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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 14:10

Ce qui a tout d’abord attiré mon attention, c’est le chapeau, en feutre certainement. Tout droit sorti de mon enfance et du téléfilm de Stellio Lorenzi : «  Jacquou le croquant ». Les bords un peu moins larges, peut-être. Noir.
Et puis, je vu le blouson « aux trois bandes » : noir aussi. Sur une mini jupe :  mini comme je n’en avais plus vue depuis longtemps ... et noire bien sûr. Puis les chaussures à plateforme : noires, naturellement. Et un collant en dentelle noire.
Aussi improbable que cette tenue puisse paraître, elle était portée avec beaucoup d'élégance.
Elle tenait en laisse un rottweiler qui trottait fièrement à ses côtés.
Et alors que ce groupe s’éloignait, j'ai enfin aperçu le petit copain en treillis et casquette. Couleur passe muraille : dommage !


Comme celà m'arrive de plus en plus souvent, j’ai fait un rapide croquis sur le bord de mon journal.
                 

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 18:46


 






Bonjour, mes très chers neveux...



Aujourd'hui, 23 mai, c'est notre anniversaire à mon humaine et à moi : elle a un an de plus, mais ça fait aussi 11 ans que nous cohabitons.

Eh oui, c'est moi !... J'étais avec mon humaine depuis la veille. C'est avec nos bonnes bouilles de chiots que nous faisons tourner les humains en bourriques.

Le soir du 23 mai 1997, j'ai été séparé de mes parents. J'avais 9 semaines et il a fallu que j'apprenne tout seul, loin de ma meute comment me comporter. Mon humaine a bien tenté de demander l'aide de Prince, mon père, mais il faut bien dire qu'il n'était pas très coopératif. Quand je le rencontrais, dans le parc du lycée où moi j'habitais avec ma nouvelle meute et où il venait travailler tous les jours, il me signifiait de passer mon chemin et d'éviter de respirer le même air que lui, avec un certaine brutalité. Il m'a donc fallu apprivoiser ma nouvelle maîtresse tout seul.

J’avais 5 frères et sœurs : on se battait ensemble, on se mordillait. On s’amusait bien ! Et puis un jour, notre chef de meute humain m’a attrapé par la peau du cou et mis dans une camionnette avec Prince, mon père. Je croyais que j’allais travailler avec lui. C’était la première fois que je montais dans ce monstre : ça bougeait horriblement et j’ai vomi tout ce que j’avais mangé. J’étais malaaaaade !!!!!
Et puis nous sommes arrivés dans un lieu inconnu, immense ! Je suis allé me cacher dans un coin ; bien loin, sous un meuble. Et puis, j’ai senti une odeur d’humain que je ne connaissais pas encore.
La main du chef de meute de Prince m’a agrippé à nouveau par la peau du cou, et extrait de mon refuge. Prince, mon père, était indifférent à ce qui m’arrivait. J’ai été soulevé très haut, très haut !!!  Je me suis retrouvé dans les bras d’un humain femelle. Son odeur était sympathique : j’ai caché ma tête dans son cou et je me suis senti rassuré. J’ai fait un bon bout de chemin dans cet équipage et puis j’ai été déposé sur un tapis tout doux, tout pelucheux… (celui que vous voyez sur la photo : et que j'ai dépenaillé rapidement !).  Après mes mésaventures, j’ai beaucoup apprécié la bonne gamelle d’eau fraîche préparée à mon intention. Ca, c’était bien : j’avais deux gamelles pour moi tout seul. Je n’avais plus à partager avec mes frères et sœurs. Mais quelle angoisse, quand même, de se retrouver si jeune dans un environnement inconnu.
Après toutes ces émotions, j’étais fatigué et je me suis endormi. Ma nouvelle chef de meute avait installé dans l’entrée un lit de camp où elle a dormi : au milieu de la nuit, j’ai quitté mon doudou et je suis allé me coucher sous elle. J’étais bien, sous cette odeur rassurante. Mais j’ai eu très peur quand brusquement, j’ai eu l’impression qu’une montagne me tombait dessus : je me suis enfui en couinant. Elle se levait ! Ça m’a servi de leçon : quelquefois, quand nous sommes dans la maison de Noyant, où je ne me sens pas vraiment chez moi, ou quand les voisins tirent des feux d’artifice, je grimpe sur son lit. Mais quand elle bouge, je pars prudemment. De toutes façons, les p'tits loups, le lit d'un humain n'est pas une place pour un chien : vous devez y aller qu'en cas exceptionnel.

