mes coups de gueule

Lundi 23 mars 2009

Le jeudi 19 mars, France 2 proposait dans Envoyé Spécial, un reportage sur le Swaziland : pays où l’espérance de vie est la plus faible au monde (31 ans) et où le pourcentage de malades atteints par le SIDA ou séropositifs, est de près de 50 %... Où le roi Mswati III a affirmé avec assurance sa conviction que la polygamie «ne contribuait pas à la propagation du VIH parmi la population» (Wikipédia). Et où les fillettes connaissent leur première expérience sexuelle à 12 ans, souvent suite à un viol et la plupart du temps perpétré par leur oncle...
A supposer que ce dernier utilise un préservatif, est-ce plus tolérable pour autant ?
J'ai entendu le concert de protestations contre la première partie des propos tenus par Benoît XVI dans l'avion qui le transportait au Cameroun ("l'utilisation du préservatif est susceptible d'accroître l'épidémie du SIDA"). Je trouverais intéressant qu'on commente aussi la deuxième partie, celle où il est question de moraliser ce qui a trait à la sexualité, notamment la notion de respect de l'autre. Entre les obsessions malsaines de certains confesseurs dont témoignent les manuels de confession et les contraintes dont se sont affranchis certains prêtres et prélats, le passé de l'Eglise catholique, qui  n'a pas confessé ses erreurs, laisse certes douter de sa compétence à parler de ce sujet, mais il me semble qu'il devrait quand même susciter autant d'enthousiasme chez les polémistes et les donneurs de leçons, que le débat sur l'utilisation du préservatif.

Une photo prise à Madagascar où les fillettes sont mères à 12 ans...

Le verbe "engrossées" est peut-être plus adéquat...

Par Dominique LAURENT
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Mardi 30 septembre 2008

Je vais voir mon médecin "référent" deux fois par an : parce qu'ayant pris beaucoup de poids, je fais un peu de tension et qu'elle m'établit une ordonnance tous les 6 mois. Je m'organise pour profiter d'une de ces visites afin d'avoir les certificats médicaux qui sont maintenant nécessaires pour un oui ou pour un non.
Au début, j'ai eu besoin d'un certificat médical pour pouvoir pratiquer la relaxation ! Le quotidien d'un médecin n'étant pas toujours drôle, ça avait au moins le mérite de la faire rire.
Et depuis l'an dernier, je fais des petites marches de 15 km une fois par mois avec une autre association. Grande nouveauté, cette année, un certificat médical est exigé pour pratiquer la marche à pied !!! J'emmène le chien avc moi : aucun "plaideur" ne s'étant avisé que lorsque son chien l'accompagne, il encourt lui aussi des risques, on n'a encore pas eu l'idée de me demander un certificat du vétérinaire attestant que mon chien est apte à courir (c'est un croisé border-collie / husky : les connaisseurs apprécieront !!!).
Le sport national, en France, est désormais l'"ouverture de parapluie" ! C'est un vrai phénomène culturel et celà explique beaucoup des difficultés de notre société. Car enfin !, quoi de plus normal et de plus sain qu'un individu prenne ses responsabilités ? Et le dépassement de soi devrait être une valeur positive.
Dans les hôpitaux, on traîne les chirurgiens devant les tribunaux parce qu'ils n'ont pas pu sauver un malade (je mets à part l'individu distrait qui a laissé un outil dans la plaie et a recousu !). Et bien, oui ! la mort, ça fait partie de la vie et quand on a une maladie, elle peut être incurable. Ou des gynécologues et des sage-femmes qui n'ont pas pu sauver un enfant à la naissance : on a fait beaucoup de progrès en ce domaine, mais oui, accoucher comporte des risques (N.B. : à quand l'obligation de produire un certificat médical pour avoir le droit de concevoir un enfant ?). 
On s'étonne qu'à la guerre, il y ait des morts ! Et bien, oui, faire la guerre suppose que l'on peut tuer quelqu'un et qu'on peut soi-même être tué. Récemment, 10 soldats français sont mort dans une embuscade en Afghanistan et l'on croît révéler un scandale en suggérant que l'un d'eux a été tué à l'arme blanche : la guerre, ce n'est pas virtuel comme dans les jeux vidéos. Quelqu'un a-t'il entendu parler des "baïonnettes" ? Et les "frappes chirurgicales" qui font quelques "dégâts collatéraux", ont été cause, depuis 2001, tant en Afghanistan qu'en Iran de la mort de centaines de milliers de civils. Lorsque j'étais écolière, à Saint-Etienne, tous les ans, les deux "premiers" de chacune des classes de la ville était requis pour aller se recueillir devant le monument aux morts de l'école de Tardy : tous les élèves de cette école avaient péri au cours du bombardement de mai 1944 sur Saint-Etienne par les américains. L'école avait le tort de se trouver le long de la ligne de chemin de fer qui était visée. 

