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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 15:32

Trouvé dans mon journal du dimanche 19 octobre :
le réglement, c'est le réglement ...

et à propos du travail le dimanche

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:13

Mes parents ont habité une maison en bordure d’un petit bois. Un noyer s’était planté sur leur terrain, et au bout de 5 ans, il a commencé à donner des fruits. J’ai souvenir d’en avoir mangé une année où elles devaient être particulièrement en abondance, et où les écureuils n’avaient pas pu en venir à bout.
Car ces gentils petits animaux aux dents acérées, et au poil roux, souvent plein de puces, font leurs réserves pour l’hiver. Et tant pis pour les humains.
J’entends encore mon père dire : « Et le pire, c’est que ces cons n’ont aucune mémoire. Ils planquent tellement bien leur butin qu’ils ne se souviennent même pas ce qu’ils  en ont fait ! ».

Vendredi 17 octobre, en achetant mon journal, j’ai pu constater que les écureuils de Coulandon n’étaient pas les seuls à être bien légers avec leur collecte de noisettes !!!

J’aimerais ajouter un commentaire : deux jeunes gens sont montrés du doigt pour avoir perdu 600 millions d’euros en pariant sur une remontée en bourse de valeurs boursières, sur lesquelles on n'a aucune précision. Et je pose une question : quel sort leur aurait-on réservé dans leur entreprise si, avançant des arguments de prudence, ils avaient refusé de « jouer » ? Et que les valeurs concernées aient effectivement connu une remontée de 10 % ?

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Dominique LAURENT
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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 12:39

J'écoute ce midi la radio : on débat sur l'ouverture des magasins jusqu'à 22 heures, voire même leur ouverture 24 heures sur 24.
C'est une chose de travailler 14 heures par jour quand on est à son compte. Quand j'ai du monde dans ma chambre d'hôtes, c'est un peu le temps que je passe à gérer les diverses activités que celà implique : mais j'y prends beaucoup de plaisir.
Travailler 10 ou 12 heures par jour quand on est salarié est tout différent. Surtout dans un contexte croissant de harcèlement moral au travail.
Car malgré la loi sur les 35 heures, il y a bel et bien des employés (les caissières des grandes surfaces, les employés des fast food ou de parcs de loisirs qu'on oblige à être présents sur une grande amplitude "au cas où l'on aurait  besoin d'eux", mais qui ne sont payés que quand ils sont face au client) qui n'ont que 10 heures de vie privée, peut-être moins quand ils ont 3 heures de déplacement pour se rendre de chez eux à leur lieu de travail.
Si la loi initiale sur les 35 heures, qui plafonnait le nombre d'heures supplémentaires, comportait des imperfections, les prétendues "catastrophes" qu'elle a engendrées me paraissent surtout avoir relevé d'un mauvais "management", on dit maintenant "gouvernance". J'employais alors des artisans pour aménager ma chambre d'hôtes : le chantier s'arrêtait au milieu de la journée. Je ne voyais personne pendant 10 jours malgré mes coups de téléphone et l'argument qui m'était donné était : "c'est à cause des 35 heures" ou "les ouvriers sont en RTT" !!! Pour moi, qui ait eu à gérer du personnel, notamment une équipe mobile d'entretien des bâtiments (électriciens, plâtriers-peintres, plombiers), le problème était ailleurs : et il tenait essentiellement  l'organisation du planning des chantiers et au suivi de celui des ouvriers.

Voilà comment au XVIe siècle le problème fut tranché par le législateur :

Dans les Ephémérides moulinoises, Marcellin Crépin Leblond et Claude Renaud  relèvent que le
20 mars 1566, des lettres patentes de Charles IX qui se trouvait alors à Moulins avec toute la cour, édictent que les "journaliers, manouvriers, laboureurs de vignes et autres " recevront un salaire maximum par journée de travail :  3 sols tournois du 1er mars à fin octobre
                                                                       2 sols tournois les six mois d'hiver car l'amplitude de la journée de travail était moins longue.
En plus de leur nourriture, bien entendu, pour laquelle ils avaient droit, chaque jour, "de la pidance et du pain" et à 4 chopines de petit vin.

Toutefois, du 15 septembre au 15 février, ils ne pouvaient exiger que deux repas, dîner et goûter, " avec trois chopines de vin, pain et pidance ".