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 18:28
Il y a déjà à boire et à manger sur ce blog : aussi, j'ai mis les premières pages du premier roman que je vais essayer de finir sur
http://dominique03.blogspot.com
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Dominique LAURENT
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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 15:36

J’ai alors trouvé une nouvelle occupation … les réunions où l’on parle de politique. Pas les « réunions politiques », où l’on glose autour de dogmes qu’il ne faut surtout pas remettre en question… mais le plaisir d’échanger des idées, d’explorer des pistes... J’avais déjà une vague tendance à ça, mais c’était considéré comme extrêmement subversif : quand j’avais 10 ou 12 ans, les sœurs salésiennes, puis l’aumônier du lycée l’avaient déjà expérimenté à leurs dépends. Mais aussi mon père qui me qualifiait de « raisonneuse ». L’oncle et la tante de Vichy, qui avaient réussi à trouver un train pour venir à Saint Etienne,  ont eu à essuyer mes raisonnements (« il suffit d’un peu de bon sens pour prendre un casque de mobylette quand on va sur une barricade à Paris affronter des CRS. Il n’y a pas besoin d’avoir été entraîné par des Chinois »). C’est surtout à partir du mois de juin que j’ai pu profiter de cette libération de la parole : les profs ont brusquement laissé tomber leur attitude « professorale » et sont devenus accessibles, ouverts à la discussion. La prof de français avait troqué l’étude de l’« éducation sentimentale » pour celle de « j’irai cracher sur vos tombes »… Les surveillantes aussi était, dans une moindre mesure, devenues sympa : elles snobaient moins les « lycéennes » que nous étions.
Je ne crois pas qu’il y ait eu de jets de pavés à Saint-Etienne : ce dont je me souviens bien, parce que ça nous a fait bien rire au mois de juin quand nous avons réalisé la chose, c’est que dans la grand’rue, la CFVE (chemin de fer à voie étroite) avait entrepris peu avant les évènements de restaurer son réseau de voies. Et que pour ce faire, de place en place, avaient été entreposés des tas de pavés !!! dont manifestement personne n’a songé à faire usage.   Parmi les ouvriers et employés, les « traminots » (c’est ainsi qu’on appelait la corporation des conducteurs de tramways) ont été les premiers en grève. Manufrance (rachetée dans les années 70 par Bernard Tapie, et revendue après dépouillement), la « Manu » (manufacture d’armes : manufacture d’Etat pour l’équipement de l’armée), Peugeot…, où étaient implantées de puissantes sections CGT, ont dû suivre très rapidement. Je ne me souviens plus des détails. Mais mon propos est ici de relater mes souvenirs : l’histoire par le petit bout de la lorgnette.
Au cœur de Saint-Etienne, rue du 11 novembre, il y avait encore la prison, et une caserne : la caserne Rullière. Mes parents travaillaient tous les deux et mon père avait en outre un emploi très convenablement rémunéré : ce qui nous avait  permis d’être locataire d’un appartement dans un immeuble dit de « standing », pompeusement appelé le Parador, entre  la caserne et la prison, alors en plein centre ville : rue du 11 novembre précisément. De nos fenêtres, nous avions une vue plongeante sur l’intérieur de la caserne. Et nous avons vu affluer les cars de CRS, qui faisaient sécher leur linge aux fenêtres….
Au rez-de-chaussée du « Parador », il y avait une station service (Elf : les ronds rouges !) : dès les premières annonces de pénurie d’essence, des files de voiture pont envahi la grand-rue (qui n’était plus encombrée par les trams). Par soucis d’économiser les dernières gouttes du précieux carburant, les automobilistes en descendaient et poussaient leur véhicule au lieu de laisser tourner le moteur (Comme quoi, quand on veut économiser l’essence, on sait comment faire !).
Les garçons du quas banlieusard lycée du Portail Rouge avaient apposé sur le lycée de filles du centre ville, le lycée  Simone Weil une pancarte sur laquelle ils avaient écrit "réserve de pucelles". C'était gracieux ! 
 

