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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 09:39

C'est il y a une dizaine d'années que j'ai pour la première fois entendu parler de la présence d'une maison d'enfants juifs dans notre département : je venais d'acheter ma maison et j'avais pour voisins M. et Mme Moreau que je connaissais surtout pour avoir été instituteurs à Châtillon. Ils étaient venus prendre l'apéritif. 

Ils m'ont appris, au cours de la conversation, qu'ils avaient été en poste à Broût-Vernet pendant la guerre. Et avaient eu pour élèves de très nombreux enfants juifs qui demeuraient dans une maison "bourgeoise". J'avais habité pas très loin d'Izieu et j'aurais aimé en savoir plus. Mais je crois que M. et Mme Moreau ne connaissaient pas bien les tenants et les aboutissants de l'implantation dans ce village distant d'une vingtaine de kilomètres de Gannat d'une maison pour abriter des enfants juifs.

Je connaissais Broût Vernet essentiellement à cause de sa communauté de catholiques traditionnalistes, dans la mouvance de Monseigneur Lefèvre, et de son festival de rock.  En soi, cette cohabitation n'était pas banale !

 

Cinquante cinq ans après la fin de la guerre, il semble que les habitants du village, eux-mêmes, iaient eu même ignoré, d'ailleurs, dans leur majorité, cette partie de son histoire.

 

Les archives de l'école permettent pourtant de connaître un peu plus de 300 noms d'élèves juifs, une grande majorité étant de nationalité étrangère. Depuis une dizaine d'années, les membres de la société Azi la Garance et les Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation dans l'Allier ont mené des enquêtes et ont publié un ouvrage qui permettent d'en savoir un peu plus long.

C'est au château des Morelles, loué par une association juive appelée Organisation de Secours aux Enfants, que de 1940 à février 1944, 340 enfants ont été hébergés à Broût Vernet. Encadrés par un personnel juif qui en tant que tel avait perdu son droit à travailler (la directrice était une femme  médecin décorée de la légion d'honneur, l'économe un ancien d'HEC.  Un rabbin leur dispensait des cours de religion et d'hébreu, car cette maison était "de stricte obédience"), les enfants passaient entre quelques semaines à une année dans l'Allier. Le samedi, ils venaient à l'école :  mais comme c'était jour de Sabbat, ils restaient les bras croisés raconte un ancien tout jeune instituteur.

Beaucoup d'entre eux avaient été auparavant regroupés dans des camps d'internement insalubres. L'organisation caritative O.S.E. les mettait à l'abri dans une des 14 structures de ce type existant en zone occupée, la plupart dans le Limousin et la Creuse. Dans la préface d'un ouvrage publié en 2010, Serge Klarsfeld rapporte qu'il a été lui-même pensionnaire d'une telle maison, dans la Creuse. Celà supposait néanmoins qu'ils soient séparés de leurs parents. 

Certains parents avaient d'ailleurs donné leur accord pour que  leurs enfants puissent migrer vers les Etats-Unis : cette filière d'évacuation dura jusqu'à l'occupation par les Allemands de la zone sud en 1942.

 

Ensuite, une organisation clandestine s'activa à les cacher sous de faux noms dans des familles chrétiennes, de partir vers la zone d'occupation italienne puis vers la Suisse. Ces filières furent efficaces puisque F. Demaegdt, président des amis de  l'AFD  a pu constater sur les listes des convois de déportation que sur les 340 enfants des Morelles, 320 ont échappé à la déportation. 

En novembre 1943, l'économe   Cogan et 2 de ses enfants furent arrêtés aux Morelles et déportés à Auschwitz. Sa femme était à Vichy où elle venait d'accoucher.

Des ordres pour arrêter les juifs se multipliaient dans l'Allier ( les juifs déportés de l'Allier ) : le regroupement d'enfants devenait trop dangereux et la colonie des Morelles fut définitivement fermée en février 1944.  

 

source : DEMAEGT (François) et GLOMET (Jean-François), la maison d'enfants des Morelles (1939-1944), Chamllières, 2010

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commentaires

kéline 16/04/2011 17:59


Séparés de leurs parents mais vivants, 320 enfants sauvés sur 340, c'est beau au regard de la puissante machine d'extermination nazi. Je pense que dans beaucoup de régions françaises les habitants
ont réagi avec humanité sans attendre une médaille pour autant et sans la revendiquer une fois la guerre terminée.


patriarch 15/04/2011 10:51


Les Cévenoles aussi ont hébergés par mal de juifs durant la guerre... Bises !


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