Vendredi 14 mars 2008

Dans la question, revenue dans le débat politique local, du 2e pont de Moulins, j’aimerais bien qu’on réponde à deux questions : « un deuxième pont pour aller où ? » et « pour quoi faire ?». Autrement dit, avant que l’on n’engage les fonds publics, j’aimerais que l’on présente au contribuable une vision globale du problème et des solutions qui peuvent être retenues. Et moi, j’ai beau lire la prose de nos candidats et poser des questions quand l’occasion  s’en présente, je n’ai toujours pas réussi à visualiser ce qu’on nous promet comme avenir en matière de déplacement.
Chacun n’aura pas le pont qu’il souhaite à sa porte : le 2e pont, dans la conjoncture qui se dessine ne sera pas positionné à 500 mètres de l’actuel pont Régemortes. Si l’on veut que le contribuable accepte de changer ses habitudes, il faut l’associer à la décision.
Churchill avait bien réussi à rassembler les Anglais derrière lui en leur disant : « je ne peux rien vous promettre sinon du sang et des larmes ». Rien n’est donc impossible : même de convaincre  les habitants de Neuvy qu’ils peuvent délaisser leur voiture à la Madeleine.

Reprenons le problème par le début :

Pour passer de la rive droite à la rive gauche de l’Allier (et réciproquement !), on a le choix, quand on est habitant la communauté d’agglomération qui s’étend 16 kilomètres plus au sud jusqu’à Souvigny, de franchir la rivière au pont Régemortes (pont du XVIIIe s.), aller 15 km plus au nord (en direction de Nevers) pour la franchir au pont de Villeneuve ou emprunter la RCEA route Centre Europe Atlantique et passer la rivière entre Toulon et Chemilly, à 7 km au sud.
Le pont sur lequel passe la RCEA, est situé à une distance convenable : mais cette route « Centre  Europe Atlantique », concentre sur 2 voies un flot continu de camions (voire même d’ « ensembles routiers », avec plusieurs remorques) traversant l’Europe d’est en ouest, voire même du nord au sud, puisque la Suisse surtout, soucieuse de protéger ses infrastructures ont imposé aux poids lourds étrangers le paiement d’une taxe à l’essieu ce qui a eu pour effet de détourner vers la France une partie du flux. On comprend donc que les habitants de la communauté d’agglo. évitent de s’y aventurer s’ils disposent d’une autre alternative.
 

Depuis une vingtaine d’années, on a rejeté à la périphérie les commerces de « grande surface », et les villages dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, sont devenus des « villages dortoirs », où le nombre de maisons individuelles croît sans cesse, malgré une diminution sensible (très sensible) de la population du département. En France, la distance entre domicile et lieu de travail a été doublée entre 1970 et 1990, passant de 7 km à 14 (source : Atlas de l’environnement édité par le Ministère de l’environnement, 1995). Dans l’Allier, les temps de déplacement du lieu de résidence au lieu de travail ne se sont, en réalité, pas allongés par rapport à la période encore récente où l’on se déplaçait en vélo pour aller travailler. Mais ces nouveaux déplacements, que l’on appelle « pendulaires », ont encouragé le recours accru aux véhicules individuels.
Corollairement, comme on a fait le choix de la voiture, en 2000, les lignes S.N.C.F. secondaires ont été fermées au trafic « voyageurs » et toutes les petites gares vendues à des particuliers.

Se poser la question d'un nouveau franchissement de l'Allier n'est donc pas absurde. Et le Conseil général, dont s'est désormais la compétence a logiquement lancé une étude

Il a fallu attendre l’extrême fin du XXe siècle pour que la ville soit désengorgée du trafic nord-sud : avec la « trémie » d’abord, dans les années 70, puis avec le contournement de Moulins, mis en service, enfin !, en 1996 (voir article du …  février 2008 : le fantasme du 2e pont), le trafic nord-sud a été détourné. Et les habitants de l’avenue d’Orvilliers ont enfin pu de nouveau, suspendre des lustres dans leurs salles à manger sans qu’ils s’entrechoquent.

Subsistent deux points noirs :
1°) chaque jour ouvré, entre 7 h 30 et 8 h 30 le matin et entre 17 h et 18 heures, voire même 18 h 30, il faut attendre ¼ d’heure pour aller du palais des sports au pont à la Madeleine, de l’autre côté du pont Régemortes… 
2°) une fois entré dans la ville, où garer ces 25 000 véhicules ?