  

Par Dominique LAURENT
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Samedi 13 septembre 2008

M. Nicolas Sarkozy, président de la république française est revenu sur le sujet : j'y reviens donc aussi.
La Laïcité n'est donc positive que lorsque l'on a une conviction religieuse (et de façon plus ou moins implicite quand on croît au dieu de la religion du livre, religion "dont il est dommage de se priver").
De facto, si je suis laïque, je ne le suis que négativement. Et me voilà donc renvoyée du côté de l'obscurantisme. Puisque pour être un être humain cultivé, il faudrait être croyant.
J'avais appris il y a quelques mois que je n'avais aucune notion du bien et du mal, puisqu' éduquée dans ces notions par le biais des cours de morale de l'école publique. 
Lorsque j'étais en fac et que j'étais confrontée à l'anticléricalisme agressif de certains groupes, ou groupuscules comme l'on disait alors, de militants politiques, dont je savais, vue leur origine géographique, qu'ils étaient tous anciens élèves d'établissement catholiques !, je leur rétorquais que moi, comme je ne fréquentais pas les curés, je n'avais pas besoin d'être anticléricale.
Que la pape soit ferme dans ses convictions, c'est bien. Imaginerait-on le Dalaï lama ne pas croire en ce qu'il prône ? Je n'ai pas affaire au pape dans ma vie quotidienne.
Dans le contexte actuel, il est sans doute bon que l'on remette au premier plan des valeurs culturelles et  spirituelles dans notre société, qui ne donne de valeur aux gens que parce qu'ils consomment et ou possèdent de l'argent. Mais il y a de nombreuses façons de le faire : la reflexion philosophique, notamment. Et surtout, ce qui me paraît fondamental, s'est de se dégager des dogmes, quels qu'ils soient. 
Si pour répondre à ses angoisses, on a besoin de croire en Jésus Christ, je n'y vois aucun inconvénient. Mais il n'est pas la seule réponse. 
N.B. : à l'origine, le dieu des Juifs est un dieu, parmi d'autres dieux mésopotamiens, avec lequel ils ont passé une Alliance... On ne sait lequel exactement, puisqu'il est "inommable".  

Par Dominique LAURENT
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Dimanche 7 septembre 2008

C'était "de mon temps" un grand classique des sujets de droit public.
Est-il devenu obsolète ?
Trois infos :
 - Lu dans "La Montagne" du 6 septembre 2008 : un habitant d'Yzeure (03) est en panne de téléphone depuis trois mois. Son opérateur sous-traite à une entreprise de dépannage basée à Lyon (200 km). Cette dernière l'a informé  qu'elle dépannait en priorité les administrations et les entreprises.
- Cette année ont proliféré les nids de frelons, dont on connaît la dangerosité. Seuls les pompiers sont habilités à les détruire : une "participation" de 77 euros est demandée aux usagers qui ont chez eux un nid de frelons, ou de guêpes. 
- La jeune femme d'un agriculteur m'apprend que pour bénéficier d'un dépannage rapide, EDF lui a demandé de souscrire un abonnement complémentaire de 25 € s mois.

Les gendarmes ne m'ont pas encore demandé une "participation" pour avoir contribué à un contrôle d'alcoolémie.

