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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 15:02

J'ai dîné hier en face d'un collégien de 4e qui m'a appris qu'il y avait des taux de TVA différents pour les médicaments et les produits vétérinaires !!!

Il  une tête d'ange, maais ça m'a fait un peu peur !

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 08:26

Il y a un certain nombre d'années de celà, les géniaux Monthy Python avaient réalisé un sketch où l'on voyait se développer une nouvelle insécurité : des bandes de vieilles dames attaquaient des jeunes dans la rue, pour les voler. Le petit fils d'une de ces loubardes, désolé, expliquait à un journaliste venu enquêter sur un phénomène de pus en plus inquiétant, que sa mamie avait sombré dans la délinquence depuis qu'elle s'était mise à faire du crochet. Une véritable addiction qui nécessitait que sa dose de coton soit toujours plus importante.

Hier, il m'est arrivé une mésaventure qui m'a fait prendre conscience de la dangerosité des vieilles dames : après avoir pris de l'essence, je cherchais dans mon porte monnaie l'appoint pour  payer. Quand un brusque coup de klaxon m'a fait relever la tête. Dans mon rétroviseur, une tête entourée d'un halo blanc. J'ai trouvé qu'elle exagérait un peu, mais j'ai avancé, dans la limite où la voiture qui faisait la queue à la caisse  devant moi me laissait de l'espace. Et j'ai replongé le nez dans mon porte-monnaie : pour être secouée par un choc à l'arrière de ma voiture. Mamie, de plus en plus en colère, avait décidé de faire du stock-car ! J'ai été tentée de descendre pour l'engueuler : mais qui sait si elle n'était pas armée !

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 14:15

Ce que j'aime bien, à Moulins, c'est que la ville étant petite, on a l'occasion d'y rencontrer des gens, appartenant à ce que l'on appelle l'"élite" et que mon statut social ne me donnerait pas ailleurs l'occasion de fréquenter.

Si j'étais restée au Chambon-Feugerolles, je n'aurais par exemple jamais eu l'occasion de parler d'art avec la femme d'un notaire. Ou de parler philo avec d'anciens chefs d'entreprise.  Au Chambon-Feugerolles, il y a une tragique sous-représentation de la classe moyenne. Quant aux "élites", elles sont aux abonnés absents. J'ignore, faute d'en avoir eu l'utilité, s'il y a un notaire au Chambon, mais ce dont je suis sûre, c'est que s'il y en a un qui y exerce, il n'y a pas établi sa résidence. Par contre, comme j'avais souvent l'occasion de boire avec lui un pot à l'issue des conseils d'administration de mes collèges, je connaissais bien le conseiller général communiste de mon canton, un ancien ouvrier métallurgiste. Aussi, un jour où je me trouvais en stage au Conseil général, on n'avait pas encore eu le temps de me présenter au président, que j'étais enlevée par Fernand qui me disait  : "V'nez, p'tite, je vais vous offrir un canon à la buvette. Il y a un beau décor et c'est pas cher".

Ce long préambule pour expliquer que l'autre jour, je suis entrée voir les peintures exposées à côté de l'office de tourisme. Une dame d'un certain âge engage la conversation avec moi : j'apprends qu'elle peint. J'ose lui demander qui elle est... "Ah oui, j'aime bien ce que vous faites", m'exclamai-je, sans la moindre flagornerie, car c'est vrai que j'aime bien ce qu'elle peint. Elle en vient à commenter les oeuvres de ses ami(e)s artistes : "la petite J.C. fait des progrès", me dit-elle. Il se trouve que j'aime bien aussi la majorité des tableaux de J.C., même avant qu'elle ait fait des progrès ! Et d'ajouter : "Elle exprime enfin quelque chose !" 

J'ai observé : "Pour moi, dans l'art, il y a ce que j'aimerais mettre dans ma salle à manger et ce que je n'aimerais pas mettre dans ma salle à manger". Cette affirmation laisse toujours sans voix mes interlocuteurs. Quand, il y a deux ans, on s'était écharpé à propos d'art au café philo, l'incongruité de mon propos avait désamorcé l'agressivité ambiante...

Pour être complète, j'ajouterais que si je comprends bien la démarche intellectuelle d'un artiste qui peint des carrés noirs sur fond blanc à des intervalles de 7 cm, je trouve que son oeuvre a plus sa place dans un musée que chez moi. 

 

Qu'exprime donc pour moi la peinture, puisqu'il paraît que la peinture doit exprimer quelque chose ? En faisant le recensement de ce que j'apprécie, j'arrive à la conclusion que j'aime ce qui retranscrit l'univers des myopes : les aquarelles avec de belles tâches ou certains tableaux d'une artiste locale, qui a  une certaine cote et qui s'appelle Raquin. Malheureusement, mes moyens financiers ne me permettent pas d'avoir un vrai Raquin dans ma salle à manger. 