Sur le premier point :
       - Un rond point a remplacé les feux tricolores il y a 3 ou 4 ans et permis de fluidifier la circulation…. Mais aussi d’augmenter le nombre de voitures qui entrent dans la vieille ville Interview de M. Perissol, maire depuis 1994 dans la Montagne du 19 février 2008 « 18 000 véhicules par jour l’empruntaient avant qu’on n’aménage le rond point Régemortes, qui a amélioré les choses car on en est aujourd’hui à 25 000 ». Moi, la question qui me vient à l’esprit   est : « Y a-t’il une utilité particulière à faire entrer plus de 25 000 véhicules par jour dans la vieille ville de Moulins ? ». Il est vrai que le sujet de ma thèse étant Moulins, la ville, ses hommes et leurs activités à la fin du Moyen Age, j’éprouve un attachement particulier (passéiste ???) à la conservation du patrimoine qui date de cette époque !
La réponse donnée par les commerçants depuis le début des années 1970 quand il a été question d’installer des rues piétonnes, est bien naturellement  qu’il est impératif que les voitures entrent dans Moulins, parce que sinon leur activité péricliterait. A l’époque, j’allais régulièrement en Allemagne, à Wuppertal plus précisément, et j’avais une idée bien précise de ce que pouvaient être des rues piétonnes : la solution retenue à Moulins et toujours en usage fut celle de rues semi piétonne : ou plutôt d’une et unique demie rue semi piétonne.
Quelques photos de la seule rue semi piétonne (définition : on y circule les samedis matin et en semaine)
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Et les rues commerçantes qui ne sont pas piétonnes me dira-t'on ?
Voilà :
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Et je m’étonne que pendant longtemps, personne ne se soit interrogé sur un paradoxe : comment peut-on « fare la spesa », « magasiner », « faire du shopping », quand on ne dispose que d’un trottoir sur lequel ne peut passer qu’une seule personne, avec même pas le recours de descendre sur la chaussée, puisqu’on est empêché de le faire par le rempart de voitures qui sont stationnées ? 

Quelques photos du centre historique 
P1010056.JPG dans les années 1990, on a eu l'idée de détourner la circulation du centre ville (car il fallait bien qu'il y ait un double sens de circulation automobile dans le coeur de la ville, n'est-ce pas ? Sinon, comment les clients auraient-ils pu accéder aux magasins ?) par cette rue, la plus ancienne de la ville, soit dit en passant : cette absurdité a duré 3 ou 4 ans quand même.
 Dans les années 1970, le président Georges Pompidou affirmait qu’il fallait adapter la ville à la voiture. Vingt ans après, à Moulins, on était donc d'avis que dans le centre historique, ça devait passer ou ça devait casser.

Ce matin toutefois (vendredi, jour de marché, et dernière ligne droite avant le second tour des municipales) j’ai quand même entendu  2 commerçants s’indigner : « La rue d’Allier est devenue un parking… Et le maire ne dit rien ! »

Sur le deuxième point
       Une fois entrés dans la ville, que peuvent faire ces 25 000 véhicules, mis à part tourner en rond (ça me rappelle un sketch de Raymond Devos !) puis repartir ? Autrement dit : où peut-on poser sa voiture ? Où l'on peut : en double file (cf photo ci-dessus, devant l'ancienne halle aux blés) par exemple... Et ceci, bien que 2 parkings (gratuits) aient été mis en service. A cet égard, le parking (privé) de Monoprix est très utile : la fréquentation en est gratuite 1 heure, à condition d’acheter quelque chose dans le magasin (voir mon article du   mars 2008). Moulins a acquis, à juste titre la réputation d’une « ville où l’on ne peut pas se garer » et dans son centre, il y a d’ores et déjà plus besoin d’espaces de stationnement que de terrain libre.
(A noter que je ne désapprouve pas l’aménagement des Cours effectué par la municipalité sortante, car alors des centaines de voitures ventouses se posaient à 8 heures le matin pour ne libérer la place qu’à 18 heures. J’avais juste formulé quelques remarques à l’occasion de l’enquête d’utilité publique : j’étais tout à fait d’accord pour que les parkings soient payants. Je regrettais seulement  que dans une ville où les risques d’inondation sont importants, on pose un « enrobé » en lieu et place de terre ou de sable… )
 