Par Dominique LAURENT
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Lundi 19 mai 2008

Madame de Menton (je crois), qui a une voix désagréable, intervenait l'autre jour sur Europe 1, à propos de la grève des enseignants.
Disons-le nettement : nommée gestionnaire comptable d'établissement en septembre 1980, depuis 1984, je suis persuadée que l'Education Nationale dispose de suffisamment de moyens et de suffisamment de postes. Mais que ces moyens et ces postes ne sont pas employés de façon efficiente. Si l'on arrivait à avoir un ratio de 1 prof pour 1 élève, je reste persuadée qu'il y aurait encore des classes surchargées à 40 !
Mon diagnostic est sans nuance : incompétence ! La solution préconisée par Mme de Menton : laisser les chefs d'établissements recruter leurs professeurs  améliorerait-elle la situation ? Ou basculerait-on dans le systèmer qui fait florès au sein de l'assemblée nationale pour le recrutement des "assistants parlementaires", rémunérés par le contribuable, mais où le nombre de femmes et d'enfants d'élus laisse supposer une absence d'équité, qui relèverait tout à fait de la HALDE (haute autorité contre la discrimination à l'embauche).
Je me trouvais jeudi au Tribunal administratif de Clermont-Ferrand : avant que mon affaire ne soit exposée, en était présentée une autre. Le recours avait été déposé, contre toute habitude (car seules sont normalement recevables les recours formulés par un individu "y ayant intérêt"), par la section CFDT de la mairie de CLERMONT. Les débats sont publics, les jugements sont également publics. Si je révèle le nom de cette commune, je ne diffame nullement.
La procédure devant le juge administratif est normalement une procédure écrite : par politesse, on vous demande si vous avez quelque chose à rajouter oralement. Le "chef" de la CFDT est intervenu et a rappelé au magistrat que depuis quelques années, la CFDT avait déposé 15 recours en annulation devant cette cour, pour des motifs analogues : "affectation de personnes sur des postes qui n'ont pas été publiés et qui devraient faire en outre l'objet d'établissement d'une "liste d'aptitude".
"Listes d'aptitude" ou "commissions de recrutement", à défaut de concours (seul mode de recrutement des fonctionnaires) permettent un recrutement "ouvert".
Madame le commissaire du gouvernement a conclu que l'acte de l'administration (un arrêté de nomination) devait être annulé.
Je me demande si un créneau ne s'offrira pas à moi, de faire du contentieux pour le compte des profs laissés sur le carreau, quand cette évolution du recrutement, réclamée depuis 20 ans au moins par les chefs d'établissements, sera effective.
Déjà, au sein des conseils généraux, on voit surgir des postes dont l'utilité peut échapper ! Et je ne parle pas des hôpitaux qui occupent déjà tant la Cour des Comptes et les CRC. (N.B. : on a trouvé une solution : réduire le nombre de CRC... et des magistrats qui y oeuvrent sous la houlette de Philippe SEGUIN !)

Par Dominique LAURENT
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Jeudi 1 mai 2008

En ce jour de 1er mai, un extrait de "la croissance de la famine", publié en 1982.

"Sous prétexte de combattre l'austérité, le parti communiste français oublie systématiquement, ces temps derniers, de parler du pillage du Quart Monde. L'austérité s'impose pour le tiers le plus riche de la population française, y compris donc pour les plus hauts salaires : mais la CGT ne lutte pas assez contre une réduction de l'éventail des salaires, lutte qui devrait être menée de front avec le combat contre les profits abusifs.
Revoir notre civilisation en vue de permettre sa très longue
survie exige d'abord, dans les pays développés, une lutte pour la réduction drastique de toutes les inégalités sociales, sur le plan national comme sur le plan mondial. Il faudrait, chez nous, revoir d'abord la condition des travailleurs immigrés. Sur le plan international, aider à l'émancipation économique réelle du Quart Monde ; d'abord, en cessant son exploitation, notamment par l'organisation des marchés mondiaux de matières premières, minérales et agricoles; en commençant, nous l'avons déjà dit (p. 76), par les céréales et le pétrole. Comme Jean Daniel le faisait remarquer à Giscard, au cours d'une conférence de presse à la fin de 1974, les délégations françaises aux grandes conférences internationales (New York, Caracas, Bucarest, Rome...) ont toujours suivi leur pente naturelle, en prenant le parti des pays nantis.
Pour refaire notre civilisation, il nous faudra repartir de la base. Changer notre attitude, en gaspillant moins (viande, autos, chauffage...). Prendre part aux luttes locales, aux comités de quartier, pour défendre tout ce qui vit, et pas seulement en ville. Recycler toutes nos ordures : papiers, cartons, métaux, déchets organiques... Prendre en toute circonstance la défense des absents, les générations futures. Ces éléments de base, une fois fortifiés, pourront se fédérer et obliger nos politiques à tenir davantage compte des déshérités de notre « petite planète » d'aujourd'hui, comme des arrière-petits-enfants du monde de demain.
Jusqu'à présent, nos gouvernements ont d'abord défendu les privilèges. Quoi qu'ils en disent, ils ont comme objectif principal de se maintenir au pouvoir, quitte à faire des concessions sur certains aspects superficiels ou sur les problèmes secondaires. Ils parlent beaucoup du changement et sont certes obligés, dans la situation nouvelle, de louvoyer entre les écueils que dans toutes,les directions, ils sont obligés de repérer. II faudra les obliger à aller plus loin, à tenter la grande aventure d'un nouveau contrat social... à mesure que progressera la formation de l'homme nouveau, sans lequel l'humanité n'a plus guère de chances d'une survie vraiment prolongée.