Le Roi était intervenu sur les instances des bourgeois de Moulins, parce qu' "un grand nombre de propriétaires {auraient été} obligés de laisser les labourages et les vignes en friche" et qu'il était urgent de mettre "un frein aux prétentions des ouvriers".
Mais 117 "païzans, journalliers manouvriers, vignerons, laboureurs, etc..."  "prétendant interest à la veriffication et entérinement des lettres ", élevèrent une protestation par l'intermédiaire de J. Dubuisson, leur avocat, et de Guerard Rouaud, leur procureur. Ils objectaient qu'avec leurs salaires ils devaient acheter des outils coûteux, nourrir leurs familles, et les vêtir ainsi qu'eux-mêmes, payer les impôts, etc... ; Ils faisaient observer qu'en tenant compte des dimanches et fêtes, ils ne travaillaient que les deux tiers de l'année, et que, dans ces conditions, les deux ou trois sols quotidiens constituaient une bien maigre ressource.

Inflexible, le sénéchal de Bourbonnais prononça l'entérinement des lettres.

Cependant, il consentait à réduire un peu la journée de travail, qui serait désormais " de 5 heures du matin à 6 heures du soir dans la bonne saison (13 heures d'amplitude), et le reste du temps de 6 heures du matin au coucher du soleil ".

Il semble que les ouvriers se soient organisés en groupes de pression, menacèrent de faire la grève sur le tas et obtinrent des augmentations de leur salaire journalier : car le juriste Jean Duret écrit dans son Commentaire de la Coutume du Bourbonnais: " Au lieu de rendre les salaires égaux au labeur, les mercenaires (entendons les "salariés") se bandèrent (se regroupèrent) et firent contenance de ne vouloir plus travailler, qui causa quelques habitans, ayant peu d'esgard aux lettres obtenues, d'enfraindre indiscrètement les patentes de Sa Majesté ; de quoy les mercenaires se sont si fort enorgueillis que, dès ce temps, les journées ont redoublé en prix... " '

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 10:00

Ce sujet ayant été donné à l’épreuve de philosophie de baccalauréat 2008, je suis allée voir sur un moteur de recherche ce que cela a inspiré aux lycéens.
Comme beaucoup de sujets de philosophie scolaires il suggère, dans son énoncé, la réponse à la question, puisqu’il suppose que le désir génèrerait la souffrance.
J’ai repéré d'abord des catalogues de citations
                  et aussi un modèle de plan  que j'ai trouvé très original : 
1°) on ne peut pas désirer sans souffrir
2°) on peut désirer sans souffrir
3°) pour désirer sans souffrir, il faut que certaines conditions soient remplies.


Le sujet a été soumis à la sagacité des participants au café philo le 25 septembre 2008.


Les gens cultivés du groupe ont tout d'abord rappelé que les philosophes ont donné des définitions du désir : "une force qui emmène vers quelque chose".
Pour SPINOZA « c’est une tendance qui est consciente d’elle-même ».
Le désir serait donc une force qui nous meuvrait, une forme de dynamisme personnel.
Le désir nous maintient dans un état de non passivité : sans le désir, nous ne serions rien.

Ma culture philosophique est nulle, mais mon expérience me fait acquiesser par devers moi : je vois bien, en effet, le désir comme un moteur.  

J’apprends que pour les philosophes, la passion est l’envers du désir : ce n’est que la forme émotionnelle du désir. Le passionné manifeste une « tendance », au sens où l’entend Spinoza, rétrécie sur une passion. Et les passionnés souffrent de leurs passions.
Aristote  pensait que le théâtre ou la tragédie  servent à purger les passions : c’est la « catharsis ».

Passion et désir seraient ainsi liés.


La volonté peut contenir le désir :  « on ne peut vouloir sans raison » et pour DESCARTES, « il vaut mieux changer mes désirs que l’ordre du monde ».

L’envie est une forme de désir.


Il y a des degrés dans le désir et l
es sages de l’Antiquité recommandaient de « lisser » les désirs : pour acquérir la sérénité, il faut aplanir les désirs.
Plus récemment, la psychanalyse  a recommandé de ne pas refouler le désir : FREUD utilise le mot  "das Trieb", pour traduire « désir », or Trieb signifie aussi « instinct ».
EPICURE a constaté que les désirs pouvaient faire souffrir : il distingue
1°) les désirs naturels nécessaires
2°) les désirs naturels non nécessaires
3°) les plaisirs ni naturels ni nécessaires (comme par exemple se faire édifier une statue ! – note D.L. : c’est une allégorie du pouvoir ?)
Pour les Epicuriens, il faut donc se contenter de ce dont on a besoin.
Je me rappèle à ce moment la pyramide de MASLOW et me promets de la commenter à l'éclairage des théories d'EPICURE.
 