L’école, décrétée « école occupée », de ma mère, située à deux pas était placée sous la double protection tutélaire de Jules Ferry… et de « la liberté éclairant le monde » (une reproduction en réduction de la statue de Bartoldi, sur la place). Pénurie d’essence ou grève des traminots ne la concernaient pas. Aux heures normales de classe, les instituteurs et les normaliens y refaisaient le monde  sous la protection. J’ai assisté à quelques unes de ces réunions. Nous rentrions au Parador, à l’heure normale de la fermeture des bureaux, avec la satisfaction du devoir accompli et sous l’œil réprobateur des voisins, tous commerçants cossus ou petits patrons… Mais je n’ai pas participé à une manif avant 1972 : en dehors du fait que le corset que je portais risquait de me blesser, l’affrontement pour l’affrontement, n’a jamais été mon truc.

Mais mon meilleur souvenir peut-être c’est que, les soirs, quand il y avait de l’électricité, la télévision en grève assurait un service minimum : et passait des épisodes du Virginien ! Sinon, on écoutait les nouvelles du front sur le transistor. J'avais une correspondante allemande, qui dès que le courrier est passé de nouveau me demandait de mes nouvelles, très inquiète : de l'étranger, on avait eu l'impression d'une vraie guerre civile. D'ailleurs, on a longtemps parlé de la révolution de mai 1968, avant d'évoquer simplement les "évènements". A Saint-Etienne, dans les familles ouvrières, on se remémorait les grèves de 36. Et moi, qui connaissait par coeur les lsongs (très longs ...) poêmes de Victor Hugo, je visualisais Gavroche. J'ai enrichi mon répertoire en apprenant l'Internationale.

En juin, Robert Kennedy a été assassiné, en août deux militants noirs dressaient le poing sur un podium à Mexico. En 1968, je correspondais aussi en allemand avec une Tchèque : je savais dire « svoboda », qui était non seulement le nom du président de la république tchéccoslovaque, mais signifie aussi « liberté ». Fin août, quand les chars soviétiques sont entrés dans Prague, je balayais ma chambre et je me suis mise à pleurer. En octobre, j’ai fait un exposé sur la mort de Jan Pallach.


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Dominique LAURENT
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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 16:42

Quand on se rend de Moulins au Montet, par la route départementale créée par Napoléon III, à 7  km environ de Moulins, sur une colline, on voit une église romane. C’est l’église de Coulandon. Elle date du XIIIe s..

A la fin du XVIIe siècle ou au tout début du XVIIIe s., on l’a dotée d’un « caquetoir » pour abriter les paroissiens des intempéries, à la sortie de la messe dominicale.
                
Je suppose qu'alors, un défenseur du patrimoine roman l'aurait trouvé très disgracieux !
Longtemps, au bourg, il n’y eut que l’église,  la cure, l’école primaire, un croix et  pas plus de 3 maisons. J’ai connu une boulangerie sur la place : la maison qui l’abritait, presque tombée en ruines, a été transformée en 3 petits logements. Et sa voisine, en un gîte rural.
La cure est devenue un restaurant.
 
A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, on trouvait plusieurs cafés restaurants en contrebas, le long de la route qui était alors nationale. Les dimanches, on y dansait : car un café restaurant ne se concevait pas alors sans une salle de bal.