Comme Van Gogh a copié et recopié des tableaux de Millet et autres peintres, moi je peins en bleu des toiles à la manière de Raquin...

faux raquin452

J'ai des progrès à faire, mais comme je barbouille la plupart du temps à Noyant, je dois dire que les habitués du bar de la Queune commencent à me regarder d'un air intéressé : notamment, je crois, parce que certains envisagent de faire chez eux des travaux de rénovation et qu'ils perçoivent que je peux leur être utile... Je crois que je commence à  tirer correctement la peinture. 

 

 

 

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 04:42

Les relations dangereuses de M. et Mme Woerth avec la première fortune de France, les cigares de M. Blanc  payés sur le budget de l'Etat, les jets privés alors que prendre le TGV serait plus rapide, tout celà ne m'étonne pas.

Je serais plus indulgente pour l'hôtel de Rama Yade (d'après ce que l'on en sait, l'initiative en revient à ses services alors qu'elle avait prévu de loger à l'ambassade) ou pour Fadela Amara qui continue à occuper son HLM de 55 m2 (elle devrait normalement être astreinte à un sur-loyer) et qui, plutôt que de faire coucher son vieux papa et sa vieille maman sur un matelas de camping, les loge, lors de leur passage à Paris, dans le logement de fonction qui lui a été attribué et qu'elle n'occupe pas, plutôt que de leur réserver une chambre d'hôtel.

Le logement de fonction de l'éphémère ministre du budget Gaymart, les HLM occupés par des anciens ministres ou des enfants d'anciens ministres, la mobilisation du GIGN pour protéger la fille cachée d'un président, les logements pour la deuxième famille payés sur l'argent des contribuables, sont plus révélateurs du système.

Je connais quelqu'un qui pourrait parler longuement du problème de l'attribution des logements de fonction des lycées en région parisienne. Un logement de fonction d'établissement scolaire, c'est rarement luxueux : malgré celà, ils  sont très courrus pour loger gendres ou amis de la famille, vu le prix de l'immobilier dans cette partie de la France.  

 

Mon travail, pendant un quart de siècle, a consisté à rappeler l'existence d'un certain nombre de textes de loi. J'ai un jour mis en évidence un détournement de la réglementation dans l'attribution de ce qui aurait dû être un marché public : appels d'offre, concurrence, réunion d'une commission d'ouverture des plis... Les profs du Conseil d'administration, unis comme un seul homme derrière leur proviseur, m'ont traitée d'empêcheuse de bâtir en rond. Polarisée sue ce sujet, je n'avais pas percuté que du moment que j'avais établi qu'on était en présence d'une opération relevant de la réglementation des marchés, j'aurais dû aller jusqu'au bout de la logique de cette réglementation et vérifier que l'architecte avait bien, en outre, perçu des honoraires "encadrés" en fonction de la  tranche où se situait la valeur des travaux. Valeur qui d'ailleurs changeait d'ailleurs tout le temps au fur et à mesure où l'on découvrait de nouvelles factures, non conformes aux engagements.

Etant comptable public, j'ai été mise "en débet" du trop payé (15 000 francs à l'époque) par la Chambre régionale des Comptes. Mais le chef d'établissement responsable et qui avait mis son successeur dans une situation intenable (car, en plus, il n'y avait pas d'argent pour s'acquitter du montant des travaux), n'a eu droit qu'à un "bordereau d'observations" qu'il n'a d'ailleurs pas lu puisqu'il avait obtenu une promotion dans un établissement plus prestigieux. Et "continuité du service public" oblige, c'est son remplaçant qui a dû se démerder pour payer des travaux qui avaient quand même été effectués par des entreprises locales !    

 

Mon expérience est loin de celle du gestionnaire de service de bouche de l'Elysée... Mais j'ai, en la matière, eu droit à quelques expériences amusantes. La réglementation en vigueur prévoit que pour manger régulièrement au restaurant scolaire d'un lycée, aussi bien le gestionnaire (moi) que le chef d'établissement doivent demander l'autorisation, en argumentant qu'ils ne peuvent pas faire autrement, vues leur situation de famille et leur charge de travail, à l'Inspecteur d'Académie. Qui l'accorde volontiers. L'enjeu financier n'est pas très important puisque qu'on réussit dans nos lycées à confectionner des repas pour un prix très modique. Mais la tarification, qui était alors modulée en fonction des tranches des revenus, demeurait toujours inférieure au prix de revient d'un repas si l'on calculait son coût réel en réintégrant les charges en personnel et les frais annexes. Ce qui signifie, en clair, que la différence était subventionnée. Je traduis : c'est le contribuable qui payait.    