 

Les philosophes de l’antiquité et ceux de l’Europe chrétienne n’avaient jamais entendu parler du BOUDDHISME. Mais nos contemporains, si. Ei dans le groupe, on ne manque dons pas d'évoquer le bouddhisme : il est avancé que pour les bouddhistes, l’objectif est de ne pas avoir de désirs.
Je pense par devers moi : et les problèmes de traduction du sanskrit au français ?   
Les désirs impliquent des dérives : pour les « sages » (sadhu) de l’Inde ou les « bouddha »  qui ont accédé à l’Eveil, c’est donc une forme d’ascétisme qui est prôné.
J’aime bien les paradoxes : je signale que les sages de l’Inde ou du bouddhisme sont en réalité mus par un désir, celui d'échapper au cycle des morts et renaissances, ce que l'on traduit en français par "réincarnation". Mais si j'espérais troubler l'auditoire, ma boutade tombe à plat car PLATON y a manifestement pensé avant moi ! Et dans le Banquet il affirme que le désir doit nous élever vers la sagesse. Il s’agit d’un désir spirituel de la vérité.  SPINOZA partage aussi cet avis : il appelle cela le « conatus » (« en latin = se forcer).
Et j’apprends avec délectation le terme de « taraxie » qui désigne le non-désir en me promettant de le replacer prochainement dans une conversation.
 

Il y a-t’il antagonisme entre l’approche philosophique et l’approche psychanalytique ? Si je me souviens avoir entendu Françoise Giroud dire qu’il fut son psychanalyste, j’ignore tout de Jacques LACAN. J’apprends que pour lui, le désir était l’ »autre ». « Que le désir est de l’ordre de l’hallucinatoire, car il ne sera jamais assouvi ». Autre citation de Lacan :  « il n’y a pas d’autre bien que celui qui existe pour payer le désir »…
J’imagine l’ampleur du désir qu’on a assouvir les financiers et les « traders » qui font la une des journaux depuis quelques temps.
LACAN toujours : « On souffre dans le manque et l’on ne se satisfait pas de la réussite ».
Je vais les plaindre les accapareurs !!!
 Note pour moi-même : avant d’aller voir un psychanalyste, je vérifierai qu’il n’est pas lacanien.                 

Un des participants fait remarquer qu’on peut désirer et être serein vis-à-vis de son désir (à la relecture de mes notes, ça ressemble bien à mon style : ça ne serait pas moi par hasard, l'auteur de cette  belle phrase ?).

Bernard TRAPPES conclut  le débat : « en fonction de sa propre expérience et de sa démarche philosophique, de sa réflexion sur ce que doit être sa vie, on considère qu’on peut ou non désirer sans souffrir ». « On peut désirer sans souffrir à condition que la volonté ou l’éducation de son désir mette des limites ». Et surtout : « le désir ne réclame pas forcément son assouvissement ».


Prochain thème de réflexion, le jeudi 30 octobre à 18 heures :

LES EVENEMENTS QUI SURVIENNENT SONT-ILS L’EFFET DE NOTRE VOLONTE, DU HASARD OU DES LOIS (quelqu'un suggère du hasard ou de la nécessité. On décide donc d'accepter les lois dans le sens d'une forme de nécessité).

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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 13:05

J'ai vu l'autre jour un reportage sur quelqu'un qui était qualifié de "radin". Il alimentait sa machine à laver en eau de pluie (ce qui l'obligeait à rester à côté), avait posé des réducteurs de pression sur ses robinets...
Il récupérait des palmettes de bois pour en faire de très jolis meubles.
Et il avait quelques manies qui étaient bel et bien maladives.

Economiser l'eau, dans une société où elle est abondante doit-il prêter à rire ?
Dans le contexte mondial, ma réponse est "non".
Et si l'on veut continuer à vivre confortablement malgré la pénurie d'eau qui menace, il est peut-être bon de rappeler quelques "trucs" employés il n'y a pas si longtemps.