Pour ma thèse, suivant en cela le conseil  de mon directeur de recherches, j’ai, au lieu de prendre des notes sur ce qui intéressait mon seul sujet, transcrit tous les actes qui me sont passés entre les mains. Avec cette méthode, inévitablement, on se trouve à la tête d’anecdotes inexploitables. Et pourtant, mises bout à bout, elles donnent de la couleur à cette société médiévale !...
Est-ce dans un estaminet sur la route, ou sur la place de COULANDON, qu’arriva l’incident suivant ?

Voici le résumé d’une lettre de rémission (A.N. P 1376/2 c. 2745), c’est-à-dire d’une grâce, accordée, à la requête de sa femme et ses « amis charnels » à un nommé Pierre RUYIN, le 3 mars 1383, par le duc de Bourbonnais.

Le mercredi après la chandeleur « dernièrement passée », Pierre RUYIN avait quitté sa maison (son « hostel ») à MEILLERS pour se rendre à MOULINS. Il fit halte dans une taverne de COULANDON. La table et la compagnie étaient sans doute bonnes, car il y resta jusqu’au vendredi suivant ! Jusqu’à midi, est-il précisé dans l'acte. Et manifestement sans plus un denier en poche. Alors, « tout yvre,  il se party de la dicte taverne, et se mist au chemin de retourner à son hostel (= chez lui, à MEILLERS) ». Arrivé au lieu-dit les « BROCES », à COULANDON, il croisa un troupeau de bovins, propriété d’un paroissien de NEUVY : Jean GUIOT. Il vola deux bêtes, et de retour chez lui à MEILLERS, il prétendit qu’il les avait achetées à MOULINS.
La scène avait eu des témoins, car il faut bien s’imaginer qu’alors, dans les campagnes, régnait une intense activité (les miniatures illustrant les "heures du duc de Berry" en donnent une bonne idée). Son délit fut puni. Il fut « mis en nos prisons à BOURBON (l’ARCHAMBAUD) où il a demouré jusques à présent, et encore y est à grant pouvreté et mésaise de sa personne ». 
Sa famille plaida qu’il était ivre, et que, à cause de son « yvreté, n’avoit cognoissance ».
L’ivresse constituait alors souvent une circonstance atténuante devant les tribunaux. Le duc donna satisfaction à sa famille car il avait toujours joui jusqu’alors d’une bonne réputation.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 11:47

Madame de Menton (je crois), qui a une voix désagréable, intervenait l'autre jour sur Europe 1, à propos de la grève des enseignants.
Disons-le nettement : nommée gestionnaire comptable d'établissement en septembre 1980, depuis 1984, je suis persuadée que l'Education Nationale dispose de suffisamment de moyens et de suffisamment de postes. Mais que ces moyens et ces postes ne sont pas employés de façon efficiente. Si l'on arrivait à avoir un ratio de 1 prof pour 1 élève, je reste persuadée qu'il y aurait encore des classes surchargées à 40 !
Mon diagnostic est sans nuance : incompétence ! La solution préconisée par Mme de Menton : laisser les chefs d'établissements recruter leurs professeurs  améliorerait-elle la situation ? Ou basculerait-on dans le systèmer qui fait florès au sein de l'assemblée nationale pour le recrutement des "assistants parlementaires", rémunérés par le contribuable, mais où le nombre de femmes et d'enfants d'élus laisse supposer une absence d'équité, qui relèverait tout à fait de la HALDE (haute autorité contre la discrimination à l'embauche).
Je me trouvais jeudi au Tribunal administratif de Clermont-Ferrand : avant que mon affaire ne soit exposée, en était présentée une autre. Le recours avait été déposé, contre toute habitude (car seules sont normalement recevables les recours formulés par un individu "y ayant intérêt"), par la section CFDT de la mairie de CLERMONT. Les débats sont publics, les jugements sont également publics. Si je révèle le nom de cette commune, je ne diffame nullement.
La procédure devant le juge administratif est normalement une procédure écrite : par politesse, on vous demande si vous avez quelque chose à rajouter oralement. Le "chef" de la CFDT est intervenu et a rappelé au magistrat que depuis quelques années, la CFDT avait déposé 15 recours en annulation devant cette cour, pour des motifs analogues : "affectation de personnes sur des postes qui n'ont pas été publiés et qui devraient faire en outre l'objet d'établissement d'une "liste d'aptitude".
"Listes d'aptitude" ou "commissions de recrutement", à défaut de concours (seul mode de recrutement des fonctionnaires) permettent un recrutement "ouvert".
Madame le commissaire du gouvernement a conclu que l'acte de l'administration (un arrêté de nomination) devait être annulé.
Je me demande si un créneau ne s'offrira pas à moi, de faire du contentieux pour le compte des profs laissés sur le carreau, quand cette évolution du recrutement, réclamée depuis 20 ans au moins par les chefs d'établissements, sera effective.
Déjà, au sein des conseils généraux, on voit surgir des postes dont l'utilité peut échapper ! Et je ne parle pas des hôpitaux qui occupent déjà tant la Cour des Comptes et les CRC. (N.B. : on a trouvé une solution : réduire le nombre de CRC... et des magistrats qui y oeuvrent sous la houlette de Philippe SEGUIN !)

