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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 04:42

Les relations dangereuses de M. et Mme Woerth avec la première fortune de France, les cigares de M. Blanc  payés sur le budget de l'Etat, les jets privés alors que prendre le TGV serait plus rapide, tout celà ne m'étonne pas.

Je serais plus indulgente pour l'hôtel de Rama Yade (d'après ce que l'on en sait, l'initiative en revient à ses services alors qu'elle avait prévu de loger à l'ambassade) ou pour Fadela Amara qui continue à occuper son HLM de 55 m2 (elle devrait normalement être astreinte à un sur-loyer) et qui, plutôt que de faire coucher son vieux papa et sa vieille maman sur un matelas de camping, les loge, lors de leur passage à Paris, dans le logement de fonction qui lui a été attribué et qu'elle n'occupe pas, plutôt que de leur réserver une chambre d'hôtel.

Le logement de fonction de l'éphémère ministre du budget Gaymart, les HLM occupés par des anciens ministres ou des enfants d'anciens ministres, la mobilisation du GIGN pour protéger la fille cachée d'un président, les logements pour la deuxième famille payés sur l'argent des contribuables, sont plus révélateurs du système.

Je connais quelqu'un qui pourrait parler longuement du problème de l'attribution des logements de fonction des lycées en région parisienne. Un logement de fonction d'établissement scolaire, c'est rarement luxueux : malgré celà, ils  sont très courrus pour loger gendres ou amis de la famille, vu le prix de l'immobilier dans cette partie de la France.  

 

Mon travail, pendant un quart de siècle, a consisté à rappeler l'existence d'un certain nombre de textes de loi. J'ai un jour mis en évidence un détournement de la réglementation dans l'attribution de ce qui aurait dû être un marché public : appels d'offre, concurrence, réunion d'une commission d'ouverture des plis... Les profs du Conseil d'administration, unis comme un seul homme derrière leur proviseur, m'ont traitée d'empêcheuse de bâtir en rond. Polarisée sue ce sujet, je n'avais pas percuté que du moment que j'avais établi qu'on était en présence d'une opération relevant de la réglementation des marchés, j'aurais dû aller jusqu'au bout de la logique de cette réglementation et vérifier que l'architecte avait bien, en outre, perçu des honoraires "encadrés" en fonction de la  tranche où se situait la valeur des travaux. Valeur qui d'ailleurs changeait d'ailleurs tout le temps au fur et à mesure où l'on découvrait de nouvelles factures, non conformes aux engagements.

Etant comptable public, j'ai été mise "en débet" du trop payé (15 000 francs à l'époque) par la Chambre régionale des Comptes. Mais le chef d'établissement responsable et qui avait mis son successeur dans une situation intenable (car, en plus, il n'y avait pas d'argent pour s'acquitter du montant des travaux), n'a eu droit qu'à un "bordereau d'observations" qu'il n'a d'ailleurs pas lu puisqu'il avait obtenu une promotion dans un établissement plus prestigieux. Et "continuité du service public" oblige, c'est son remplaçant qui a dû se démerder pour payer des travaux qui avaient quand même été effectués par des entreprises locales !    

 

Mon expérience est loin de celle du gestionnaire de service de bouche de l'Elysée... Mais j'ai, en la matière, eu droit à quelques expériences amusantes. La réglementation en vigueur prévoit que pour manger régulièrement au restaurant scolaire d'un lycée, aussi bien le gestionnaire (moi) que le chef d'établissement doivent demander l'autorisation, en argumentant qu'ils ne peuvent pas faire autrement, vues leur situation de famille et leur charge de travail, à l'Inspecteur d'Académie. Qui l'accorde volontiers. L'enjeu financier n'est pas très important puisque qu'on réussit dans nos lycées à confectionner des repas pour un prix très modique. Mais la tarification, qui était alors modulée en fonction des tranches des revenus, demeurait toujours inférieure au prix de revient d'un repas si l'on calculait son coût réel en réintégrant les charges en personnel et les frais annexes. Ce qui signifie, en clair, que la différence était subventionnée. Je traduis : c'est le contribuable qui payait.    

Quand j'ai rappelé ce principe, et qu'il serait bon (et si simple) de se mettre en règle, on m'a regardée de haut : "Mais moi, je suis CHEF d'établissement. Je ne vais pas demander l'autorisation de manger dans  MON établissement !" Seule l'une de mes secrétaires, qui passait pour être désagréable, et qui n'avait pas peur que sa réputation ne se dégrade, osait lui demander qu'il mette bien un ticket pour chacun des repas qu'il consommait. J'avais transigé sur un point : les tickets devaient être signés, mais les enseignants trouvant celà humiliant, j'avais donc dispensé de signature les convives. Et un jour, une de mes secrétaires m'a appelée : "Vous ne savez pas ce qui se passe ? Quelq'un fabrique de faux tickets de cantine. Regardez, celui-ci a le même numéro que celui-là !" Il y avait une très faible différence dans la taille des caractères d'impression du numéro, qui nous avait échappé jusqu'alors. C'est le hasard qui avait voulu que ce jour-là, nous trouvions 2 tickets de même couleur et de même numéro. Je n'ai jamais su (même si j'ai de gros soupçons) qui s'amusait à fabriquer de faux tickets de cantine ! Il faut être con pour perdre son temps à celà ! 