1°) un de mes profs de fac qui doit avoir 80 ans maintenant (puisqu'il avait l'âge de ma mère, il m'est facile de me rappeler de son âge), qui avait travaillé sur le "thème de l'eau dans la vallée du Rhône", avait sans doute été incité à étudier ce sujet car nous avait-il raconté :
"Lorsque j'étais jeune, nous habitions à Tours, au 3e étage d'un immeuble. Nous allions chercher l'eau à la pompe dans la rue. Lorsque nous avions monté dans les étages 2 seaux de 10 litres, nousétions attentifs à l'usage que nous en faisions".
"Savez-vous, nous disait-il, qu'en Afrique du nord quand on construit un hôtel "de standing" dans une oasis, à chaque fois qu'une mémé va aux W.C. et tire la chasse, elle pompe 10 litres d'eau ?". J'ai repensé à lui quand je suis allée l'an dernier à Marrakech qui connaît un boom immobilier et où j'ai constaté que tous les nouveaux propriétaires font construire une piscine dans leur villa située au coeur du désert.

2°) l'eau sous pression (ou adduction d'eau) n'est arrivée à la ferme de mes grands parents que vers 1970. La priorité était d'alimenter en eau les bachats des vaches.
Je ne souvenais plus je tenais de ma grand-mère l'une de mes manies : celle  de laver la vaisselle à l'eau très chaude, sans produit. A 62 ° C, les bactéries meurent. L'eau bouillante est un excellent dégraissant (pour dégraisser, moi j'utilise du produit vaisselle car je ne la supporte pas l'eau brûlante sur les mains).
C'est ma mère qui me l'a rappelé : l'eau de vaisselle était ensuite donnée aux poules.

3°) j'ai entendu Rika Zaraï, avant que l'on ne la tourne en dérision parce qu'elle a écrit un bouquin sur ses petits trucs pour se soigner, raconter que quand elle était soldat, dans le désert, elle était capable de se laver entièrement avec le seul contenu d'un verre d'eau.

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Dominique LAURENT
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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 13:01
Tout le monde n'est pas abonné au bulletin de la société bourbonnaise des études locales. Tout le monde n'a pas l'attention attirée par l'entrefilet de 2 lignes sur ses activités dans la Montagne...
Aussi, je me permets d'informer mes éventuels lecteurs du bocage et/ou de l'est bourbonnais que M. François Demaegt présentera son travail sur
les juifs déportés de l'Allier (1942-1944), ce samedi 18 octobre, à 15 heures, salle n° 1 du Colisée.
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Dominique LAURENT - dans note d'info
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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 20:24

Le département de l’Allier qui a élu 4 députés de gauche dans les 4 circonscriptions qu’il compte et qui vient de se doter d’un président du conseil général communiste cultive son originalité depuis la fin du XIXe siècle. Plus fort encore, sur les deux sénateurs élus récemment, l'un est une sénatrice apparentée communiste, Mireille Shurch.
On impute généralement l’orientation récurrente à gauche, voire à l’extrême gauche, de l’Allier, au système d’exploitation des terres qui  prédominait jusque dans les années 1970 : le métayage.
L’écrivain paysan d’Ygrande, Emile Guillaumin, fondateur d’un syndicat paysan, rédacteur du  journal « le travailleur rural » et actif dans un mouvement coopérateur, pionnier, fit d’un métayer, le père Tiennon, le personnage central de son roman, « la vie d’un simple » qui faillit obtenir le prix Goncourt en 1904.

Les baux à métayage, ou baux « à mi fruits » apparurent à la fin du XVe siècle. La première forme de bail à mi-fruit que l’on connaît est le bail à « croix et à cheptel »  (« croix » pour « croissance »). Un des contractants, le bailleur, est propriétaire d’un cheptel et par contrat, le confie à un éleveur appelé « preneur », charge à ce dernier de prendre soin des animaux, de veiller sur leur croissance. Les bénéfices sont partagés (voir « Coutumes du Bourbonnais ») : la rémunération s’effectue alors en nature.

C’est un contrat de droit privé qui lie un propriétaire (bailleur) à un exploitant (preneur) et toutes les variantes sont possibles.
Le propriétaire fournit le capital (au moins la terre et les bâtiments). La plupart du temps il fournit aussi le cheptel. Il peut fournir aussi une partie du matériel d’exploitation (train de culture et bœufs ou chevaux qui les tirent), voire même une partie des semences.
Le paysan ne possède souvent aucun capital. Il arrive peut aussi posséder tout ou partie du matériel, ou être associé avec le bailleur dans la propriété du train de culture, des animaux de trait, d’une partie du cheptel. Mais surtout, il est exploitant, c’est-à-dire que ce qu’il apporte, c’est sa force de travail.