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 07:44

Télévision, journaux, radios, nous rebattent les oreilles de « mai 68 ».  Pourquoi ne parlerais-je pas de la façon dont je l’ai vécu ?

En mai 1968, j’avais 15 ans (16 en réalité à la fin du mois) : j’habitais alors Saint-Etienne et étais élève du lycée Honoré d’Urfé (l’inoubliable auteur de l’indigeste « Astrée »), un « lycée de  jeunes filles ». Il y avait 2 lycées de jeunes filles (le second était le lycée Simone Weil, qui y fut prof de philo, en centre ville) et deux lycées de garçons (le lycée du centre était le lycée Claude Fauriel, doté de classes préparatoires aux grandes écoles) et le Portail Rouge, à la périphérie de la ville, dans un quartier alors entièrement neuf.
Saint-Etienne n’était pas alors une véritable ville universitaire bien que deux centres universitaires (un centre universitaire en droit et un centre universitaire en lettres), dépendant de Lyon, y aient été implantés dans des locaux récupérés auprès de l’école des Mines, et dans une ancienne laiterie .
Par contre, c’était alors une vraie ville ouvrière : les usines Peugeot étaient en plein centre ville. Des puits de mine étaient encore en activité sur la Ricamarie et le Chambon-Feugerolles. La centrale (thermique) du Bec crachait ses fumées noires : les habitants de la Ric avaient envoyé à un ministre un sac plein de poussière de charbon. Et les bonnes ménagères stéphanoises, chambonnaires ou appelouses (habitants de Firminy) nettoyaient tout à l’alcali, seul capable de décrasser cette poussière grasse.
Et, Saint-Etienne était la seule ville de France où subsistait encore un tramway.

J’avais redoublé ma seconde car l’année précédente j’avais passé la plupart de mon temps à la clinique orthopédique où l’on m’avait posé un plâtre pour cause de grave scoliose : en l’espace d’une heure ma taille était passée de 1 m 58 à 1 m 62. On m’avait allongée dans un portique métallique, mis une mentonnière à laquelle  avaient été accrochés 30 kg pour tirer la tête. De l’autre côté, j’avais des bracelets aux pieds auxquels étaient suspendus aussi des poids de 30 kg. J’ai été enveloppée de bandelettes plâtrées. A peine sortie de la clinique, allant acheter un journal de télévision en face de chez moi, j’ai butté sur la terre d’un trottoir qui était en réfection. Mal encore habituée au corset qui me déséquilibrait, je suis tombée, ai eu une plaie au genou et une entorse avec épanchement de synovie. Ce qui m’a valu d’avoir la jambe gauche plâtrée de la cheville au haut de la cuisse ! (il faut absolument que j’écrive le « roman de la momie » !).
En juillet 1967, ce plâtre avait été remplacé par un corset en fer et plexiglass qui m’avaient assuré une plus grande autonomie. Mai 68 a peut-être été symbole de libération pour des femmes qui brûlaient leurs soutiens gorge, mais pas pour moi !