Quand j'ai rappelé ce principe, et qu'il serait bon (et si simple) de se mettre en règle, on m'a regardée de haut : "Mais moi, je suis CHEF d'établissement. Je ne vais pas demander l'autorisation de manger dans  MON établissement !" Seule l'une de mes secrétaires, qui passait pour être désagréable, et qui n'avait pas peur que sa réputation ne se dégrade, osait lui demander qu'il mette bien un ticket pour chacun des repas qu'il consommait. J'avais transigé sur un point : les tickets devaient être signés, mais les enseignants trouvant celà humiliant, j'avais donc dispensé de signature les convives. Et un jour, une de mes secrétaires m'a appelée : "Vous ne savez pas ce qui se passe ? Quelq'un fabrique de faux tickets de cantine. Regardez, celui-ci a le même numéro que celui-là !" Il y avait une très faible différence dans la taille des caractères d'impression du numéro, qui nous avait échappé jusqu'alors. C'est le hasard qui avait voulu que ce jour-là, nous trouvions 2 tickets de même couleur et de même numéro. Je n'ai jamais su (même si j'ai de gros soupçons) qui s'amusait à fabriquer de faux tickets de cantine ! Il faut être con pour perdre son temps à celà ! 

Autre anecdote : nous avons eu comme proviseur adjoint une femme qui était extrêmement rigoureuse en même temps que compétente et sympathique. Un jour, je lui ai dit : "J'espère que le repas que l'on vous a servi au restaurant "X" (un restaurant gastronomique") le jour de votre réunion de travail avec les chefs d'entreprise vous a plu, parce qu'au prix qu'il a coûté, il fallait qu'il soit bon". - "Ah oui ! m'a t-elle répondu, en vantant les qualités. D'ailleurs Mme B. et Mme P. ont beaucoup apprécié".  Je l'ai interrogée : "Mais que faisaient donc à ce repas Mme B., qui est la femme du proviseur et Mme P. qui est la femme d'un prof, et qui ne sont pas censées appartenir à votre groupe de travail ?"

Forte de cette expérience, j'avais par la suite demandé de produire une attestation justifiant de l'objet de la réunion et la liste et qualité des convives : "Prenez-donc les avis de décès du journal et établissez une liste avec !" avait dit, avec beaucoup de mépris un autre proviseur, à un jeune stagiaire que j'avais envoyé chercher ces documents.

 

Nous avions une section hôtellière et une belle cave. Notamment de bons crus de champagne. Les déboires de mon prédécesseur ont commencé quand elle a voulu vérifier les sorties de cave ! Et l'a notifié par écrit à un de ses proviseurs. Quand je lui ai succédé, on me répétait 4 ou 5 fois par semaine que cette dame était incompétente et qu'en plus, elle avait "des problèmes relationnels". Comme preuve, l'on m'a exhibé le courrier qu'elle avait rédigé à son proviseur pour s'étonner de sorties de bouteilles intempestives. J'avais fait remarquer que sa démarche était normale.

"Et vous savez, a-t'on rajouté pour bien enfoncer le clou, elle convoque chaque jour une de ses secrétaires, au hasard, pour l'engueuler". J'ai fini par apprendre que cette rumeur, martelée, était infondée.

 

Lorsque j'ai appris que l'argent écomisé grâce au travail des agents affectés au service de lingerie, réserve constituée pour renouveler le matériel au bout de 10 ans, condition sine qua non qu'avait imposée le Rectorat à la constitution de ce service mutualisé, allait servir à acheter une voiture de fonction au chef d'établissement (alors que l'on sait que les véhicules de fonction des administrations sont sous utilisés) et que leur façon de "travailler plus" pour gagner le même salaire mais remplacer le matériel existant n'aurait en réalité servi à rien, j'ai fait remarquer que l'on avait affaire à ce que la loi qualifie de "détournement de fonds publics". Je n'étais plus en poste quand le rectorat a paraît-il entériné !

 

Autre exemple de "détournement de fonds publics" : M. le Proviseur et Mme faisaient les salles de vente. Ils aimaient beaucoup l'art (Madame avait repeint la salle de bain en laque noire) : l'art nouveau, l'art déco. Un poster affiché dans le bureau de Monsieur m'a permis de découvrir Charles Raynie Mac Intosh. Un agent, excellent menuisier quand il était à jeûn, avait pour fonction quasi exclusive de réparer les meubles du proviseur. Inutile de dire qu'il était, dans ces conditions, facile de gérer l'équipe de ses collègues qui me faisaient remarquer qu'au lieu de fonctionner à 5 pour entretenir l'établissement, ils n'étaient que 4 !!!

 

Avant que j'ai réorganisé le service de lingerie, il y avait dans l'organigramme un poste de "secouriste lingère", qui était aidée d'une auxiliaire. Dans un établissement où il y a un internat, il y a toujours des couvertures à nettoyer, des rideaux à laver .... et les vêtemements des ouvriers à entretenir. La "secouriste" était monopolisée une bonne partie de son temps, en tant que telle, car les infirmières participant à de nombreux (très nombreux) stages  pour améliorer leur pratique, en tant que secouriste elle était tenue de les remplacer. Pour l'entretien du linge, il fallait aller chercher une aide de cuisine, car Mme B. achetait des vêtements de grands couturiers, d'occasion, et il fallait les mettre à sa taille ! C'est à rendre ce service, que pendant des années, la maîtresse lingère complétait son service. Celà aussi a relève du qualificatif de "détournement de fonds publics".

