faire connaître ma région, parler des problèmes qui me préoccupent, exposer mes coups de coeur
Je me souviens d'une affaire : celle de BRUAY-EN-ARTOIS. Dans le contexte d'alors, le notaire ne pouvait qu'être coupable du meurtre - "coupable, forcément
coupable !" - non à cause de preuves matérielles, mais puisqu'il était un notable (et sa "bonne amie" pharmacienne). Parmi les médias, aucune voix raisonnable n'a pu (voulu ?) se faire
entendre. Et d'ailleurs, un philosophe de renom s'étant prononcé en faveur de sa culpabilité, quel poids aurait pu avoir l'individu allant à l'encontre des idées reçues ? Encouragé par
la foule, l'intelligentsia et des comités "Vérité et justice" animés par les maoïstes de la gauche prolétarienne, un juge d'instruction s'est acharné...
La curée passée, la folie constatée, la honte a été telle que le village a voulu changer de nom !!!! Depuis 1987, on ne trouve plus sur les cartes que BRUAY-LA-BUISSIERES.
Patrice BURGAUD, encore juge de son état (car à l'évidence, dès la tenue de la commission d'enquête parlementaire, son destin était scellé : il fallait qu'il cherche à se
reconvertir) va être "jugé" par sa hiérarchie : madame la Garde des Sceaux ayant fait passer une note pour rappeler au Conseil Supérieur de la Magistrature que cette institution n'avait commis
aucune faute et que seul le juge BURGAUD s'est trompé dans son interprétation de l'affaire d'OUTREAU, les collègues magistrats ne se sentent plus concernés.
Or je garde un souvenir précis de cette affaire. En plus, les faits peuvent être facilement vérifiés par la lecture des journaux de l'époque.
Mon souvenir est celui d'un consensus et d'un enthousiame à dénoncer l'horreur d'un complot pédophile mettant en cause des notables (notamment un huissier de justice qui, dans le cadre de ses
fonctions, ne s'était sans doute pas fait que des amis, ... un prêtre ouvrier ... je m'étonne qu'on n'y trouve pas d'instituteur... mais il y a une infirmière scolaire). Personne n'a émis
le début d'un étonnement devant un telle quantité (hypothèse qu'on ne pouvait toutefois pas exclure) de pédophiles dans ce quartier. Et le mécanisme de la "chasse aux sorcières" s'est
enclanché selon une logique qui est toujours la même. Là, pas de "comités vérité et justice", mais des "experts", psychologues et psychiatres, qui ont validé la crédibilité de la parole des
enfants qui avaient dénoncé.
Contrairement à Madame la ministre, je pense que, si le juge BURGAUD s'est indubitablement laissé emballer quand il a constaté l'ampleur de l'affaire sur laquelle il avait à enquêter et
s'est imagniné en chevalier blanc, le procureur (plus habile à se défendre devant la commission parlementaire, plus expérimenté, jouissant sans doute d'un meilleur réseau relationnel,
plus puissant) aurait dû, justement à cause de son expérience, faire preuve d'un peu d'esprit critique et alerter son enquêteur. Intervenir devant la presse aussi pour faire un petit rappel au
réglement sur le secret de l'instruction. Rappeler aux journalistes qu'ils ne détenaient pas tous les éléments de celle-ci pour informer valablement, les rappeler peut-être aussi à leur devoir
moral, celui de ne pas salir la réputation de gens qui n'ont pas été condamnés par la justice.
Patience : un (ou des) historien, se penchera sur ces affaires judiciaires, comme quatre siècles plus tard, ils se penchent sur l'affaire du curé Urbain GRANDIER et des Ursulines de
LOUDUN qui l'accusaient de les avoir ensorcellées. En attendant le travail des historiens, il fut brûlé vif, sur l'ordre de RICHELIEU car son affaire portait atteinte à l'ordre
public. L'existence de Patrice BURGAUD trouble l'ordre de la magistrature.
N.B. : La Fontaine se trompait sur la signification du "haro" : en réalité, dans la coutume normande, une demande formulée par la foule, par un cri ("haro !")
afin de libérer un condamné par la justice ducale (une sorte de droit de grâce), et non un appel au meurtre. Les "animaux malades de la peste" sont une excellente allégorie de la chasse aux
sorcières.