J'ai réussi à "rendre" à mes parents, à mes grands-parents.., la majorité des douleurs qui leur appartiennent.
Il reste encore une histoire qui me fait venir les larmes aux yeux :
Quand elle était petite, ma mère n'a eu qu'un seul jouet, une poupée en chiffon que l'on voit sur cette photo et qui s'appelait "Popotte". Et elle a fini par beaucoup s'abimier et est devenue
très sale. Ma grand-mère, contente de son sens de l'ordre m'avait raconté : "j'ai pris la Popotte et je l'ai mise au feu".
par Dominique LAURENT
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Il y a des familles dans lesquelles on parle beaucoup. D’autres dans lesquelles l’on se tait. On peut parler beaucoup sans qu’il y ait qualité
de la communication : l’on parle pour ne rien dire vraiment.
Il y a des familles dans lesquelles on parle beaucoup de ceux qui nous ont précédés, d’autres sur lesquelles l’on a tiré un trait sur le passé.
Ces non-dits sont appelés "secrets de famille". Ils ne sont pas forcément délibérés, et ne sont pas secrets pour tout le monde. Et c'est celà qui est passionnant. Ne connaître que des
bribes de vérité peut être une souffrance parce que celà ne permet pas d'expliquer le monde qui nous entoure.
Ma grand-mère maternelle (Adeline LAJON) était, comme son frère et l’une de ses sœurs, pupille de l’Assistance Publique de Paris. Ça a rempli toute sa vie. Ça a aussi rempli une bonne partie de
la mienne. A MAMERS, lorsque je travaillais au secrétariat du lycée, étaient scolarisées des pupilles de l’Assistance Publique de Paris : et je veillais sur elles (eux) avec soin.
Certain(e)s traînaient des histoires atroces : je me souviens plus particulièrement de cette élève de seconde qui haïssait son père qui l’avait abandonnée dans un autobus avec son frère.
Elle s’est retrouvée enceinte à 16 ans : c’était loin d’être un accident et je la revois rayonnante avec son bébé. Elle avait fondé SA famille.
Ma grand tante Louise (Louise était un pseudonyme : son vrai prénom était Adrienne) s’était pareillement mariée à 16 ans.
Tous mes grands oncles, les frères de mon grand-père maternel (Emile GUILLAUMIN) sont partis au front pendant la guerre de 1914-18 : l’oncle Cadet (le deuxième garçon de la famille), l’oncle
Louis (celui qui est resté célibataire), l’oncle Martin, le parrain de ma mère. Et surtout L’ABSENT : l’aîné des fils, l’oncle Gabriel. Porté disparu en Champagne en 1917. Celui que je
connaissais par sa photo en uniforme de chasseur alpin accrochée sur le mur en face du lit de mon arrière grand-mère ! Plus tard, au décès de celle-ci (elle est morte à 100 ans), cette même
photo a été imprimée sur une plaque posée sur sa tombe. Ma mère me raconte que quand elle était enfant, elle rêvait que l’oncle Gabriel sortait de son cadre et lui parlait.
De la famille de mon père, je n’ai longtemps pas su grand-chose : mon grand-père Antonin LAURENT (le fils d’Antoine) était fils unique. J’ai appris par ma grand-mère qu’en réalité mon
arrière grand-mère avait porté 9 enfants et qu’il était le seul survivant : elle disait aussi, parlant de sa belle-mère (et avec un peu d'acrimonie) "elle aimait plus les assistés qu’on
lui confiait que son propre fils". Elle a tenu ces propos un jour où était venu le seul cousin j’ai jamais connu à mon grand-père : le "cousin de Saint-Menoux", un cousin germain
qui aurait pu être son jumeau. Lui aussi fils unique.
Ma grand-mère paternelle (Marthe DAMORET) a gardé toutes les cartes postales que lui envoyaient ses frères et sœurs : elles ont échappé à un nettoyage par le vide et j’en ai hérité. Louise,
sa sœur aînée était sa préférée. Quand je suis née, elle ne voyait plus ses frères : elle me parlait pourtant avec affection de Fernand, qui lui avait appris à faire du vélo et dont elle
avait donné le prénom à sa fille. Ma grand-mère adorait sa propre grand-mère : Catherine SECRETAIN, inhumée à NEUVY et idôlatrait son parrain : Antoine SECRETAIN, marchand de vin à
MOULINS, un grand bel homme, paraît-il, qui "à 70 ans passés, sautait encore les barrières à pieds joints" !
par Dominique LAURENT
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