 

La Chambre régionale des Comptes d'Auvergne s'est l'an dernier étonnée que l'hôpital de Clermont ait recruté 400 personnes, alors que les prévisions d'emploi au budget devaient être de 55 postes (de mémoire). J'ai eu aussi l'expérience de ces budgets que l'on doit élaborer en faisant une gestion prévisionnelle des emplois quand l'activité est aléatoire.

"Vous nous demandez quelque chose de stupide (la personne en question, qui s'est engagé depuis dans une belle carrière politique, aimait bien mettre en évidence ma stupidité). On ne peut pas savoir à l'avance quelle sera notre activité" (et pourtant, gérer, c'est prévoir !). Quelques semaines plus tard :"Ah, on va devoir recruter un formateur : on va avoir une nouvelle activité". - "Vous vous plaignez que M. J. est en sous service, il ne pourrait pas l'encadrer cette activité ?" - "Non, il faut un profil bien spécial". - " Et bien, il faut établir un profil de poste et réunir une commission de recrutement" "- Inutile, Melle P. est la seule personne qui puisse effectuer ce travail". De nécessité impérieuse en nécessité impérieuse, les gens en question, toujours plus ou moins de la famille d'un ami des responsables venaient gonfler les effectifs en personnel.

Ce mode de recrutement est la contre-partie d'un système que l'on nous vante actuellement dans les hebdomadaires parlant de "management" : "disposer d'un réseau". Dans le milieu où j'ai été élevée, celà s'appelait "être pistonné" et celà ne revêtait pas une connotation positive.

De vacations de vacations, il fallait établir un contrat à durée déterminée. De contrat à durée déterminée en contrat à durée déterminée, il fallait établir un contrat à durée indéterminée. Et voilà pourquoi, on se retrouve avec un nombre d'emplois que même la Comptabilité Publique est dans l'incapacité  d'estimer.  

 

On a fini par faire savoir en haut lieu que qu'étais trop "psychorigide" et que je constituais un danger pour le bon fonctionnement de la structure. Ma carrière a été flinguée en plein vol : personne ne s'est étonné que je sois suivie par un psychiatre, puisque bien évidemment, j'étais folle.  

 

Il est vrai aussi que j'avais, pour arranger mon cas, mis à l'huissier une créance de 25 000 euros dûe par une association gérant des fonds publics (ce qui est interdit). Un inspecteur du Trésor m'avait suggéré : "Demandez-donc à la préfecture les statuts de cette association pour voir quel est son objet exact ?". J'ai su quel était l'objet. Mais c'est surtout, la liste des membres de son bureau qui m'a éclairée ! J'ai retrouvé ces gens-là sur des listes aux municipales !!! 

  

Tout ceci m'amusait assez, tant que j'ai eu du personnel pour m'aider à travailler. On a supprimé peu à peu tous les postes mis à ma disposition (mon chef appelait celà une "économie d'échelle") en les mettant soit à faire de la documentation, soit à l'accueil plutôt qu'à faire des vérifications comptables. Quand j'ai été toute seule pour effectuer le travail accompli autrefois par 3 personnes en plus de moi, on a diligenté une inspection du trésor pour démontrer que je n'étais pas efficace ! On est toujours puni par où l'on a pêché. Et j'étais si méchante !

 

Tout ceci pour dire que malgré une première réticence à son égard (s'acharner sur une paire de pompes me paraissait dérisoire), j'ai maintenant beaucoup de sympathie pour le courage de Madame Eva Joly. 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 13:26

Il doit y avoir pas loin de 15 ans que j'assiste très régulièrement aux séances du café philo.

Au lycée, le sujet m'intéressait modérément, et c'est un euphémisme. L'exercice qui consiste à apprendre par coeur des citations de barbus qui ont vécu il y a plus de 2000 ans pour rédiger une thèse, une antithèse et une synthèse me laissait dubitative. Notre prof, en outre, ne se cachait pas qu'elle nous prenait pour des brêles. Pour mon compte, mes copies étaient rayées de rageurs : "niveau de l'exemple" ! Aussi ai-je été surprise, d'abord d'avoir la moyenne au bac, puis tout récemment, d'entendre un des profs de philosophie présent à nos débats faire l'apologie de l'exemple pris dans la vie quotidienne pour traiter de philosophie. 40 ans plus tard, j'ai découvert qu'on filait aux Terminales scientifiques une prof assez nulle, réservant la meilleure (Huguette Bouchardeau, en l'occurence, la future ministre) aux classes littéraires.

Je me suis mise à faire de la philo sans le savoir, quand, préparant une thèse de doctorat, j'ai réfléchi sur le sens de l'histoire.

J'avais donc été ravie qu'un groupe se réunisse pour débattre régulièrement de grands sujets de société, en dehors du cadre étroit des partis politiques. Nous avions un temps un communiste très marrant : il avait un argument imparable quand on lui opposait : "Permettez ! j'ai lu Karl Marx" - "Oui, mais vous n'avez pas fait l'école du parti communiste !". Il a disparu de notre cerlce de philosophes amateurs quand au cours de "mouvements lycéens", au prétexte d'assurer le service d'ordre d'une manif, il est rentré en marche arrière avec sa voiture dans les forces de police, avec des feux arrière qui ne fonctionnaient pas et sans être à jour du contrôle technique.

