Ne disposant pas du haut débit, je suis dans l’incapacité d’aller chercher sur le net les propos exacts tenus par Madame Nadine Morano.
Si ce qu’elle a dit est bien ce qui est rapporté par l’hebdomadaire Marianne : « On ne fait pas le procès d’un jeune musulman. Ce que je veux c’est qu’il se sente français lorsqu’il
est français. Ce que je veux, c’est qu’il aime la France quand il vit dans ce pays, c’est qu’il trouve un travail et qu’il ne parle pas le verlan. C’est qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers
», je ne comprends pas le tollé que cela a déclanché.
Madame MORANO étant fille d’immigrés espagnols, on pourrait au moins lui accorder qu’elle a des compétences pour donner des conseils aux jeunes pour se faire accepter et respecter. Elle a plus de
mérite à être à la place où elle est, que Jean Sarkozy à être président de l’EPAD, Marie Bové tête de liste écolo, Arthur Jugnot et Laura Smet à faire du cinéma ou Vincent Delerm à écrire des
paroles de chansons.
Les éducateurs qui mouillent la chemise pour aider leurs protégés à trouver un boulot le disent bien : « Ils faut qu’ils apprennent à parler le même langage que les autres à qui ils
demandent de leur faire une place et qu’ils abandonnent leurs codes vestimentaires ». Plus intégriste, Madame Morano aurait pu demander qu’il abandonne sa casquette de base-ball. Je ne
saurais pour ma part que trop déconseiller de verser dans l’excès inverse en adoptant un béret basque et une baguette sous le bras.
On ne peut pas vouloir s’intégrer à la société et lui signifier de façon ostensible qu’on la honnit (si j’écris : « qu’on lui crache à la gueule », on risque de me taxer de racisme anti
jeunes).
On connaît peu d’anarchistes qui ont réussi une carrière sans accepter quelques compromis : sinon, ils peuvent s’épanouir dans le « show biz », là où la marginalité est la norme.
J’en ai aussi connu un qui était professeur d’université : mais sa carrière a stagné.
Quand on veut passer un entretien d'embauche, mieux vaut avoir le look d’Olivier Besancenot.
Pour ma part, j’aime bien les gens qui gardent leur propre personnalité : la casquette à l’envers, le jogging, le blouson à capuche, je trouve que ça fait quand même un peu uniforme. Comme
faisaient uniforme il y a quarante ans les cheveux longs, les jeans et les treillis. Ça n’aide pas à « se faire de la tune » : sauf, peut-être, dans un secteur d’activité bien
particulier.
Puisque l’on parle de racisme, évitons de faire du racisme à l’envers. Ce n’est pas parce que l’on a les yeux bridés, que l’on est arabe ou que l’on est noir, que ça met à l’abri d’être con. Ou fainéant.
Je ne suis pas moi-même irréprochable en matière de préjugé : quand j’ai commencé dans mes fonctions de gestionnaire, mon chef d’établissement avait
recruté ce que l’on appelait alors un TUC (pour travaux d’utilité collective : ils percevaient la moitié du SMIC pour 20 heures de travail). C’était un joli garçon avec un beau sourire. Un
charmeur : et il s’en servait. Je gérais une Equipe mobile d’ouvriers qui entretenait les bâtiments. Il devait travailler avec les peintres et nous lui avions donc acheté une salopette
blanche. Comme il était très brun et avait la peau cuivrée, ça lui donnait particulièrement belle allure. Je l’ai envoyé travailler dans les collèges et lycées voisins avec le reste de
l’équipe.
Et puis un jour, ses collègues sont venus me trouver :
- « On ne le supporte plus, c’est un fainéant ».
- « Vous êtes sûrs que ce n’est pas un peu de racisme ? »
Mais, par acquis de conscience, je suis aller l’observer de plus près : il peignait négligemment, avec une main dans la poche… Et toujours avec son beau sourire quand il m'aperçue.
Mais j’aurais dû être alertée plus tôt : sa salopette était toujours impeccablement blanche ! J'avais l'excuse d'avoir 28 ans.
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