Par Dominique LAURENT
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Vendredi 25 avril 2008

De façon générale, je trouve qu'on bourre le crâne des gens en leur répétant que les temps sont durs, que la vie est chère etc... On répète aux jeunes qu'ils n'ont pas d'avenir : comment s'étonner qu'ils en soient persuadés
puisque ce sont les adultes, ceux qui détiennent le savoir, qui le leur disent depuis leur enfance ?
Les Haïtiens, les Malgaches.... qui consacrent 95 % de leurs revenus à acheter de la nourriture, notamment le riz ou les céréales qui constituent l'essentiel de leur alimentation ont des raisons de s'inquiéter de l'augmentation de leur prix, parce que dans les pays riches, on spécule sur le prix du blé, et que la voiture étant indispensable, si l'on manque de pétrole il faut bien transformer les céréales en "carburant vert".

Mais nous, nous avons quand même des marges de manoeuvre.

J'avais un bon de réduction de 0 € 50 dans un hyper marché, sur le rayon fruits et légumes, à condition que j'achète pour 5 € des dits produits. Etant seule, je me soucie assez peu de ces "offres" qui sont un moyen de nous faire consommer ce que nous n'aurions pas pensé à consommer. Les fameux bons de réduction imprimés que je trouve dans ma boîte aux lettres et qui permettent, paraît-il, d'acheter "malin" voudraient en réalité m'inciter à acheter des produits industriels, donc à changer mes habitudes de consommation et à m'orienter vers des aliments avec graisse et sucre ajoutés, ce dont je n'ai évidemment pas besoin. J'ai encore 12 kilos de trop.

Hier, j'avais besoin de fruits et légumes frais. J'ai commencé à acheter ce qui m'était nécessaire :
1°) des épinards frais, dont je compte faire une (ou plutôt deux) salade. Un plat unique, avec 2 oeufs cuits durs en stock dans mon frigo (0 € 40 pour 2 oeufs bio - j'ai des goûts de luxe !), dans lequel je rajoute ordinairement des agrumes.
         0 kg 256 d'épinards = 0 € 64  (32 centimes pour une bonne ration de salade).
2°) un demi pamplemousse (car on ne vendait les oranges que j'ajoute à ma salade que par sachets de 4 kg !)                        
          un pamplemousse = 0 € 85
3°) je remplacerai les oranges par une demi pomme, coupée en quartiers :
          6 pommes pour 0 € 71

Pour assaisonner ma salade d'épinards, je fais soit une sauce vinaigrette, soit une sauce au yaourt : aujourd'hui, ce sera sauce au yaourt (0 € 55 pour 4 yaourts : ma sauce me coûte environ 14 centimes), dilué avec le  jus de pamplemousse qui se sera échappé en pelant à vif les quartiers.
 
total : 1 € 35. J'étais encore loin des 5 €.

Qu'acheter comme légumes qui ne perde pas ses qualités nutritionnelles quand on les garde au frigo quelques jours ?
1°)  des betteraves cuites. Le printemps arrive : je vais refaire de la soupe froide lettonne
     3 bettraves cuites = 1 € 82
2°) des pommes de terre : la soupe lettone se mange avec des pommes de terre cuites à l'eau et un peu de crème surette.
     0 kg 500 de pommes de terre  ( 6 petites P de T) = 0 € 50

Je vais pouvoir me préparer 3 jours de soupe froide.
Mais je n'ai dépensé que 3 € 67. Reste 1 € 33 à employer : à l'époque où tout le monde perçoit la vie comme trop chère, je commence à me demander si je ne suis pas une extra terrestre.