Certes les principaux participants sont majoritairement classables à droite, et très (voire même très très) catho. Mais je trouvais qu'ils acceptaient d'explorer des voies inhabituelles pour eux. Et je me sentais un peu plus cultivée.

Certes, j'ai reçu une bonne charge le jour où j'ai osé remettre en doute un dogme religieux de la part du fondateur du cercle des philosophes amateurs, qui est assez chatouilleux sur le sujet. Comme j'ai été bien élevée, que je sais m'autodiscipliner et attendre qu'on me donne la parole après que je l'ai demandée, les autres participants étaient tout ennuyés. Au point de venir se proposer de servir de médiateurs entre le philosophe nerveux et moi : " Mais leur ai-je rétorqué, cette engueulade ne m'a pas destabilisée. Il est donc inutile d'essayer d'arranger les choses entre nous". Et j'ai acquis une légitimité qui me permettait de continuer à faire entendre ma différence quand celà me paraissait nécessaire : "Concernant cette affirmation, je comprends que ce soit votre vision des choses, puisque vous êtes croyant et catholique. Mais permettez que je ne la partage pas".

Et puis l'an dernier est venu s'adjoindre au groupe un homme qui parle fort, et qui n'"aime pas qu'on lui manque de respect". Il ne comprend pas qu'on ne connaisse pas les arcanes de la psychanalyse, qu'il tient pour une science exacte. Il avait un peu chauffé l'animateur. Qui a appréhendé tout l'été comme il s'en est confié à l'une des participantes. Quand il l'a vu se repointer au mois de septembre, un clash a eu lieu. Les participants présents qui n'avaient pas assisté à la séance précédente n'ont rien compris. Ce qui s'est réglé ce jour-là était en fait la conséquence de ce qui s'était produit 3 mois plus tôt. Les deux protagonistes se sont levés, se haussant du col pour paraître plus grands et intimider leur contradicteur. Me rappelant Archie mon chien, quand il essaye de lever la patte pour pisser plus haut qu'il n'a le derrière, au risque de se déséquilibrer. J'ai replongé 35 ans en arrière, quand j'étais chargée de garder entre midi et deux heures une cinquantaine de galapiats de 6e et 5e. Pour les séparer, alors, je les attrapais par le col. Mais avec ces deux grands dadais, dont l'un qui mesure un bon mètre quatre vingt-dix, que faire? Heureusement le fondateur du café philo est parti en claquant la porte : l'assistance, orpheline, s'est regardée. Un café philo sans philosophe pour recadrer le sujet, c'est en effet ennuyeux. Il y avait heureusement, ce jour là une étudiante en master de philosophie. J'ai pris l'initiative de distribuer la parole pour que le débat puisse continuer : l'animation de réunions, a longtemps fait partie de mon job. Pour la suite des choses, la jeune étudiante nous a apporté son aide en nous fournissant un sujet et une présentation que j'ai lue à la séance suivante. J'avais entre temps contacté les habitués (des retraités partis en vacances, qui en Grèce, qui dans son château !!!), et nous avons maintenu vaille que vaille nos séances mensuelles, sur des sujets d'actualité plus que philosophie.

Amadoué, le philosophe est revenu, puis a amené un collègue.

Nous nous étions mis d'accord pour que le "référent philosophique" ne soit pas celui qui distribue aussi la parole, sur une certaine discipline de prise de parole et sur une présidence de séance tournante.

On m'a demandé d'être animatrice des débats : j'ai pris ma montre, un papier, un crayon. J'ai noté les gens qui demandaient la parole, leur ai donné en fonction de l'ordre dans lequel ils s'étaient inscrits, veillé à ce que personne ne monopolise le crachoir plus de 3 mn. Un nouveau venu m'a reproché de ne pas laisser répondre "à chaud" les gens qui étaient "mis en cause" !

Mais malheureusement, la séance suivante, il y a un clash entre le psychanaliste et l'animateur, puis avec un "philosophe professionnel" comme il se définit.

 

Notre référent philosophique historique, affiche quant à lui, une attitude très "zen". Sa femme qui a boudé près d'un an, est revenue.

 

Hier, j'étais partie toute la journée et pensais ne pas pouvoir participer au débat : "Vieillir : un art ou une malédiction ?". Sujet qui m'intéresse : d'abord parce que je vieillis, mais aussi parce qu'il y a quelques années j'ai acheté une "histoire de la vieillesse" tout à fait passionnante et que j'ai des idées sur la place que pourraient tenir les gens qui ont de l'expérience dans la retransmission de leurs compétences.

