Lorsque j’étais gamine à NOYANT, il n’y avait bien sûr plus de tickets de rationnement depuis belle lurette, mais l’on
n’était pas encore entré dans la société de consommation que nous connaissons.
Au bourg, il n’y avait deux boulangeries, un maréchal ferrand, deux hôtels restaurants, deux boucheries-charcuteries, un café qui a disparu, un second café, une pharmacie, un tabac journaux
et un « Casino » qui existent toujours.
Naturellement, il n’y avait pas de pâtisserie, et pour les fêtes, on faisait des gâteaux « maison ».
Pour les œufs, le beurre et le lait, pas de problème : même en cas de pénurie, mes grands-parents auraient pu en fournir !

Je suis sur le vélo de ma grand-mère. Nous passons devant la saboterie de M. DEBOST.
Dans la cour, il y avait un puits où ma mère allait puiser l'eau, car bien souvent le puits qui alimentait les logemenst de l'école était à sec.
Mes grands-parrents maternels habitaient alors au VAUX, un hameau du village de CHATILLON. Elle mettait les oeufs et les fromages qu'elle vendait au marché du mercredi matin dans un panier comme
celui installé devant le guidon. A l'époque, la directive européenne HACCP n'avait même pas été imaginée... et jamais personne n'a été malade.
Je connaissais M. et Mme Casino sous ce seul nom (en réalité, ils s’appelaient M. et Mme BOULICOT) : et c’est chez eux qu’on allait s’approvisionner. Et à l’occasion de mon anniversaire, ils
étaient nos pourvoyeurs (comme on dit au Québec) en biscuits « thé BRUN » (les biscuits « à la cuiller » étant la matière d’œuvre des « charlottes »).
Quand nous avons quitté NOYANT pour SAINT-ETIENNE, avec l’augmentation du niveau de vie, nous avons découvert les pâtissiers : et mon gâteau d’anniversaire fut longtemps un délicieux gâteau appelé « Tosca » par son inventeur, à base de pâte d’amandes et de mousseline pralinée. Et puis je suis partie faire mon « tour de France » grâce au ministère de l’Education nationale. A MAMERS, je me suis gavée de Paris-Brest, de la pâtisserie MALAVIELLE (le meilleur que j'ai jamais mangé) !
Il y a quelques années, alors que j’étais de retour dans l’Allier, ma mère m’a demandé ce qui me ferait plaisir comme
gâteau pour mon anniversaire. « As-tu toujours la recette du gâteau aux thés BRUN ? ».
Et depuis, c’est un rituel. Bien sûr, les thés BRUN sont devenus des thés LU et maintenant des « thés je ne sais quoi », mais il y a toujours possibilité de trouver la matière première
pour faire mon gâteau. Sur les boîtes de thés BRUN, il y a eu d’autres recettes (que j’ai dans le cahier de recettes hérité de ma grand-mère, Marthe DAMORET), mais aucune n’a jamais atteint à mes
yeux, la qualité de ce gâteau-ci :
ingrédients :
2 carrés de chocolat noir.
120 gr de beurre frais
sucre semoule
2 œufs
Travailler ensemble les 120 gr de beurre frais, 14 cuillers à café de sucre semoule et 2 jaunes d’œufs. Bien malaxer le
tout.
Battre à part les blancs d’œufs et lorsqu’ils sont montés légèrement, les mélanger à la pâte.
Faire du café fort.
Sur un morceau de papier sulfurisé, étendre une couche de biscuits « Thé BRUN », trempés quelques instants dans
le café froid (6 biscuits)
Sur cette couche de biscuits, tartiner la crème au beurre et aux œufs ci-dessus.
Puis alterner une couche de biscuits trempés et une couche de crème.
Terminer par une couche de crème sur laquelle on saupoudre des copeaux du chocolat noir que l’on a râpé.
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