C’est pourtant un printemps dont je garde un bon souvenir :
Le lycée Honoré d’Urfé était construit dans un très beau parc. A un moment donné, on a vu de moins en moins de profs… Les cours étaient suspendus, et on nous envoyait en étude dans les locaux de l’internat, au milieu des rhododendrons ! Les surveillantes (dans un lycée de jeunes filles, la directrice était une demoiselle (« Guiguitte »), elle était assistée de madame le censeur, mesdames les surveillantes générales et de  mesdemoiselles les surveillantes), souvent étudiantes à Lyon ont également disparu les unes après les autres : le lycée nous appartenait. J’aurais pu faire sauter les cours comme les autres externes, mais il se trouvait que mes deux meilleures copines étaient internes et bloquées là.
En étude, nous avions rapatrié un électrophone (mono, bien sûr !) et nous passions des disques de Barbara, Georges Moustaki (« avec sa gueule de métèque ») et Serge Reggiani (« votre fille a 20 ans, que le temps passe vite … »). Il faisait  beau : nous avons rapidement repéré que l’on pouvait, littéralement « faire mur ». Et que personne ne viendrait contrôler si nous étions là ou non. L’idée a surgi dans la tête de ma copine Claire, la plus délurée de nous trois : nous devions aller à Firminy, parce que, je cite, « les garçons y étaient particulièrement sympa » ! Une fois le mur escaladé (après un an de corset, j’étais devenue habile. Et les copines qui tenaient à m’emmener avec elles m’avaient bien aidée), direction la place Bellevue. Les syndicats ouvriers (la CGT, à Saint-Etienne) n’avaient pas encore appelé à la grève. On trouvait encore de l’essence, mais Claire avait décidé : « On va faire du stop » ! On a fait du stop : mais nous avons fait arrêter la voiture un peu avant Firminy car l’automobiliste était fort entreprenant, et que la copine qui était assise sur le siège à côté de lui ne souhaitait pas prolonger l’épreuve. Il nous a copieusement injuriées. Nous avons musardé place du Breuil : les copines ont trouvé que les garçons (ceux qui n’avaient pas encore leur permis de conduire tout au moins) étaient décidément très sympa à Firminy !
Nous sommes sagement rentrées par les transports en commun (un vieux trolley à perche).

Peu de temps après, les profs ont installé des piquets de grève : je revoie Huguette Bouchardeau, au loin, refouler des élèves. Une demi-pensionnaire comme moi ne pouvait plus aller faire valoir ses droits à la cantine ! Les copines internes ont été renvoyées chez elles. L’essence a commencé à manquer, l’électricité à être coupée (à la maison, nous avions heureusement, toujours un stock de bougies).

.. J'ai alors trouvé une nouvelle occupation...

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Dominique LAURENT
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:38

Le folkloriste Francis Pérot avait, en 1908, collecté des traditions curieuses. Il a publié la copie d'un poème récupéré auprès d'un certain M. Reynaud, ancien député :

" Pour ne point enfeindre les lois
de vostre seigneur des Noix
vous irez dans le cimetière
le dernier mardi de ce mois {mars}
vous aultres, vilains de Cressanges.
Et là, les deux genoux en terre,
au milieu des quatorze croix
farez d'abord une prière
et puis pourrez aller, venir,
vous proumener, mais non sortir
hors de la demeure dernière
où dormirez à l'advenir,
jusqu'à la diurne lumière
que le matin fera surgir.
Entre vous ne devez mot dire
A moins que par un cas fort pressant.
Mais ne jamais chanter ni rire.
Et si par hasard un passant
ignorant le vouloir du Sire
venoit un bâton à la main
pour vous demander son chemin,
vous lui farez la moue, afin
que ce voyant, il se retire.
Pour ne point vos voix déconfire;
et direz à tous, "mars est mars,
à Cressanges sont les Musards".
Si défaillez à l'ordonnance,
vous donnerez sol, sept fois,
Et six deniers de redevance
à vostre bon seigneur des Noix.
 