  Le problème du 2e pont ne peut donc se poser qu'en fonction de l'aménagement du centre, et des perspectives de développement que l'on veut donner à Moulins. 
   Plus le nombre de véhicules entrant dans Moulins sera important, plus, et c’est logique, il faudra trouver de place pour qu’elles se garent : ça pâsse ou ça casse... faut-il abattre ? Il faut en effet garder présent à l'esprit qu'une voiture occupe en moyenne un espace au sol de 8 m2 , pour se déplacer ou pour son stationnement. Cette surface doit être multipliée par « x », si «  x » personnes se déplacent aux mêmes heures : on comprend mieux les problèmes de saturation de l’espace au heures d’arrivée et de sortie du travail. Si la tendance à aller habiter dans les villages alentour s’accroît, on se heurte inévitablement à un problème d’espace.  Il y a là un véritable enjeu d'aménagement du territoire qui nécessite l'entente entre toutes les communes de la communauté d'agglo., mais aussi celles qui n'y appartenant pas sont des communes dortoirs. Le problème des écoles et des contributions financières des communes rurales au fonctionnement des écoles de Moulins relève de la même problématique de concertation et de vision prospective.  


       Corollairement, et c’est un troisième point passé sous silence, excepté par la 3e liste constituée par un regroupement de dissidents à la fois du PS et de l’UMP, mais aussi, apparemment de la CGT : des réserves foncières figurent au P.O.S. pour un éventuelle rocade intérieure qui permettra aux employés du Conseil général (dont le nombre aura doublé ou triplé dès l’achèvement du nouveau bâtiment et de son parking sur 3 étages, construits dans un parc arboré qui avait été classé comme zone non constructible au POS), et de la préfecture de « tracer » plus facilement pour sortir de l’hyper centre. Tout comme les parents des 800 élèves du collège Charles Péguy lui aussi situé autour de la minuscule place de Verdun, qui viennent 2 fois par jour en voiture accompagner et reprendre leur progéniture. Je note avec intérêt que cette 3e liste aux municipales a déclaré que ce projet de rocade intérieur devait être abandonné : peut-être parce que 3 des colistiers, ayant leur cabinet d’avocats en bordure de cette future rocade, visualisent bien l’enfer que la réalisation de ce projet promet d’être. Ca passe ou ça casse ....

       Sans compter que le parcours « en chicane » de la rue des remparts, devrait, à mon avis, dans une ville d’Art et d’Histoire, être classé, et les abords entretenus et aménagés (parce que pour l’heure, c’est un vrai coupe gorge). J'aurais l'occasion d'y revenir.

 

par Dominique LAURENT publié dans : ce n'est pas parce que l'on ne vous donne pas la p
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Lundi 3 mars 2008

Je ne dispose, pour comprendre le monde qui m’entoure, que le journal, ma curiosité et mon bon sens. Et mon bon sens me dit que l'affaire du marché couvert et du transfert de Monoprix (que j'appelle encore les Nouvelles Galeries, comme du temps où ma grand-mère y fabriquait et y vendait des chapeaux !) risque de se faire aux dépends du contribuable, sans une contrepartie sûre.

Si j'étais propriétaire du patrimoine immobilier que possède sur Moulins la société APSYS, j’essayerais moi aussi de convaincre la municipalité  que je ne peux pas continuer à occuper le site que j’occupe (un beau bâtiment Art Nouveau, construit en 1900 par deux architectes de Saint-Etienne - dont on fait admirer les créations dans cette ville -, flanqué d’un beau terrain en plein centre ville à usage de parking privé), parce qu’il est trop complexe de l'aménager pour qu’il soit aux normes. 
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Que dans ces conditions, je ne peux que déserter une ville à l’agonie… sauf !!!....
Sauf si la municipalité accepte de me céder à un prix déterminé par le service des Domaines l’ancien marché couvert, dont le réaménagement effectué il y a 20 ans a été si mal pensé qu’il est déserté par le chaland.
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Je récupérerais mon bel immeuble et surtout le parking qui le côtoie  pour lancer une opération immobilière afin d’attirer en centre ville de potentiels consommateurs….
deux cents logements bouchant la perspective jusqu’alors dégagée sur l’ancien château  au prix du marché (1 200 000 euros  peut-être plus, car bien entendu on viserait le « standing ») …
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J’installerais, moyennant quelques travaux  bon marché (des cornières métalliques et quelques plaques de plâtre rembourrées de laine de verre), quelques « enseignes nationales » tant rêvées par les adolescents et la population, qui feront ressembler Moulins à Roanne, Nevers, Trifoullis les oies … Et pour relooker de façon contemporaine cette structure métallique du début du XXe siècle, oserait quelques verrières du style « cap Sud » à Yzeure ou « Quatre Chemins » à Vichy.