Autre anecdote : nous avons eu comme proviseur adjoint une femme qui était extrêmement rigoureuse en même temps que compétente et sympathique. Un jour, je lui ai dit : "J'espère que le repas que l'on vous a servi au restaurant "X" (un restaurant gastronomique") le jour de votre réunion de travail avec les chefs d'entreprise vous a plu, parce qu'au prix qu'il a coûté, il fallait qu'il soit bon". - "Ah oui ! m'a t-elle répondu, en vantant les qualités. D'ailleurs Mme B. et Mme P. ont beaucoup apprécié".  Je l'ai interrogée : "Mais que faisaient donc à ce repas Mme B., qui est la femme du proviseur et Mme P. qui est la femme d'un prof, et qui ne sont pas censées appartenir à votre groupe de travail ?"

Forte de cette expérience, j'avais par la suite demandé de produire une attestation justifiant de l'objet de la réunion et la liste et qualité des convives : "Prenez-donc les avis de décès du journal et établissez une liste avec !" avait dit, avec beaucoup de mépris un autre proviseur, à un jeune stagiaire que j'avais envoyé chercher ces documents.

 

Nous avions une section hôtellière et une belle cave. Notamment de bons crus de champagne. Les déboires de mon prédécesseur ont commencé quand elle a voulu vérifier les sorties de cave ! Et l'a notifié par écrit à un de ses proviseurs. Quand je lui ai succédé, on me répétait 4 ou 5 fois par semaine que cette dame était incompétente et qu'en plus, elle avait "des problèmes relationnels". Comme preuve, l'on m'a exhibé le courrier qu'elle avait rédigé à son proviseur pour s'étonner de sorties de bouteilles intempestives. J'avais fait remarquer que sa démarche était normale.

"Et vous savez, a-t'on rajouté pour bien enfoncer le clou, elle convoque chaque jour une de ses secrétaires, au hasard, pour l'engueuler". J'ai fini par apprendre que cette rumeur, martelée, était infondée.

 

Lorsque j'ai appris que l'argent écomisé grâce au travail des agents affectés au service de lingerie, réserve constituée pour renouveler le matériel au bout de 10 ans, condition sine qua non qu'avait imposée le Rectorat à la constitution de ce service mutualisé, allait servir à acheter une voiture de fonction au chef d'établissement (alors que l'on sait que les véhicules de fonction des administrations sont sous utilisés) et que leur façon de "travailler plus" pour gagner le même salaire mais remplacer le matériel existant n'aurait en réalité servi à rien, j'ai fait remarquer que l'on avait affaire à ce que la loi qualifie de "détournement de fonds publics". Je n'étais plus en poste quand le rectorat a paraît-il entériné !

 

Autre exemple de "détournement de fonds publics" : M. le Proviseur et Mme faisaient les salles de vente. Ils aimaient beaucoup l'art (Madame avait repeint la salle de bain en laque noire) : l'art nouveau, l'art déco. Un poster affiché dans le bureau de Monsieur m'a permis de découvrir Charles Raynie Mac Intosh. Un agent, excellent menuisier quand il était à jeûn, avait pour fonction quasi exclusive de réparer les meubles du proviseur. Inutile de dire qu'il était, dans ces conditions, facile de gérer l'équipe de ses collègues qui me faisaient remarquer qu'au lieu de fonctionner à 5 pour entretenir l'établissement, ils n'étaient que 4 !!!

 

Avant que j'ai réorganisé le service de lingerie, il y avait dans l'organigramme un poste de "secouriste lingère", qui était aidée d'une auxiliaire. Dans un établissement où il y a un internat, il y a toujours des couvertures à nettoyer, des rideaux à laver .... et les vêtemements des ouvriers à entretenir. La "secouriste" était monopolisée une bonne partie de son temps, en tant que telle, car les infirmières participant à de nombreux (très nombreux) stages  pour améliorer leur pratique, en tant que secouriste elle était tenue de les remplacer. Pour l'entretien du linge, il fallait aller chercher une aide de cuisine, car Mme B. achetait des vêtements de grands couturiers, d'occasion, et il fallait les mettre à sa taille ! C'est à rendre ce service, que pendant des années, la maîtresse lingère complétait son service. Celà aussi a relève du qualificatif de "détournement de fonds publics".

 

La Chambre régionale des Comptes d'Auvergne s'est l'an dernier étonnée que l'hôpital de Clermont ait recruté 400 personnes, alors que les prévisions d'emploi au budget devaient être de 55 postes (de mémoire). J'ai eu aussi l'expérience de ces budgets que l'on doit élaborer en faisant une gestion prévisionnelle des emplois quand l'activité est aléatoire.