Dans un contrat équilibré, le capital est rémunéré et la force de travail de l’exploitant est aussi rémunérée.
Les bénéfices sont partagés, mais aussi les pertes.
La caractéristique principale du bail à mi-fruit étant le partage des « fruits », rien n'empêche que les rémunérations soient converties en argent.

 

Economiquement parlant, être propriétaire de la terre et des bâtiments que l’on cultive constitue un « gel de capital », et n'est pas forcément intéressante. Les baux à métayage n’ont pas entravé le développement de la prospérité des gros céréaliers de la Beauce, presque tous métayers dans les années 1970.

 

Ce qui me paraît caractéristique des baux à métayage bourbonnais, observés sur une longue période, c’est que peu à peu, ils deviennent des contrats de dupes.


Le système de métayage n’est pas en soi un système inique : la partage des risques n’a rien de scandaleux en lui-même. Il n’est pas illégitime de rémunérer le capital (l’Eglise, très sourcilleuse sur la rémunération de l’argent ne tolérait toutefois pas que le taux dégagé soit supérieur plus de 5 % « au sol la livre et condamnait l’ « usure », c’est-à-dire une rémunération supérieure).
Et quiconque a voulu créer une petite entreprise sait qu’il doit pouvoir disposer d’un capital : qui lui vient de sa famille, ou qu’il emprunte à une banque. Cette omniprésence du "capital" est le dénominateur commun de tous les systèmes. Si une entreprise a une forme coopérative, les coopérateurs apportent des parts, mais généralement sont également contraints de faire appel à capital auprès d’une banque, ou d’une C.I.G.AL.E. On sert des intérêts à une banque. L’apport des associés d’une coopérative (« parts sociales ») est également rémunéré.

Dans le système de métayage, le capital est apporté majoritairement par le propriétaire.
Le travail qui participe lui aussi à la création de la richesse doit normalement être rémunéré : plusieurs hypothèses peuvent être envisagées. De nos jours, on privilégie la rémunération par une somme fixe (salariat) à laquelle vient s’ajouter, dans quelques cas, un intéressement au bénéfice que la loi prévoit depuis les années 1970.

 

Les contrats à métayage sont donc antérieurs de 250 ans à la Révolution française. Mais, contrats de droit privé, l'attention du législateur de cette époque n'a pas été attirée sur les dérives qui peuvent éventuellement se produire.

C'est au cours du XIXe s qu'on voit apparaître des clauses nouvelles, à connotation très féodale, ce qui dénote dans un état républicain : des corvées  c’est-à-dire un travail non rémunéré au bénéfice du propriétaire et qui furent de plus en plus mal perçues, alors même qu'alors l'entretien des voies communales était effectuée gratuitement par les habitants des villages. En outre, progressivement, les bailleurs ont transféré sur les preneurs ce que l'on appelle l'impôt "colonique" (la taxe foncière due à l'Etat). Et puis, les "fermiers généraux" et intendants des propriétaires se comportaient de façon vexatoire. Ma grand-mère racontait qu'ils avaient l'habitude d'entrer dans les maisons des métayers et qu'ils allaient voir ce qui cuisait dans les marmites ! 

 

Ces corvées n'étaient pas seulement dues par les métayers, mais ce type de dispositions se retrouve aussi dans les baux à fermage, comme celui-ci.

Entre les soussignés Mademoiselle GIVAUDAN, propriétaire à CHATILLON, Allier et Monsieur et Madame LAURENT Antoine, fermier à CHATILLON, il a été convenu ce qui suit :
Mademoiselle GIVAUDAN afferme à Monsieur et Madame LAURENT Antoine pour neuf années consécutives qui commencent le onze novembre 1904 pour prendre fin le onze novembre 1913, une petite propriété située à CHATILLON, moyennant le prix annuel de cinq cents francs, payables le onze novembre de chaque année.
Les preneurs ne prendront pas de cheptel et ne seront pas tenus d’en laisser à leur sortie.  Ils ne prendront  ni trèfle ni luzerne et n’en laisseront pas. Ils emblaveront à leur entrée mais n’emblaveront pas à leur sortie. Ils devront laisser les foins engrangés à leur sortie comme  ils les ont pris. Ils devront aussi laisser deux milles de paille pesés. Les preneurs devront faire consommer les foins dans la propriété, quant à la paille, ils en disposeront comme bon leur semblera. Les preneurs n’ayant pas pris de fumier à leur entrée ne seront pas tenus d’en laisser à leur sortie. Les preneurs auront droit au puits de village pour la préparation des aliments seulement. Pour les lessives et les besoins des animaux, ils devront prendre l’eau aux fontaines.
Les preneurs seront tenus de faire annuellement six charrois pour l’usage personnel de Mademoiselle GIVAUDAN. Ils ne tiendront pas de chèvre et ne supporteront pas qu’il en soit introduite dans les biens affermés.
Mademoiselle GIVAUDAN cède aux preneurs sans garantie des contenances, les bâtiments de la Croix, avec le jardin qui en dépend, les champs de la Croix, le champ de la FONS, le champ de la PLACE, un héritage dit les COTES, deux prés désignés sous le nom de pré CLEMENT. Dans le petit pré qui avoisine la maison DUCOUT, les preneurs devront laisser la grandeur d’un tour d’échelle sans couper ni faire manger l’herbe. Les charges sont évaluées à 12 francs.