Le différentiel entre les profits que je réaliserais sur mon opération immobilière et les dépenses qui m’incomberaient pour installer mes enseignes sera intéressant. Je ne sais pas pourquoi il y a une telle distorsion entre la valeur de l'immobilier estimée par les Domaines, qui se réfèrent pourtant au prix du marché et celle réellement pratiquée, mais j'ai suffisamment eu à faire estimer des valeurs locatives en vue de louer des logements de fonction inoccupés et eu l'occasion de les comparer  avec les prix réellement pratiqués dans le privé, pour estimer la différence de 1 à 3. 

Il me suffit donc de convaincre le propriétaire du terrain qui m’intéresse que l’opération est intéressante pour lui, indispensable même (et comme c’est vital pour  lui, il faudra bien entendu qu’il accepte  de prendre à sa charge les frais d’aménagement de la place d’Allier et de « restructurer » le parking couvert de façon à ce que ses usagers aient un accès direct à mes enseignes). Que sinon je quitterai sa ville, désertifiant un peu plus le centre ville, dont les rues sont presque toutes abandonnées,  et où il tente, dans celle qui est encore fréquentée, désespérément, avec l’aide de la C.C.I.  de faire installer des « franchises » (ces fameuses « enseignes nationales ») qui ferment 2 ans plus tard, faute d’un chiffre d’affaire suffisamment important pour que les réseaux de franchises  continuent de les soutenir.

Le centre ville sera-t’il pour autant revitalisé si l’on compte sur le « laisser-faire » et des études décalquées sur d’autres villes de France sans tenir compte de la spécificité moulinoise ? Les acquéreurs des logements « de standing » fréquenteront-ils le nouveau centre commercial ou préféreront-ils les hypermarchés de la périphérie ? Faudra-t'il abattre quelques immeubles du XVIIIe siècle pour édifier à la place des parkings dans des tours  et accueillir les véhicules supplémentaires que la construction d'un deuxième pont pourrait laisser  espérer ?

par Dominique LAURENT publié dans : ce n'est pas parce que l'on ne vous donne pas la p
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Lundi 25 février 2008

       Des ponts célèbres, il y en a : le pont d’Avignon (« on y danse, on y dans »), pont de la rivière Kwaï (« Hello, le soleil brille »), en passant par le London Bridge (« is falling down, falling down, falling down … »), le pont de Remagen…  Le pont Régemortes n’est guère connu que des habitants de Moulins, mais il est tellement emblématique de la ville que les deux principaux candidats à la fonction de maire ont tenu à se faire photographier devant lui. Quant à son fantasmagorique jumeau, le Deuxième Pont, il mériterait bien lui aussi, d’entrer dans la légende après être entré dans le discours politique.

