du PORTUGAL, dans un style alerte il narre l'épopée d'un aventurier du XVIe siècle, qui se prétendait apparenté à la maison royale de FRANCE. Michel de Grèce a pris le parti de faire de son héros le fils caché du Connétable Charles de BOURBON-MONTPENSIER et de Suzanne de BOURBON.
Ce roman est aussi l'occasion de découvrir l'histoire de ces pays lointain à l'aube de l'époque moderne.
 
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 23:01

                   Ce sont de toutes petites photos, jaunies, délavées. Sur l'une d'elle, je reconnais mon grand-père.
                                                                                               Et puis il y 3 autres soldats...
Avec l'aide de mon photographe, nous avons fait ressurgir du passé des visages esquissés. Le flou qui n'a pu être corrigé les rend  d'autant plus émouvantes.

 
                               




Parmi ces photos, un paysage désolé et l'un de  ces abris de fortune où s'abritaient les soldats...


Et le souvenir d'une chanson qu'ont chanté Yves Montand et Renaud (Séchan)

Sur cette butte là, y avait pas de gigolettes,
Pas de marlous, ni de beaux muscadins.
Ah, c'était loin du moulin de la Galette,
Et de Paname, qu'est le roi des patelins.

Ce qu'elle en a bu, du beau sang, cette terre,
Sang d'ouvrier et sang de paysan,
Car les bandits, qui sont cause des guerres,
N'en meurent jamais, on ne tue que les innocents.

La Butte Rouge, c'est son nom, le baptême se fit un matin
Où tous ceux qui grimpèrent, roulèrent dans le ravin
Aujourd'hui y a des vignes, il y pousse du raisin
Qui boira de ce vin là, boira le sang des copains

Sur cette butte là, on n'y faisait pas la noce,
Comme à Montmartre, où le champagne coule à flots.
Mais les pauvres gars qu'avaient laissé des gosses,
Ils faisaient entendre de pénibles sanglots.

Ce qu'elle en a bu, des larmes, cette terre,
Larmes d'ouvrier et larmes de paysan,
Car les bandits, qui sont cause des guerres,
Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans.

La Butte Rouge, c'est son nom, le baptême se fit un matin
Où tous ceux qui grimpèrent, roulèrent dans le ravin
Aujourd'hui y a des vignes, il y pousse du raisin
Qui boit de ce vin là, boira les larmes des copains

Sur cette butte là, on y refait des vendanges,
On y entend des cris et des chansons.
Filles et gars, doucement, y échangent,
Des mots d'amour, qui donnent le frisson.

Peuvent-ils songer dans leurs folles étreintes,
Qu'à cet endroit où s'échangent leurs baisers,
J'ai entendu, la nuit, monter des plaintes,
Et j'y ai vu des gars au crâne brisé.

La Butte Rouge, c'est son nom, le baptême se fit un matin
Où tous ceux qui grimpèrent, roulèrent dans le ravin
Aujourd'hui y a des vignes, il y pousse du raisin
Mais moi j'y vois des croix, portant le nom des copains.


La Butte Rouge est une chanson de Montéhus écrite en 1919.

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 00:00

J’avais prévu de lancer une recette de cuisine d’automne …

L’actualité aidant, voici en avant première un court extrait de la conférence que je vais faire sur Catherine de Médicis, qui fut duchesse de Bourbonnais de 1562 à 1566, et fit au moins 3 séjours à Moulins.
Catherine, la méchante reine, souffrit de la diffusion de nombreuses rumeurs. Comme il est attesté pour le duc Jean II de Bourbon (1426 – 1488), elle s’intéressait à la science, mais aussi à l’astrologie, à l’alchimie, cherchant à expliquer l’inexplicable. Elle a ainsi cotoyé Michel de Notre Dame, qui était aussi médecin et un peu chimiste. A Salon-de-Provence, où il était né, il avait confectionné, pour lutter contre l’épidémie de peste, qui ravagea la Provence en 1548, des pastilles à sucer. L’épidémie étant arrivée à Lyon, les consuls le firent venir dans cette ville.
Vers 1571 apparaît à la cour de France un certain Cosimo Ruggieri,  un florentin, fils d’un autre Ruggieri qui était médecin-astrologue du père de Catherine, Laurent II de Médicis, duc d'Urbin. Il. Il établit des horoscopes pour elle et ses enfants, comme 80 ans auparavant, Conrad Heingartner et Antonio Chiapucini l’avait fait pour le duc Jean II. L'ambassadeur Alamanni rapporta que Cosimo Ruggieri « faisait profession, entre autres choses, de connaître assez bien l'astrologie et surtout l'astrologie judiciaire, consistant à prédire l'avenir. (...) À cause de cela (...), il arriva, il y a peu de temps, dans un tel crédit près de la Reine mère du Roi, qu'en outre qu'il avait continuellement l'oreille de Sa Majesté  et savait une infinité de choses de cette façon et d'autres, il fut choisi, il y a peu de mois, pour enseigner la langue toscane au duc d'Alençon, ce dont il tirait de raisonnables profits ». Ses nouvelles fonctions lui permettent donc de frayer avec l'entourage de François, duc d'Alençon. Il fréquente alors le parti des Malcontents dont François d’Alençon était le leader et fut impliqué dans un complot. Des présomptions d'envoûtement ne tardent pas à surgir, étayées par la découverte d'une figurine en cire dans les affaires d’un des conjurés, La Môle. Elle était présumée réprésenter Charles IX. L'état de santé du roi s'altéra gravement à la fin du mois d'avril 1574, ce qui renforça les accusations de sorcellerie. Cette figurine était l'oeuvre de Ruggieri qui fut ainsi compromis dans le complot. De là à supposer que la reine mère pratiquait elle aussi la magie noire, il n’y avait qu’un pas.