Rentrée plus tôt que prévue, je suis allée prendre le train de la philosophie en marche. Le patron du bistrot qui nous héberge profitait du soleil de fin de journée à la terrasse. Il m'a saluée. Pensant plaisanter, je lui ai demandé :"ils ne se sont pas encore étripés ?" Avec sa serveuse, ils ont éclaté de rire : "Si, ça a été moins une, mais quelqu'un a ceinturé l'animateur. Et depuis, c'est calme".

 

Une nouvelle séance a été programmée en juillet : on m'a demandé de faire passer l'info dans le journal et de l'animer. Nous sommes allés manger une crêpe : les convives m'ont informée qu'ils ne seraient pas là en juillet (les vacances, les petits enfants !). Même les deux infirmières sur lesquelles je compte beaucoup en cas d'éventuels soins d'urgence à donner, ont déposé leurs congés pour cette période !

Je crois que nous allons être deux : le psychanaliste intégriste et moi-même. J'animerai les débats et lui donnerai la parole. En espérant qu'il ne se fâche pas avec lui-même.

   

NB : j'ai demandé ce qui avait provoqué l'altercation. L'animateur m'a expliqué qu'il avait tenté de rappeler les règles, notamment qu'il ne fallait pas monopoliser la parole. "Et avec humour, j'ai dit à D.. : n'est-ce pas D ?. C'est là qu'il a pris la parole pour dire qu'il se sentait agressé. Ce mec n'a aucun sens de l'humour. Ca m'a énervé et je me suis levé". 

Ben oui, C. ! Je suis au regret de vous le dire. Mais vous l'avez bien agressé : verbalement d'abord. Et la confirmation en est que vous vous êtes ensuite levé pour le frapper".

 

Nos amateurs de philosophie ne sont pas des loulous de banlieue : ils ont été directeur d'hôpital, membre du cercle des jeunes dirigeants, profs en IUFM, cadres bancaires ...            

 

 

  

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 13:50

Mon entrée dans la vie active réelle (je mets à part mes deux années passées comme surveillante d’externat) m’a fait aller de surprise en surprise. Il y a 25 ans de cela, j’aurais dit de désagrément en désagrément, car ces surprises m’énervaient.

Un copain de fac avait passé un concours à l’équipement un an auparavant  et se plaignait des conversations de ses collègues : que des femmes "elles ne font que parler de leurs gosses" ! Aussi, quand j'ai été affectée sur mon premier poste, hélas à 600 km de chez moi, je me suis réjouie à l’annonce que mon futur camarade de bureau serait un homme.
Au cours de mes années d’école, puis de lycée, puis de fac, j’avais vécu dans un monde auquel je m’étais parfaitement adaptée. Les valeurs étaient « travaille bien », « montre toi intelligente » et on t’en sera reconnaissant. On m’avait conseillé aussi de ne pas trop la ramener (traduction : de m’affirmer, mais sans ostentation) et vis-à-vis de mes camarades d’école, quelques réflexions m'avaient fait comprendre qu’il fallait que je travaille bien (pour faire plaisir aux adultes), mais pas trop quand même, car si j'étais première au classement (on ne sait plus maintenant ce que sont les "compositions"), on me soupçonnait de favoritisme de la part des collègues de ma mère. La sélection dans l’institution scolaire étant ce qu’elle et, bien que contraire aux instructions du ministère de l’éducation nationale (j’étais dans une classe « scientifique » et j’apprenais l’allemand !), à partir de la classe de seconde, et surtout en fac, je n’avais rencontré que des gens comme moi, qui aimaient refaire le monde, voir, au cinéma, des films de 4 h 30 et ne reculaient pas devant le théâtre d'avant garde !


Aussi la cohabitation avec mon collègue m’a beaucoup pesé. Le proviseur d’alors, qui était un peu sadique, s’en était aperçu et s’amusait à me faire constater les avantages qu’il lui accordait… et dont il n’entendait pas me faire bénéficier (je ne savais pas, alors,  que l’expression « manipulateur pervers » existait). Les profs (tous moins de 30 ans) trouvaient mon collègue sympa car il plaisantait  toujours. Mais ils n’avaient pas, comme moi, l’occasion de l’entendre commenter les choses de la vie non pas huit car nos horaires étaient décalés, mais six heures par jour.  Pour lui, l’homme était un être naturellement supérieur : il se réjouissait donc des résultats scolaires de ses deux fils, mais considérait comme normal que sa fille aînée arrête ses études à 16 ans et ne s’inquiétait pas outre mesure que sa cadette qui avait deux ans dde plus que son frère se retrouve dans la même classe de 6e, qu'elle a d'ailleurs redoublée. Car « c’est à l'homme de faire bouillir la marmite ». On remarquera qu’il avait 2 garçons et 2 filles (« j’ai fait le coup du roi » se vantait-il). A la documentaliste, il avait dit : « mais, Madame V., vous signez de la  main gauche ? Vous avez pourtant fait des études ! »
Il n’avait quitté sa région qu’à l’occasion de son service militaire : qu’il avait fait pendant la guerre d’Algérie ! 20 ans plus tard, il portait le cheveu taillé en brosse et arborait une moustache fière. Le proviseur s’habillait dans le style anglais : blazer bleu à écusson et pantalon gris, taillé sur mesure  (il m’avait demandé une fois d’aller chercher dans la ville voisine le costume taillé sur mesure qu’il s’était fait faire). L.J. commandait des pantalons et des blazers semblables à La Redoute (mais lui ne m’a jamais demandé d’aller chercher son colis à la Poste !)