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La rivière d’Allier est une des rares rivières européennes relativement épargnées par les aménagements et les barrages. Certes, on n’y pêche plus de saumon, mais les castors reconquièrent des territoires. Les oiseaux migrateurs viennent nicher dans les espaces sauvages. A Moulins, la perspective que l’on a, depuis le pont, sur la rivière tant en amont qu’en aval, est de toute beauté. L’option majoritairement retenue, la construction d’un deuxième pont à 200 mètres du pont du XVIIIe siècle, qui donne tout son caractère à l’entrée d’une ville classée théoriquement « ville d’art et d’histoire », devrait donc être réfléchie, et si elle est vraiment nécessaire, sérieusement argumentée.
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Le problème du franchissement de l’Allier est un peu une obsession : il est entré dans l’histoire quand Jules Caius César, poursuivant Vercingétorix, qui se repliait sur Gergovie, chercha un emplacement pour traverser l’Allier : chaque historien local bourbonnais fait, en fonction du lieu où lui-même réside, franchir l’Allier à Jules César à Châtel Deneuvre, à Moulins, voire même à Vichy...
       La rivière d’Allier, qui paraît pourtant placide, a longtemps été, sinon infranchissable, du moins difficile à franchir en raison de périodes de hautes eaux imprévisibles et violentes. Les blocs de glace l’hiver, les souches d’arbres arrachées aux rives au printemps ou à l’automne emportaient régulièrement les ponts de bois… Les ducs avaient rétrocédé l’entretien des ponts qui enjambaient l’Allier et la charge d’organiser, le cas échéant, le passage par bac. Les comptes des receveurs municipaux, qui nous sont presque tous parvenus, explicitent la lourde charge que cela constituait pour la « communauté des habitants ». Mais il fallait bien relier la capitale au reste du duché. Au Moyen Age la rive droite était donc reliée à la rive gauche par des ponts en bois, qui s’appuyaient en outre sur les grandes îles qui séparaient les deux bras du "petit" et du "grand" Allier ….  Les ducs eurent bien la volonté de construire un pont en pierre, mais il semble que le projet mis à l’étude au début du XVIe siècle n’a jamais connu le moindre commencement d’exécution.  Au XVIIe s., on fit appel à l’architecte Mansart, neveu de l’architecte de Versailles  Las ! son beau pont en pierre, commencé en 1705 fut emporté par une crue en 1710 avant d’avoir pu être achevé …. Toutes les constructions se heurtaient à des problèmes techniques à cause de l’importante épaisseur de sable dans le lit de la rivière.
En 1750, on confia une nouvelle étude à Louis de Régemortes, ingénieur des Turcies et Levées de la Loire. Les travaux commencèrent en 1753 et furent achevés en  1763. Régemortes avait eu une idée géniale, édifier un radier, et surtout, modifier le cours de la rivière, Qui faisait un coude jusque vers l’emplacement actuel du lycée de jeunes filles puis s’infléchissair brusquement à l’ouest où il rencontrait à gauche le promontoire sur lequel était bâti le Chambon-Coulambeau, (ce faubourg fut entièrement détruit, tout comme la maladrerie qui y était installée et dont le nom donné au nouveau quartier de la Madeleine rappelle le souvenir). L’Allier pouvait ainsi couler dans un cour élargi, canalisé par deux digues protectrices que l’on appelle encore actuellement les « levées ».
Le problème du franchissement de l’Allier fut ainsi résolu pour 180 ans. Des « maisons de l’octroi » contrôlaient les accès depuis la rive gauche. Devant l’avance de l’armée allemande, quelques moulinois firent sauter les arches du pont en 1940. L’Armistice fut peut après signée : Vichy devint capitale de l’Etat français et la ligne de démarcation entre  la zone occupée et la zone non occupée … par la rivière d’Allier. Les soldats de la Wehrmacht qui contrôlaient les passages, avaient installé leur poste de douane dans les maisons de l’octroi…. L’histoire est têtue pour renforcer les obsessions moulinoises.

       A Moulins, le Deuxième Pont constitue un clivage politique : on trouve d’un côté le clan qui, on est, au nom du Bien Public, est favorable à la construction d’un deuxième pont. De l’autre, le clan de ceux qui, se référant aussi au Bien Public y sont opposés parce que « ça coûterait trop cher ». Les positions sont d’ailleurs susceptibles de variation, puisqu’ici les projets consistent à s’inscrire « contre » ce pour quoi les adversaires sont « pour ».
       Et puis, prendre position sur la construction d’infrastructures soutenant une route nationale ne prêtait pas à conséquence, car cela ne relevait surtout pas de la compétence des maires mais de celle de l’Etat. Depuis lors, la compétence a été transférée au département. Bien sûr, les élus locaux ont leur mot à dire : mais on sait bien quel est leur poids sur la mise en 2 fois 2 voies de la R.N. 7 ou le contournement de Bessay, sujets qui pourrissent la vie des riverains. Mais ceci n’empêchait pas « deuxième pont » de ressurgir à l’occasion des campagnes électorales pour les municipales. Cette année, je me suis inquiétée auprès d’une des colistières de son plus farouche défenseur en 2001 de voir que le Deuxième Pont ne figurait pas en bonne place du programme d’une liste d’union de la gauche, qui cette année, pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, voit ses chances d’être en charge des affaires de la ville. Heureusement, le journal local « La Montagne » a suppléé cette carence, en prenant l’initiative d’interroger des architectes moulinois sur leur vision de la ville dans 20 ans : le Deuxième Pont est donc grâce à eux revenu au devant de la scène. Mais que faisaient donc les politiques ?
        La nature ayant horreur du vide, il ne fallait pas désespérer : le thème du Deuxième Pont ressurgirait tôt ou tard dans le discours de l’ « homo politicus » moulinois. Et il est arrivé par où je ne l’attendais pas : le 19 février 2008, j’ai cru un instant être tombée dans la quatrième dimension en lisant le gros titre de la Une de mon journal : « Le second pont de Moulins est lancé » et plus bas : « le maire de Moulins en fait un des principaux engagements de son programme ». Le secret avait été bien gardé (ce qui incidemment pose quand même un certain nombre de questions !) : le succès assuré !!!
       L’étude plus approfondie des déclarations des uns et des autres nuance le propos : il semblerait qu’en réalité, une étude soit lancée pour trouver une solution à un deuxième « franchissement » de l’Allier.

 

 

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