CHATILLON le 10 novembre 1904

Signé Liliane GIVAUDAN et LAURENT

Reçu onze francs cinquante centimes.

Nota : On remarque que Melle GIVAUDAN était aussi propriétaire du puits du village.
           
Il convient toutefois de rappeler que la situation des ouvriers agricoles (salariés par les métayers, d'ailleurs) et celle des "locatiers" était encore bien pire.

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:38


Cette curieuse sculpture se trouve sur un des piliers situé à gauche du portail principal de l'église place sous le vocable de Notre Dame !
A ma connaissance, aucun historien de l'art du Bourbonnais ne s'est soucié d'attirer l'attention sur cette figurine : en, tous cas, elle n'est pas signalée dans l'ouvrage publié en 1989 par Gaston Pic (l'église romane Saint Pierre d'Yzeure, édité par les Cahiers bourbonnais) pas plus que dans le dépliant mis à disposition du public par l'office de tourisme.































C'est lors d'un séjour à Dublin, dans une de ces "librairies - salon de thé" qui sont un des charmes des îles anglo saxonnes que j'ai découvert que ce que l'on appelle là-bas les "sheela-na-gigs" faisaient l'objet de nombreuses publications.
Je tiens ma science d'un petit ouvrage publié par le musée national de Dublin : sheela-na-gigs : origins and functions, par Eamonn P. Kelly, conservateur des antiquités. Sur Wikipédia, on trouvera une bibliographie conséquente (souvent accessible seulement en anglais).
On recense plus de 100 exemplaires de ces gravures en république d'Irlande, à l'entrée des églises (mais aussi de certains châteaux) et une quarantaine en Grande Bretagne. Beaucoup ne sont plus "in situ". Eamonn Kelly constate que c'est au XVIIIe siècle qu'on les a détruites. Beaucoup ont en outre été érodées par le temps. 
Alors qu'elles paraissent avoir gagné les îles britanniques depuis le continent, en France, elles sont rares, sans doute détruites précocément.

Les "sheela-na-gigs" sont des statuettes féminines, nues, et qui montrent souvent un sexe hypertrophié. Celle d'Yzeure est sexuée, indubitablement féminine (l'original de ma photo permet de le constater), mais si cette féminité reste discrète.
L'interprétation de leur symbolique fait l'objet de controverses. Elles me paraissent pourtant complémentaires.
1ère interprétation :
Les Sheela Na Gigs des églises auraient ainsi été apposées pour dénoncer la convoitise et la perversion que représenteraient les femmes. Cette théorie propose que les sculptures sont un avertissement religieux à ne pas succomber aux plaisirs de la chair.
Des sculptures exhibitionnistes d'hommes, de femmes et d'animaux sont fréquemment trouvées à coté de bêtes dévorant des personnes dans des représentations infernales. Ces représentations instruiraient les populations de l'époque largement illettrées aux devoirs religieux.
2e hypothèse :
Une autre théorie est qu'il s'agirait d'une rémanence d'une divinité païenne,  ou d'une Déesse-Mère. Les Sheela Na Gigs se seraient rencontrés dans des édifices du culte pré-chrétien et auraient été intégrées dans l'architecture des églises.
Une variante de cette théorie en fait une divinité celtique, une sorcière telle que la Cailleach des mythologies irlandaises et écossaises, des gardiennes de la Terre ou des déesses de la guerre à cause de leur aspect de sorcières.
Cette théorie n'est pas partagée par la majorité des universitaires.
Barbara Frietag penche pour des déesses de la fertilité et les relie aux "pierres d'accouchement". Dans le folklore irlandais, certaines Sheela Na Gig étaient utilisées pour représenter la femme en train d'enfanter ou de se marier.
On peut toutefois noter que peu de Sheela Na Gig ont les seins visibles et pour ma part, je remarque que les déesses de la fertilité que je connais ont des hanches et des seins généreux.
3e hypothèse :
Ces images auraient pour vocation de protéger contre le mal. Cette théorie est notamment proposée par Anderson dans « The Witch on the Wall » (la sorcière du mur). Partant du fait que les sculptures sur les châteaux n'avaient probablement pas une origine religieuse, les tenants de cette théorie proposent que les Sheela Na Gigs sont censées repousser le Mal. Cette théorie pouvant être accréditée par le nom irlandais donné à certaines de ces sculptures : la pierre du mauvais œil.