Ce qui me contraria vraiment fut l’incident suivant : tout le monde se réjouissait que M. J ait, au cours de l’été, acheté une maison. Mais, c’était une maison en viager. Et je l'entendais quotidiennement ruminer ses récriminations à propos de la « vieille qui ne voulait pas crever ». Quatre mois durant... Cela m’exaspérait ! Au retour des vacances de Noël, j’ai appris qu’elle s’était (enfin !) décidée à mourir. Et L.J. a réuni tout le monde pour fêter cela autour d’un apéritif qu’il a offert dans le réfectoire. La Conseillère d’éducation avait fait des gâteaux roulés… Bien élevée, j’ai fait acte de présence, mais je n’ai rien eu à cœur de grignoter ou de boire.

Maintenant, je me dis qu’il aurait fallu que j’aborde les choses sous l'angle : "c’est bien qu’il se réjouisse de ne plus avoir de loyer à payer" au lieu d’y voir du mauvais goût.


Je crois que je suis mûre, désormais, pour devenir patronne d'un bistrot !
D’autant que si j’ai par la suite découvert que si moi, j'étais agacée, j’ai dû, sans le savoir, assez bien gérer L.J. pendant notre temps de travail : 8 années après, j’ai profité de vacances scolaires pour rendre visite à des copains restés dans le coin. Nos académies n’étant pas dans la même zone, j’ai eu l’occasion d’aller rendre visite, au bureau, aux secrétaires de l’intendance qui travaillaient à l’autre bout de la cité scolaire et qui m’avaient maintenu le moral à flot au cours de ces trois longues années, m’encourageant à passer le concours d’attachée. Elles m’ont dit : « M. J. a appris votre séjour ici et il nous a dit qu’il souhaitait que vous alliez le voir ». J'ai traversé le parc sans grand enthousiasme pour aller le saluer. Il m’a pris fièrement le bras et m’a présentée aux nouveaux proviseurs et à ses collègues du lycée professionnel. Il était tout fier de ma réussite au concours  de CASU, autant que si j'avais été un de ses fils ! Et s’adressant plus particulièrement à la personne qui m’avait succédé : « C’était ma collègue : elle était assise à votre place. Et maintenant qu’elle est CASU, elle vient me voir ».


Le monde selon Juju avait des aspects somme toute assez attendrissants.

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 11:09

J'évite généralement d'aborder des sujets qui fâchent. Je ne parle pas de religion ou de politique avant d'avoir vérifié que mes interlocuteurs acceptaient le dialogue et ma vision des choses.
Une fois affirmées mes convictions, en politique je recherche le consensus (pour avancer) et en religion j'envisage volontiers toutes les hypothèses sur l'existence ou la non existence du divin (le rapport au divin est quelque chose de très intime, et respectable).
Comme le disait (à peu près !) Pierre Desproges, on peut parler de tout, mais pas avec tout le monde. Il reste donc, avec les gens que l'on ne connaît pas ou que l'on suppose un peu coincés sur les principes, des sujets comme la pluie et le beau temps. Et encore !

Je ne pensais pas aborder un sujet brûlant en faisant, récemment, préciser à quelqu'un qui habite rue de Bardon : "à Yzeure ?".
- "Non, à Moulins. La rue de Bardon est sur Moulins, voyons !".
Une personne en face de moi a ajouté, qu'effectivement, une partie de cette rue se prolongeait sur les deux communes.
- "Ce n'est pas possible, il y a au bout la ligne de chemin de fer !" a-t'il été affirmé d'un ton tranchant.
- "Oui, car elle a été coupée quand on a construit la ligne de chemin de fer" a précisé l'autre interlocutrice.
A suivi un long monologue grommelé niant l'existence de la rue de Bardon sur Yzeure !!!
J'ai aggravé mon cas, quand ma voisine d'en face, évoquant les "sources" de Bardon, qui, bien qu'yzeuriennes, ont alimenté en eau la ville de Moulins jusqu'au moins au XIXe siècle (quel toupet !), et ma voisine de droite râlant toujours à propos de l'impudence de placer Bardon sur Yzeure, j'ai cru bon d'évoquer aussi l'existence d'une "commanderie de Bardon", en réalité ce que l'on appelle un  "membre" (établissement subalterne) de l'ordre de saint Jean de Jérusalem.

Ma mère me l'avait pourtant souvent répété quand j'étais gamine : "ne ramène pas ta science pendant les réunions de famille !". Je me suis attiré l'hostilité de deux personnes.
Désormais, juré, craché, je ne parle plus de sujets périlleux comme le nom des rues !!! 