On notera donc quelques variantes par rapport à la tradition rapportée par N. de Nicolay.
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:17


La nouvelle exposition a été inaugurée vendredi soir : je n'avais pas d'invitation, et même si j'en avais reçu une, je n'y serais pas allée. Certes, le buffet est bien, mais l'on se marche dessus. Il y avait toutefois un spectacle qui, je l'espère, sera donné à nouveau. 
J'ai profité du passage à Moulins d'une cousine, ce dimanche, pour l'accompagner.
Première impression : esthétiquement, le thème des Mille et une nuits est beau. Le sol a été jonché de tapis d'orient. Il n'y avait pas préméditation de ma part, mais il se trouve que j'avais aux pieds des babouches, rapportées de Tunisie cet automne. J'ai pu les tester discrètement : pure laine !
Mais pour apprécier pleinement l'exposition, je sais que je dois y retourner à l'occasion  d'une visite guidée (les samedis et dimanches à 14 h 30 et à 16 h).
Dans l'auditorium plusieurs films sur la danse et le thème de l'orient sont projetés. L'un a pour titre "mevleli", c'est-à-dire les derviches tourneurs. Comme je suis en ce moment préoccupée par les "musards de Cressanges", le cérémonial de la danse des soufi ("sema", un voyage mystique à la recherche de la  perfection) a bien trouvé écho chez moi.

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 09:22

Cressanges est un charmant village qui appartient à la communauté de communes du bocage sud, dans le département de l'Allier. J’ai eu cette semaine l’occasion d’aller y marcher : on peut encore y effectuer un circuit d’une dizaine de kilomètres sur des chemins non goudronnés, et j'ai repéré une très belle portion de chemin creux.
En 1560, Nicolas de Nicolay signale dans sa « générale description du Bourbonnais » un droit que détient un petit notable local « le sieur des Noix », sur la plupart des paroissiens de Cressanges : 
       « Le mardi de chacun mois de mars, ils sont tenus se venir présenter, (au lever du soleil), dans le cimetière de la dite paroisse, et là demeurer et se promener sans sortir dehors, sinon en cas de grande nécessité, jusques au soleil couché, se faisant apporter leur boire et leur manger, sans oser parler les uns avec les autres ; et si, par inadvertance quelqu’un leur demandoit le chemin ou autre chose, ne leur doivent respondre autre chose, fors {sauf}, leur faisant la moue, leur dire : Mars, mars est mars ; à Cressanges sont les musars; a quoi défaillant {traduction : « s’ils faillissent à cette obligation »}, ils sont tenus à payer audit sieur des Noix sept sols six deniers de défaut {d’amende}."
Ce « devoir », qui induit le paiement d’une amende au sieur des Noix, s'il n'est pas respecté, n’est pourtant pas un droit féodal classique (qui consiste ordinairement en un transfert des compétences « régaliennes » : prélèvement d’un impôt foncier, taxes diverses sur les activités économiques, droits de justice … à un particulier (seigneur)), mais fait plutôt penser à la survivance d’un ancien rituel religieux. Encore vivace à la fin du XVIe siècle, je ne sais pas combien de temps il a perduré.
Cressanges relevait administrativement, à cette époque, de la châtellenie ducale de Verneuil. Or je note que Nicolay ne recense pas le "sieur des Noix" parmi les vassaux du duc en cette châtellenie, ce qui est là aussi, curieux.
Il m’intéresserait de savoir si des traditions du même type ont été repérées ailleurs en France. Et  si des hypothèses quant à leur signification ont été émises.

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