Je retourne une troisième fois vers l'employé faire peser 3 petites bananes : "vous n'en avez que pour 42 centimes" m'annonce-t'il, hilare ! 

Vais-je pouvoir utiliser mon bon de réduction ? Heureusement, j'avise un artichaut : à 1 € 50 la pièce.

N.B. : Je mettrai en ligne la recette de la soupe lettone sous peu.


 


Par Dominique LAURENT
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Mardi 15 avril 2008


Les "émeutes de la faim", en Afrique, en Afrique du nord, à Haïti, mais aussi en Roumanie... m'ont fait rechercher des ouvrages qui ont longtemps été mes livres de chevet. Et dont j'avais préféré oublier la teneur.

J'ai d'abord relu René DUMONT. En 1969, il publait : "l'Afrique noire est mal partie". Neuf ans après l'indépendance, il dressait un constat peu optimiste. 
En 1972, il étudiait plus précisément les paysanneries de du Sri Lanka (Ceylan), de Tunisie et du Sénégal, dont j'intègre quelques extraits.

A part une indulgence pour Cuba (mais sa deuxième visite dans ce pays lui permettait de nuancer sa première impression), la plupart de ses remarques sont encore pertinentes. 
A la relecture, je m'aperçois en outre que beaucoup de ses analyses peuvent s'appliquer au devenir de notre société française (en 1972, on était dans les "Trente Glorieuses te personne n'imaginait que la sidérurgie serait un jour un secteur sinistré). 
On pourra être surpris qu'il place le Québec sur le même plan que les pays "sous développés" : je rappelerais que c'est dans les années 1970 que les inpendantistes, pris par un vent de folie, enlevèrent un ministre et l'étranglèrent.  Actuellement, beaucoup de Français partent au Québec pour chercher un emploi dans un pays en pleine prospérité : il y a sans doute lieu d'étudier de plus près ce qui s'y est passé entre 1970 et 2000.
En 1973, le Chili tombait entre les mains d'une dictature militaire, largement téléguidée par les intérêts économiques de grands groupes capitalistes.
On ne  parle pas de Monsento. ! Et pourtant ...
En 1971, la population agricole en France représentait encore près de 30 % de la population active : moins de 5%, maintenant, comme au Québec (les objectifs des plans Mansholt et Vedel ont ainsi atteints). Et le taux de chômage est plus important que celui du Québec à la même époque. L'aide sociale permet aux chômeurs habitant la périphérie de nos villes (les "quartiers") de survivre.
Le colonel Bokassa ne s'était pas encore fait couronner empereur : à Bangui Tutsi et Hutus cohabitaient encore.

Quand un groupe international propose à ses salariés de les réemployer dans ses usines du Brésil ou de Turquie,  n'est-on pas retombé dans une nouvelle phase de "formation massive d'un prolétariat misérable, disponible pour une nouvelle Révolution industrielle" ? 


