faire connaître ma région, parler des problèmes qui me préoccupent, exposer mes coups de coeur
Lors de mon premier séjour, en 1992, je m'étais étonnée de l'obstination, mais aussi de la fierté, que mettait la jeune accompagnatrice de "Vietnam tourism"
(organisme d'Etat) à nous faire visiter les marchés. Pour réaliser que c'était la première année depuis 20 ans, où le Vietnam avait retrouvé son autosuffisance alimentaire.
Le pays était alors sous embargo (je ne suis jamais allée à Cuba, mais pour avoir connu le Vietnam sous embargo, j'imagine assez bien les pénuries que le pays peut connaître) : le "superflu"
était alors apporté (ou envoyé) par les vietnamiens de l'étranger.
En ce qui concerne la nourriture, j'avais eu, pendant un mois, l'impression d'être "gavée". Comme si les vietnamiens qui se contentaient d'un bol de riz et d'une soupe, mettaient tout leur coeur
à démontrer aux étrangers qu'ils n'avaient pas à craindre de souffrir de la faim dans leur pays. Mais j'étais revenue en disant que la cuisine asiatique est très subtile..., tellement
subtile qu'au bout d'une semaine, j'avais l'impression de toujours manger la même chose.
Dans les hôtels, on vous proprosait un service de "laundry", mais le linge était lavé à la main. On sentait bien que dans les restaurants on avait à coeur d'élaborer de belles tables, avec
un nappage bien repassé. Mais tout ceci était gâché car on n'avait pas les moyens ni en machine à laver, ni en produits lessiviels, pour se débarrasser de tâches rebelles.
La vaisselle était bleue et blanche : des décors classiques de dragons.
J'ai souvenir d'un repas sur bâteau restaurant, sur la rivière Saïgon : sous un chiche éclairage, on nous avait servi une soupe dans un récipient en aluminium cabossé.
16 ans après, les restaurateurs vietnamiens réalisent leurs fantasmes : le nappage est désormais impeccable. J'ai revu mon jugement sur la subtilité des saveurs : je doute que mes
papilles soient plus aguerries maintenant que par le passé. Or, chaque jour, deux fois par jour (trois, même, car quand j'en avait l'occasion, je prenais un phô au petit déjeuner),
j'ai goûté des soupes délicieusement parfumées et à chaque fois différentes.
Cerise sur le gâteau, si j'ose dire, les cuisiniers vietnamiens se livrent à un exercice long, long, très long et inutile à la fois : la sculpture sur légumes.