 
 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 09:17

J'ai jusqu'à présent parlé des gens bizarres que j'ai croisés : c'est plus drôle à raconter.
Hier était le jour du grand retour de Julien Dray qui expliquait que l'argent qui avait été versé sur son compte par ses collaborateurs étaient des prêts effectués par des amis.
Lorsque j'ai pris mon premier poste d'Attaché, le ministère a traîné 3 mois avant de prendre un arrêté de nomination. Or la réglementation de la comptabilité publique veut que sans arrêté, pas de mise en paiement. Pas d'"avance" non plus.
Dans mon ancien poste, on avait arrêté mon traitement. Mais ce dernier n'était pas suffisamment élevé pour que j'ai économisé suffisamment pour vivre  mois. Heureusement, le poste m'offrait un logement de fonction.
Mais au bout de 3 mois, ça commençait à tirer un peu : et l'une de mes secrétaires, qui gagnait à peine plus que le SMIC (commis d'administration, ce n'est pas le pactole), voyant que je faisais des économies de bouts de chandelle, que je n'avais plus les moyens de mettre de l'essence dans ma voiture, que je me privais du petit café du matin, m'a offert, comme les collaborateurs de J. D, de me prêter de l'argent : 3 000 francs !
Mais à la différence de Julien Dray, je n'ai pas jugé décent d'accepter : à l'époque, celà représentait pour moi un mois de salaire, mais pour elle une année d'économies.
Estelle Guichardan aurait 86 ou 87 ans maintenant : nous avons longtemps correspondu, et un jour, je n'ai plus eu de nouvelles. Mais je pense encore très souvent à elle. D'autant qu'elle a tenu la comptabilité toute seule pendant 6 mois (moi je n'arrivais pas à comprendre alors pourquoi on débitait le compte de trésorerie quand on encaissait de l'argent !), en me disant : "le compte financier, c'est en février : moi, je ne sais pas passer les écritures de fin d'année. Vous avez 6 mois pour apprendre".  

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 15:43

Entre octobre 1995 et janvier 1997, j’ai été nommée pour effectuer l’intérim d’un groupement comptable vacant regroupant plusieurs collèges ruraux. Outre que mes collègues de l’agglomération s’en sont émus et se sont plaints au Rectorat, considérant que cet « honneur » leur revenait, vu qu’ils étaient plus compétents que moi (mais ce sera l’objet d’une autre chronique de « ces gens étranges… »), j’ai failli, d’une autre façon, entrer dans la quatrième dimension.
En 14 mois, j’ai eu le loisir d’assister à plusieurs conseils d’administration : les gens étaient sympa... Dans un des collèges, autour du blanc cassis – chips, qui clôture ordinairement les C.A. (les budgets de collèges sont très serrés !), j’avais notamment sympathisé avec un jeune prof d’anglais : il avait un visage pas banal (j’ai appris par la suite qu’il était d’ascendance tahitienne), les cheveux longs… et faisait des interventions pleines de pertinence. M’eût-il invitée à manger chez lui, j’aurais vraisemblablement accepté. Et je me serais volontiers laissée entraîner dans une discussion philosophique. Comme lui, qui avoua plus tard y trouver un exutoire, j’adore échanger des idées. Mais mon intérim a cessé avec la nomination d’un comptable titulaire et je n’ai plus eu l’occasion de rencontrer auncun des membres des "communautés éducatives" de ces collèges, situés à une certaine distance, pour ne pas dire une distance certaine de mon établissement principal.
Si je n’ai jamais eu l’occasion d’accepter une invitation conviviale à dîner du sympathique angliciste féru de philo, un des surveillants du collège l’a fait : et c’est en ouvrant mon journal huit mois plus tard que j’ai découvert qu’il avait été assassiné de 20 coups de couteau, après une discussion portant sur le bonheur. Il semblerait que la dernière chose dont il ait eu conscience est que « la peur est un obstacle au bonheur ». Conclusion à laquelle les deux protagonistes étaient en effet arrivés, à l’aube, après plusieurs heures d’échanges philosophiques, si longues que la compagne du charmant prof d’anglais était allée se coucher.
Il semblerait que quand je l’ai rencontré, il suivait un traitement médicamenteux qui bloquait ses délires, traitement qu’il avait stoppé par la suite : agnostique, il se prenait alors tantôt pour une réincarnation de Bouddha, tantôt pour une réincarnation de saint Jean le baptiste. De culture tahitienne, il avait croisé la route d’une Amérindienne et en prison, il a cru pouvoir s’évader par la seule force de sa pensée… « mais s’est heurté aux murs », rapporte un journaliste qui a suivi son procès aux Assises. Il paraît qu’il entre des substances illicites dans les prisons, mais sans cela, Karl MARX ne disait-il que « la religion est l’opium du peuple » ?

Sans tabou, il en était même arrivé à se demander si Hitler n’était pas un prophète et s’en était confié à un de ses collègues d’histoire géographie qui en avait été très secoué.

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