"Vous nous demandez quelque chose de stupide (la personne en question, qui s'est engagé depuis dans une belle carrière politique, aimait bien mettre en évidence ma stupidité). On ne peut pas savoir à l'avance quelle sera notre activité" (et pourtant, gérer, c'est prévoir !). Quelques semaines plus tard :"Ah, on va devoir recruter un formateur : on va avoir une nouvelle activité". - "Vous vous plaignez que M. J. est en sous service, il ne pourrait pas l'encadrer cette activité ?" - "Non, il faut un profil bien spécial". - " Et bien, il faut établir un profil de poste et réunir une commission de recrutement" "- Inutile, Melle P. est la seule personne qui puisse effectuer ce travail". De nécessité impérieuse en nécessité impérieuse, les gens en question, toujours plus ou moins de la famille d'un ami des responsables venaient gonfler les effectifs en personnel.

Ce mode de recrutement est la contre-partie d'un système que l'on nous vante actuellement dans les hebdomadaires parlant de "management" : "disposer d'un réseau". Dans le milieu où j'ai été élevée, celà s'appelait "être pistonné" et celà ne revêtait pas une connotation positive.

De vacations de vacations, il fallait établir un contrat à durée déterminée. De contrat à durée déterminée en contrat à durée déterminée, il fallait établir un contrat à durée indéterminée. Et voilà pourquoi, on se retrouve avec un nombre d'emplois que même la Comptabilité Publique est dans l'incapacité  d'estimer.  

 

On a fini par faire savoir en haut lieu que qu'étais trop "psychorigide" et que je constituais un danger pour le bon fonctionnement de la structure. Ma carrière a été flinguée en plein vol : personne ne s'est étonné que je sois suivie par un psychiatre, puisque bien évidemment, j'étais folle.  

 

Il est vrai aussi que j'avais, pour arranger mon cas, mis à l'huissier une créance de 25 000 euros dûe par une association gérant des fonds publics (ce qui est interdit). Un inspecteur du Trésor m'avait suggéré : "Demandez-donc à la préfecture les statuts de cette association pour voir quel est son objet exact ?". J'ai su quel était l'objet. Mais c'est surtout, la liste des membres de son bureau qui m'a éclairée ! J'ai retrouvé ces gens-là sur des listes aux municipales !!! 

  

Tout ceci m'amusait assez, tant que j'ai eu du personnel pour m'aider à travailler. On a supprimé peu à peu tous les postes mis à ma disposition (mon chef appelait celà une "économie d'échelle") en les mettant soit à faire de la documentation, soit à l'accueil plutôt qu'à faire des vérifications comptables. Quand j'ai été toute seule pour effectuer le travail accompli autrefois par 3 personnes en plus de moi, on a diligenté une inspection du trésor pour démontrer que je n'étais pas efficace ! On est toujours puni par où l'on a pêché. Et j'étais si méchante !

 

Tout ceci pour dire que malgré une première réticence à son égard (s'acharner sur une paire de pompes me paraissait dérisoire), j'ai maintenant beaucoup de sympathie pour le courage de Madame Eva Joly. 

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commentaires

kéline 12/07/2010 11:46


en fait ce que tu écris m'aurait étonné et même plus il y a quelques années mais l'expérience de vie aidant, plus rien ne me surprend vraiment dans ce domaine. L'honnêteté est une vertu qui devrait
être mieux partagée c'est clair surtout dans la gestion de l'argent public même si effectivement il y a des "erreurs" moins graves que d'autres comme celle de Fadela par ex .
Je comprends donc ta sympathie pour Eva Joly en l'occurence mais je déplore aussi qu'elle soit si mal entourée.


patriarch 08/07/2010 11:23


sourires
Je suis étonné que personne ne parle de ces "clubs de pensées" qui fleurissent sous l'égide de beaucoup d'hommes politiques de tous bords. Villepin a le sien; Woerth aussi et bien d'autres de
l'UMP, comme au parti socialiste.

Ces "clubs" sont tous sous la loi 1901, et ils peuvent très bien recevoir de l'argent de mécènes. Bien sûr, il y a une comptabilité, mais qui peut contrôlé ce qui se donne en liquide de la main à
la main ? C'est très facile de noyer le poisson avec toutes ces combines.

De plus, l'UMP a engrangé plus de 7 millions d'Euros de dons (déclarés), alors que le PS arrive péniblement vers les 800 000 euros(déclarés), ce qui prouve qu'il est plus facile à un ministre du
trésor et même à un ministre du travail en fonction de contacter les personnes de la société civile ayant des contacts avec les chefs d'entreprises ou même des administrateurs de biens, que ne peut
le faire un élu quelconque même s'il fut premier ministre dans le passé !!!

Je ne comprends pas que ce problème ne soit pas abordé. Coupable ou non, je n'en sais rien, mais ce mélange des genres a une drôle d'odeur !!!

Belle journée avec bises !


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