Comme on ne prête qu’aux riches, on l’a aussi accusée d’être une empoisonneuse (son « cabinet des poisons » a longtemps été montré aux touristes par les guides du château de Blois).

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 12:39

J'écoute ce midi la radio : on débat sur l'ouverture des magasins jusqu'à 22 heures, voire même leur ouverture 24 heures sur 24.
C'est une chose de travailler 14 heures par jour quand on est à son compte. Quand j'ai du monde dans ma chambre d'hôtes, c'est un peu le temps que je passe à gérer les diverses activités que celà implique : mais j'y prends beaucoup de plaisir.
Travailler 10 ou 12 heures par jour quand on est salarié est tout différent. Surtout dans un contexte croissant de harcèlement moral au travail.
Car malgré la loi sur les 35 heures, il y a bel et bien des employés (les caissières des grandes surfaces, les employés des fast food ou de parcs de loisirs qu'on oblige à être présents sur une grande amplitude "au cas où l'on aurait  besoin d'eux", mais qui ne sont payés que quand ils sont face au client) qui n'ont que 10 heures de vie privée, peut-être moins quand ils ont 3 heures de déplacement pour se rendre de chez eux à leur lieu de travail.
Si la loi initiale sur les 35 heures, qui plafonnait le nombre d'heures supplémentaires, comportait des imperfections, les prétendues "catastrophes" qu'elle a engendrées me paraissent surtout avoir relevé d'un mauvais "management", on dit maintenant "gouvernance". J'employais alors des artisans pour aménager ma chambre d'hôtes : le chantier s'arrêtait au milieu de la journée. Je ne voyais personne pendant 10 jours malgré mes coups de téléphone et l'argument qui m'était donné était : "c'est à cause des 35 heures" ou "les ouvriers sont en RTT" !!! Pour moi, qui ait eu à gérer du personnel, notamment une équipe mobile d'entretien des bâtiments (électriciens, plâtriers-peintres, plombiers), le problème était ailleurs : et il tenait essentiellement  l'organisation du planning des chantiers et au suivi de celui des ouvriers.

Voilà comment au XVIe siècle le problème fut tranché par le législateur :

Dans les Ephémérides moulinoises, Marcellin Crépin Leblond et Claude Renaud  relèvent que le
20 mars 1566, des lettres patentes de Charles IX qui se trouvait alors à Moulins avec toute la cour, édictent que les "journaliers, manouvriers, laboureurs de vignes et autres " recevront un salaire maximum par journée de travail :  3 sols tournois du 1er mars à fin octobre
                                                                       2 sols tournois les six mois d'hiver car l'amplitude de la journée de travail était moins longue.
En plus de leur nourriture, bien entendu, pour laquelle ils avaient droit, chaque jour, "de la pidance et du pain" et à 4 chopines de petit vin.

Toutefois, du 15 septembre au 15 février, ils ne pouvaient exiger que deux repas, dîner et goûter, " avec trois chopines de vin, pain et pidance ".

Le Roi était intervenu sur les instances des bourgeois de Moulins, parce qu' "un grand nombre de propriétaires {auraient été} obligés de laisser les labourages et les vignes en friche" et qu'il était urgent de mettre "un frein aux prétentions des ouvriers".
Mais 117 "païzans, journalliers manouvriers, vignerons, laboureurs, etc..."  "prétendant interest à la veriffication et entérinement des lettres ", élevèrent une protestation par l'intermédiaire de J. Dubuisson, leur avocat, et de Guerard Rouaud, leur procureur. Ils objectaient qu'avec leurs salaires ils devaient acheter des outils coûteux, nourrir leurs familles, et les vêtir ainsi qu'eux-mêmes, payer les impôts, etc... ; Ils faisaient observer qu'en tenant compte des dimanches et fêtes, ils ne travaillaient que les deux tiers de l'année, et que, dans ces conditions, les deux ou trois sols quotidiens constituaient une bien maigre ressource.

