A l’heure où les aventures de Harry Potter passionnent les adolescents, où des jeux de rôle mettent en scène des Démons et des Dragons, où les scénaristes
américains revisitent dans des séries comme « Charmed » de vieilles légendes celtiques ou des mythes de la tradition grecque, il est peut-être intéressant de rappeler que le pays de
Charles Perrault dispose d’un fond de légendes pour faire grandir les enfants et rappeler les adultes à la sagesse qui est lui aussi très intéressant.
Sur YZEURE, la paroisse sur laquelle a été créée la ville franche de MOULINS au XIIIe siècle, existent deux lieux-dits intéressants : les VESVRES, et en limite
de Moulins : FOULET.
LES VESVRES est une forme du mot Vaisvre, Wivre ou Vouivre. La Vouivre est entrée dans la littérature
avec le roman de Marcel Aymé paru en 1943 et inspiré d’une légende de Franche Comté. Le roman dresse une galerie de portraits dans un monde rural qui a aujourd’hui disparu : le curé sceptique, le
radical croyant, le fossoyeur amoureux d'une pocharde etc… Monde qui colportait encore des traditions vieilles de plusieurs millénaires.
Mais la tradition de la Vouivre semble bien s'être retrouvée dans la plupart des régions. Elle était réputée être mi-femme mi-serpent : on la décrit portant sur le front un superbe
grenat, ou un rubis, ou un diamant bleu … Car elle est une gardienne de trésors, vivant cachée dans un trou ou dans un rocher. Tantôt bienfaisante, tantôt néfaste.
En Bourbonnais le « folkloriste » Francis Pérot l’évoquait en 1908 dans son « Folklore bourbonnais ». Ce qui ne doit pas nous étonner car on la retrouve aussi sur le
Mont Beuvray (ancienne Bibracte) ( http://www.laszlya.com/dotclear2/index.php?post/2009/04/02/ )
La Vouivre ou Wivre est liée aux étangs, aux régions marécageuses… ce qui est bien encore le cas de l’étang des Vesvres, départ de circuits de
promenades à pied ou en vélo…
Sur les chapiteaux des églises, on voit figurées des « sirènes » ou femmes serpents qui évoquent les vouivres : mais l’interprétation de leur symbolique fait débat, comme les
sheela-na-gig dont j’ai déjà parlé à propos de l’église saint Pierre d’Yzeure (sheela-na-gig à l'entrée de Notre Dame d'Yzeure
(03) ).
Une variante de la légende de la Wivre est celle de Mélusine ancêtre mythique de la famille des Lusignan…
En ce qui concerne FOULET : c’est actuellement le nom d’un pont de chemin de fer et tous les moulinois
savent qu’il vaut mieux éviter d’y passer par temps d’orage en voiture, car on risque d’avoir de l’eau à hauteur de portière avant même de l’avoir vue venir. Au Moyen Age, c'était le siège d'une
seigneurie : il y avait un étang de Foulet, sur le ruisseau de Grillet, qui allait se jeter dans l’Allier et il y tournait aussi un moulin. L'emplacement était donc assez
marécageux.
Francis Pérot rapproche le toponyme de Foulet de « Fol » ou « Follet » c’est-à-dire le feu follet, flamme vacillante, pâle et diffuse, de couleur jaune, bleu ou rouge qui,
dans les cimetières ou les marécages, vole dans l’air à peu de distance du sol et disparaît lorsque l’on s’en approche. C’est pourquoi on le prenait pour un esprit malin.
On sait maintenant que les feux follets constituent un phénomène naturel (on pense qu’ils résultent de la décomposition de matières organiques, produisant des gaz qui peuvent s'enflammer au
contact de l'air). Dans les cimetières, c’était la décomposition des corps, enterrés peu profondément, qui pouvait donner ces fameux feux follets. Dans les marécages, ce sont les herbes qui
pourrissent et se décomposent.
Personnellement, je ne fréquente pas les cimetières la nuit !!!… et ne me suis jamais trouvée non plus, dans un marécage.
Mais dans l’Allier est étrangement liée aux feux follets ou foulets, une jolie légende que je ne connaissais pas : le foulet hantait les écuries et taquinait les cochers qui ne prenaient pas
soin de leurs chevaux. Si le foulet se chargeait de les panser à leur place, l’on remarquait son passage car leurs crinières, comme leurs queues étaient nouées. Le palefrenier bienveillant était
récompensé, car ses animaux étaient étrillés et leurs sabots bien reluisants et pansés pour deux jours. Le follet avait un attelage qui passait si vite au dessus des écuries qu’il ne laissait
qu’une longue traînée de feu derrière lui, tout comme au dessus des étangs et des mares, ce qui le relie aux autres feux folets des légendes. Tout comme le fait que dans les cimetières, il se
manifestait pour accompagner les âmes en peine qui demandaient des prières.
A noter qu'en 1562, le seigneur du château de Foulet, qui était protestant, fut, après le siège de la ville de Moulins par les Huguenots, retrouvé mort dans son étang : il faut imaginer que cette
âme en peine revenait y rôder sous forme de feu follet !!!!