A Yzeure, cette "sheela-na-gig" est accompagnée de deux autres sculptures symboliques, sur le côté gauche du portail :

 

Deux visages curieux essayent de voir ce que leur cache une figure mi-humaine mi-animale (le bas du corps fait un peu penser à celui d'un bouc)


 























Dans leur films "sataniques", les américains ont pour habitude de représenter Satan sous la forme d'un bouc, en stature debout et avec une tête est ornée de grandes cornes.



Ici, on trouve les pieds griffus. Le corps est apparemment couvert d'une fourrure. La tête n'est pas ornée de cornes mais de grandes oreilles.


Chez les Celtes du Halstatt ou de la Tène, la représentation plastique des dieux était un tabou. Tardivement, on trouve quelques représentations d'un dieu nommé Cernunnos,qui a les mêmes attributs que les démons des films américains.


On peut me semble-t'il, penser qu'on est bien en présence de dieux pré-chrétiens et que leur positionnement à l'entrée des églises romanes primitives peut signifier aux fidèles : "vous qui entrez dans ce lieu, oubliez vos anciennes croyances".   Ce qui n'est pas incompatible avec une fonction de protection contre le mal.
En ce qui concerne l'exhibition du sexe féminin : dans de nombreuses religions, y compris les plus primitives, on trouve des figures masculines dites "ityphalliques" : c'est notamment le cas du dieu Priape. J'ai dit que la fertilité est plutôt traduite par des hanches et des seins hypertrophiés (cf. les "Vénus" préhistoriques). Je n'avais jusqu'alors jamais entendu parler de "pierres d'accouchement" sur les sites archéologiques que j'ai eu l'occasion de visiter. Il y a très certainement ici, des recherches à mener sur les cultes primitifs de la Gaule.
La peur des femmes qu'éprouvaient les clercs apparaît clairement dans la littérature médicale, notamment. Ce que l'on connaît de leurs théories sur la "nature des femmes" date de la fin du Moyen Age : qu'en était-il au XIe quand fut érigée Saint Pierre d'Yzeure ? Placer une idole féminine "obscène" pour mettre en garde contre la nature perverse des femmes était-il  à cette époque, délibéré ?

Un des modillons de l'église d'Yzeure présente une figurine qui pourrait bien mettre en garde contre le pêché de gourmandise, et qui est pour nous plus explicite :

 Je suis de plus en plus convaincue que les cultes préchrétiens sont restés longtemps vivaces dans la France médiévale : ce qui pourrait expliquer l'hétérogénité des datations du matériel archéologique trouvé à Glozel (site tabou s'il en est parmi les archéologies et universitaires !!!), qui avait fait dire à Camille Jullian :  "on est là en présence du bric-à-brac d'une cabane de sorcière". Aux XIe et XIIe s., laisser à l'extérieur des églises ces figures parlait clairement aux hommes (et aux femmes) : ils délaissaient en toute conscience leurs anciens cultes.

Pour finir, quelques sheela-na-gigs irlandaises scannées dans l'ouvrage d'Eamon Kelly :
 

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 14:07

Au Moyen Age, sauf quelques hôtels particuliers de notables, l'espace réservé à la vie privée était limité à une ou deux pièces. Quelquefois sans cheminée. L'essentiel de la vie se déroulait donc dehors, sous l'oeil du voisin, dans un monde où l'on déménageait peu (même si l'on voyageait plus qu'on ne le croit). L'expression des désaccords dérapait souvent en violences.
Certains lieux, certains jours, où l'on échangeait des informations et où l'on en débattait, étaient propices aux débordements.
Dans la société médiévale, la retenue et le sang-froid, loin d’être considérés comme des qualités, sont au contraire, perçus comme un signe de lâcheté.
Voici comment nous est rapportée l'escalade verbale d'une provocation qui opposa à Ebreuil, dans les années 1430, Huguenin de Richepoy et Jean de La Broce :
 " tu n' oserais ???...
 - ni toy ?...
- ni toy !...
Ce dernier "ni toi" était la goutte d'eau qui fit déborder le vase et justifia un dépôt de plainte devant le bailli d'Ebreuil.

