J'évite généralement d'aborder des sujets qui fâchent. Je ne parle pas de religion ou de politique avant d'avoir vérifié que mes interlocuteurs acceptaient le
dialogue et ma vision des choses.
Une fois affirmées mes convictions, en politique je recherche le consensus (pour avancer) et en religion j'envisage volontiers toutes les hypothèses sur l'existence ou la non
existence du divin (le rapport au divin est quelque chose de très intime, et respectable).
Comme le disait (à peu près !) Pierre Desproges, on peut parler de tout, mais pas avec tout le monde. Il reste donc, avec les gens que l'on ne connaît pas ou que l'on suppose un peu coincés
sur les principes, des sujets comme la pluie et le beau temps. Et encore !
Je ne pensais pas aborder un sujet brûlant en faisant, récemment, préciser à quelqu'un qui habite rue de Bardon : "à Yzeure ?".
- "Non, à Moulins. La rue de Bardon est sur Moulins, voyons !".
Une personne en face de moi a ajouté, qu'effectivement, une partie de cette rue se prolongeait sur les deux communes.
- "Ce n'est pas possible, il y a au bout la ligne de chemin de fer !" a-t'il été affirmé d'un ton tranchant.
- "Oui, car elle a été coupée quand on a construit la ligne de chemin de fer" a précisé l'autre interlocutrice.
A suivi un long monologue grommelé niant l'existence de la rue de Bardon sur Yzeure !!!
J'ai aggravé mon cas, quand ma voisine d'en face, évoquant les "sources" de Bardon, qui, bien qu'yzeuriennes, ont alimenté en eau la ville de Moulins jusqu'au moins au XIXe siècle (quel
toupet !), et ma voisine de droite râlant toujours à propos de l'impudence de placer Bardon sur Yzeure, j'ai bon d'évoquer aussi l'existence d'une "commanderie de Bardon", en réalité ce que
l'on appelle un "membre" (établissement subalterne) de l'ordre de saint Jean de Jérusalem.
Ma mère me l'avait pourtant souvent répété quand j'étais gamine : "ne ramène pas ta science pendant les réunions de famille !". Je me suis attiré l'hostilité de deux personnes.
Désormais, juré, craché, je ne parle plus de sujets périlleux comme le nom des rues !!!
Par Dominique LAURENT
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J'ai jusqu'à présent parlé des gens bizarres que j'ai croisés : c'est plus drôle à raconter.
Hier était le jour du grand retour de Julien Dray qui expliquait que l'argent qui avait été versé sur son compte par ses collaborateurs étaient des prêts effectués par des amis.
Lorsque j'ai pris mon premier poste d'Attaché, le ministère a traîné 3 mois avant de prendre un arrêté de nomination. Or la réglementation de la comptabilité publique veut que sans arrêté, pas de
mise en paiement. Pas d'"avance" non plus.
Dans mon ancien poste, on avait arrêté mon traitement. Mais ce dernier n'était pas suffisamment élevé pour que j'ai économisé suffisamment pour vivre mois. Heureusement, le poste
m'offrait un logement de fonction.
Mais au bout de 3 mois, ça commençait à tirer un peu : et l'une de mes secrétaires, qui gagnait à peine plus que le SMIC (commis d'administration, ce n'est pas le pactole), voyant que je faisais
des économies de bouts de chandelle, que je n'avais plus les moyens de mettre de l'essence dans ma voiture, que je me privais du petit café du matin, m'a offert, comme les collaborateurs de J. D,
de me prêter de l'argent : 3 000 francs !
Mais à la différence de Julien Dray, je n'ai pas jugé décent d'accepter : à l'époque, celà représentait pour moi un mois de salaire, mais pour elle une année d'économies.
Estelle Guichardan aurait 86 ou 87 ans maintenant : nous avons longtemps correspondu, et un jour, je n'ai plus eu de nouvelles. Mais je pense encore très souvent à elle. D'autant qu'elle a tenu
la comptabilité toute seule pendant 6 mois (moi je n'arrivais pas à comprendre alors pourquoi on débitait le compte de trésorerie quand on encaissait de l'argent !), en me disant : "le
compte financier, c'est en février : moi, je ne sais pas passer les écritures de fin d'année. Vous avez 6 mois pour apprendre".
Par Dominique LAURENT
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Entre octobre 1995 et janvier 1997, j’ai été nommée pour effectuer l’intérim d’un groupement comptable vacant regroupant plusieurs collèges ruraux. Outre que mes
collègues de l’agglomération s’en sont émus et se sont plaints au Rectorat, considérant que cet « honneur » leur revenait, vu qu’ils étaient plus compétents que moi (mais ce sera
l’objet d’une autre chronique de « ces gens étranges… »), j’ai failli, d’une autre façon, entrer dans la quatrième dimension.
En 14 mois, j’ai eu le loisir d’assister à plusieurs conseils d’administration : les gens étaient sympa... Dans un des collèges, autour du blanc cassis – chips, qui clôture ordinairement les
C.A. (les budgets de collèges sont très serrés !), j’avais notamment sympathisé avec un jeune prof d’anglais : il avait un visage pas banal (j’ai appris par la suite qu’il était
d’ascendance tahitienne), les cheveux longs… et faisait des interventions pleines de pertinence. M’eût-il invitée à manger chez lui, j’aurais vraisemblablement accepté. Et je me serais volontiers
laissée entraîner dans une discussion philosophique. Comme lui, qui avoua plus tard y trouver un exutoire, j’adore échanger des idées. Mais mon intérim a cessé avec la nomination d’un comptable
titulaire et n’ai plus eu l’occasion de rencontrer auncun des membres des "communautés éducatives" de ces collèges, situés à une certaine distance, pour ne pas dire une distance certaine de mon
établissement principal.
Si je n’ai jamais eu l’occasion d’accepter une invitation conviviale à dîner, un des surveillants du collège l’a fait : et c’est en ouvrant mon journal huit mois plus tard que j’ai découvert
qu’il avait été assassiné de 20 coups de couteau, après une discussion portant sur le bonheur. Il semblerait que la dernière chose dont il ait eu conscience est que « la peur est un obstacle
au bonheur ». Conclusion à laquelle les deux protagonistes étaient en effet arrivés, à l’aube, après plusieurs heures d’échanges philosophiques, si longues que la compagne du charmant prof
d’anglais était allée se coucher.
Il semblerait que quand je l’ai rencontré, il suivait un traitement médicamenteux qui bloquait ses délires, qu’il avait stoppé par la suite : agnostique, il se prenait alors tantôt pour une
réincarnation de Bouddha, tantôt pour une réincarnation de saint Jean le baptiste. De culture tahitienne, il avait croisé la route d’une Amérindienne et en prison, il a cru pouvoir s’évader par
la seule force de sa pensée… « mais s’est heurté aux murs », rapporte un journaliste qui a suivi son procès aux Assises. Il paraît qu’il entre des substances illicites dans les prisons,
mais sans cela, Karl MARX ne disait-il que « la religion est l’opium du peuple » ?
Sans tabou, il en était même arrivé à se demander si Hitler n’était pas un prophète et s’en était confié à un de ses collègues d’histoire géographie qui en avait
été très secoué.
Par Dominique LAURENT
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