Comme nous avons essayé de montrer dans ces trois exemples, par les voies jusqu'ici explorées, dans un cadre capitaliste ou pseudo-socialiste, la plupart des pays attardés, ceux du « capitalisme périphérique », ne sont pas en voie de développement; leurs paysanneries, pauvres ou appauvries, n'espèrent plus guère s'en sortir. Les jeunes Cinghalais tentent une révolte quasi suicidaire; les fellahs Tunisiens sont de plus eu plus dépossédés de leurs terres et de leur travail; ils ne peuvent encore se défendre contre plus puissants qu'eux ; les paysans Sénégalais sont acculés à rejeter un « progrès », un système de modernisation, qui augmentait leur dépendance et abaissait leur niveau de vie, compromettait jusqu'à leur dignité; les voici qui se retournent vers une économie plus orientée vers la subsistance.  ...
Des minorités privilégiées urbaines de couleur ont pris une partie de la place des colonisateurs blancs ; leurs prélèvements abusifs, leur peu de souci de l'intérêt général, leur alliance enfin avec le néocolonialisme en fait, dans leur majorité, une classe parasitaire, qui méritera donc de sauter. Je l'avais déjà expliqué à David Dacko à Bangui, en juillet 1965. S'il a bien perdu le pouvoir, son successeur le « colonel » Bokassa, ne fait pas mieux que lui. Certes l'impérialisme et le néocolonialisme jouent un rôle dominant; mais le
s difficultés internes ne doivent pas être sous-estimées. Chili et Pérou, Tanzanie et Zambie, parmi d'autres, nous montrent qu'il subsiste une marge de manœuvre pour ceux qui veulent affermir leur indépendance; aussi grâce au « camp socialiste ».
En Trinidad et Tobago, j'ai trouvé un chômage effroyable, dont j'ai même pu ressentir physiquement les conséquences, au cours d'une agression à Port of Spain. Le Québec de la fin de 1971 compte 9 % de chômeurs et 5 % d'agriculteurs : proportion qui laisse d'autant plus à réfléchir qu'une bonne partie de ces derniers vit aussi de l'assistance sociale. Certes j'ai cherché, dès 1935 et surtout après 1945, à expliquer aux agriculteurs français que la diminution de leur nombre était un corollaire impératif du développement industriel, donc du progrès économique général. Il n'en reste pas moins que cette transformation des structures agraires entraîne de dures souffrances, que l'on pourrait réduire plus largement et plus intelligemment, en refusant les réductions massives de culture prévues par les plans Mansholt et Vedel, stupides dans une Europe qui reste encore très déficitaire. C'est une totale réorientation de l'économie agraire européenne, axée sur les prairies naturelles, les fourrages, les céréales secondaires et la viande de bœuf, ainsi que sur les fruits et légumes, qui nous paraît s'imposer. Ceci permettrait de laisser la grande majorité de la production du sucre et des oléagineux aux pays tropicaux, leur ouvrant ainsi de précieux débouchés, facilitant leur plus rapide industrialisation.
Un tel programme ne paraît réalisable à bref délai que dans le cadre d'une économie intelligemment planifiée à l'échelle mondiale ; ce qui nécessite de refouler les dominations.
Cette planification, qui serait réalisée par le gouvernement mondial (qu'imposera un jour le contrôle des climats), devrait insister sur l'urgente nécessité d'épargner les ressources naturelles non renouvelables, que nous gaspillons follement, sans tenir compte des besoins des générations futures. Elle assurerait la préservation de la nature et des potentiels de production, base de survie pour demain, comme d'une vie plus équilibrée. Elle ne donnerait donc plus, comme jusqu'à présent une priorité absolue à l'accroissement de TOUTES les productions, même futiles, même nuisibles;
elle viserait d'abord la fourniture prioritaire à TOUS les habitants de la planète, dans le cadre d'un socialisme de semi-austérité, d'un minimum de vie décente : logement, loisirs et instruction permanente inclus, avec l'alimentation et la vêture; mais automobile individuelle exclue, surtout des zones densément peuplées, si l'on veut continuer à y cultiver et à y vivre. Ce qui obligera bientôt, non seulement à la réduction, mais à la suppression ultérieure du taux de croissance démographique; donc à la stabilisation de la population mondiale : premier pas vers une meilleure répartition mondiale de celle-ci, conséquence normale de l'abaissement de toutes les barrières. Le métissage généralisé qui en résulterait contribuerait à extirper racisme et chauvinisme.
Cette « utopie » nous paraît d'autant plus s'imposer que les réalistes gouvernant à ce jour nous acculent dans une série d'impasses. Les pays développés ont élaboré péniblement, tout au long des deux ou trois derniers siècles, une science médicale capable d'améliorer très progressivement les chances de survie, abaissant très lentement les taux de mortalité, permettant donc le relèvement du niveau de vie, en réduisant la natalité. Transposée brutalement en pays dominés et attardés, une fois qu'elle était pourvue de sa toute-puissance, cette science médicale y a déclenché une explosion démographique que je ne suis plus seul à trouver terrifiante. Les pays riches ont réalisé progressivement leurs révolutions agricoles, en faisant d'abord intervenir de plus en plus largement la traction animale, et en utilisant un matériel agricole lentement perfectionné; ce qui incitait à un exode rural généralement très progressif. Certes le départ fut ensuite plus brutal, comme lors des enclosures anglaises, qui
provoquèrent la formation massive d'un prolétariat misérable, disponible pour la Révolution industrielle.
A ses débuts pourtant, celle-ci employait beaucoup d'hommes; elle s'est souvent révélée capable de venir (en longue période) à bout de l'essentiel du chômage des pays développés; sauf lors des grandes crises du type 1929-1938, et en quelques pays développés et dominés, comme le Québec.m

 

 

Par Dominique LAURENT
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