Et les gens étaient très susceptibles quant à leur réputation. 

Jeannot Aulhalt, d'Ebreuil,  s'était-il estimé injurié parce que Stevenin Laurent avait dit qu'" il estait si orgueilleux qu'il ne daignoit pas parler aux gens ". Steve Brosson avait " injurieusement " accusé Steve Rocros d'être " plus fat que ung chien ". La femme de Pierre Perussa avait gravement insulté la femme de Berthomer Perussa en affirmant " qu'elle ne disait vrai ".
Plus graves étaient les injures contestant l'honnêteté : "larron" (ou pire ! … "faux larron"), "maquerel", ou celles mettant en doute l'appartenance à une famille honorable comme "champisse" (enfant trouvé), les ragots colportés sur la vie privée, les doutes émis sur l'honorabilité de la famille, notamment maternelle : un plaignant ne supporta pas de  s'entendre traiter par ce dernier de " fils de pute sanglante ". Autres motifs de plainte : quand la femme de Guillaume Bouly fit courir le bruit à Ebreuil, en 1435, que la femme de Jean Ghaubert se "faisait chevaucher à chiens et à chats" ou quand la femme de Michel Leugaie colporta qu'Alix, femme de Guillaume de Prédeaux " avoir esté trové(e) au cellier de la selhose en blanc de legle".
Une autre injure me demeure obscure : Jean Botinet, de Busset, avait rapporté que Jean Cornet avait " fait ses nossez de thestinières ". 

La situation s'envenimait souvent parce que les protagonistes étaint « mal émus », euphémisme qui signifie qu’ils étaient en état d'ébriété. Et qui, juridiquement d'ailleurs (autres temps, autres moeurs ! ) constituait une circonstance atténuante. Le plus grand nombre de bagarres ayant fait l'objet de plaintes, et jugées par le châtelain d'Ebreuil, s'étaient déroulées dans l'auberge de Jean Rocros ou dans celle de Jehan de Vauvrille. Une taverne de Montmarault est le départ de l'affaire "Dinet de Châteauneuf" et une taverne de Varennes celle de l'"affaire Jean Moreau c/ La Besche".

source : D. Laurent "Emotions populaires et violence" paru dans le Bulletin des Amis de Montluçon

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 12:53

De nos jours, quand on parle de laïcité, on fait généralement référence à la loi de 1905 et à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le grand principe en a d’ailleurs été exposé par Jésus lui-même :  « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». 
Cette loi fut l’aboutissement de plusieurs siècles de errements du pouvoir politique à ce sujet, siècles au cours desquels ont été perpétrés de sanglants massacres.
Il se trouve que je travaille actuellement sur Catherine de Médicis, à laquelle les protestants ont reproché d’être trop favorable aux catholiques et les catholiques d’être trop favorable aux protestants. 

J’ai trouvé deux textes cités par André Imberdis dans son histoire des guerres religieuses en Auvergne, rééditée en 1991 par les éditions Horvarth, de Roanne.

                          -  Transcription d’un pamphlet protestant datant de 1564 : « Il est licite de tuer un Roy ou une Royne qui s’opposent à la réformation de l’évangile ».

                          - Riposte du pouvoir politique par le biais d'un édit royal : « Voulons et ordonnons que les prestres, moines et religieux profès, qui durant les troubles ou depuis, auront laissé leur profession et se seront mariés, soyent contraincts, par prison, de laisser leurs femmes et de retourner en leurs couvens, pour y vivre selon notre dicte déclaration, ou de se retirer hors notre dict royaume dans le temps qui sera arbitré par nos juges […] autrement punis extraordinairement de galères perpétuelles ou autres, selon l’exigence des cas.
Et les religieuses professes qui, semblablement durant ou depuis lesdits troubles, auront laissé leur profession et se sont mariées, seront aussi contrainctes de laisser leurs maris et retourner en leurs monastères pour y vivre selon notre dicte déclaration, ou vider notre dict royaume dedans même temps que dessus, sur peine de prison entre quatre murailles ».     

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Dominique LAURENT
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