Inflexible, le sénéchal de Bourbonnais prononça l'entérinement des lettres.

Cependant, il consentait à réduire un peu la journée de travail, qui serait désormais " de 5 heures du matin à 6 heures du soir dans la bonne saison (13 heures d'amplitude), et le reste du temps de 6 heures du matin au coucher du soleil ".

Il semble que les ouvriers se soient organisés en groupes de pression, menacèrent de faire la grève sur le tas et obtinrent des augmentations de leur salaire journalier : car le juriste Jean Duret écrit dans son Commentaire de la Coutume du Bourbonnais: " Au lieu de rendre les salaires égaux au labeur, les mercenaires (entendons les "salariés") se bandèrent (se regroupèrent) et firent contenance de ne vouloir plus travailler, qui causa quelques habitans, ayant peu d'esgard aux lettres obtenues, d'enfraindre indiscrètement les patentes de Sa Majesté ; de quoy les mercenaires se sont si fort enorgueillis que, dès ce temps, les journées ont redoublé en prix... " '

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 14:07

Au Moyen Age, sauf quelques hôtels particuliers de notables, l'espace réservé à la vie privée était limité à une ou deux pièces. Quelquefois sans cheminée. L'essentiel de la vie se déroulait donc dehors, sous l'oeil du voisin, dans un monde où l'on déménageait peu (même si l'on voyageait plus qu'on ne le croit). L'expression des désaccords dérapait souvent en violences.
Certains lieux, certains jours, où l'on échangeait des informations et où l'on en débattait, étaient propices aux débordements.
Dans la société médiévale, la retenue et le sang-froid, loin d’être considérés comme des qualités, sont au contraire, perçus comme un signe de lâcheté.
Voici comment nous est rapportée l'escalade verbale d'une provocation qui opposa à Ebreuil, dans les années 1430, Huguenin de Richepoy et Jean de La Broce :
 " tu n' oserais ???...
 - ni toy ?...
- ni toy !...
Ce dernier "ni toi" était la goutte d'eau qui fit déborder le vase et justifia un dépôt de plainte devant le bailli d'Ebreuil.

Et les gens étaient très susceptibles quant à leur réputation. 

Jeannot Aulhalt, d'Ebreuil,  s'était-il estimé injurié parce que Stevenin Laurent avait dit qu'" il estait si orgueilleux qu'il ne daignoit pas parler aux gens ". Steve Brosson avait " injurieusement " accusé Steve Rocros d'être " plus fat que ung chien ". La femme de Pierre Perussa avait gravement insulté la femme de Berthomer Perussa en affirmant " qu'elle ne disait vrai ".
Plus graves étaient les injures contestant l'honnêteté : "larron" (ou pire ! … "faux larron"), "maquerel", ou celles mettant en doute l'appartenance à une famille honorable comme "champisse" (enfant trouvé), les ragots colportés sur la vie privée, les doutes émis sur l'honorabilité de la famille, notamment maternelle : un plaignant ne supporta pas de  s'entendre traiter par ce dernier de " fils de pute sanglante ". Autres motifs de plainte : quand la femme de Guillaume Bouly fit courir le bruit à Ebreuil, en 1435, que la femme de Jean Ghaubert se "faisait chevaucher à chiens et à chats" ou quand la femme de Michel Leugaie colporta qu'Alix, femme de Guillaume de Prédeaux " avoir esté trové(e) au cellier de la selhose en blanc de legle".
Une autre injure me demeure obscure : Jean Botinet, de Busset, avait rapporté que Jean Cornet avait " fait ses nossez de thestinières ". 

La situation s'envenimait souvent parce que les protagonistes étaint « mal émus », euphémisme qui signifie qu’ils étaient en état d'ébriété. Et qui, juridiquement d'ailleurs (autres temps, autres moeurs ! ) constituait une circonstance atténuante. Le plus grand nombre de bagarres ayant fait l'objet de plaintes, et jugées par le châtelain d'Ebreuil, s'étaient déroulées dans l'auberge de Jean Rocros ou dans celle de Jehan de Vauvrille. Une taverne de Montmarault est le départ de l'affaire "Dinet de Châteauneuf" et une taverne de Varennes celle de l'"affaire Jean Moreau c/ La Besche".

source : D. Laurent "Emotions populaires et violence" paru dans le Bulletin des Amis de Montluçon

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