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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 13:50

Mon entrée dans la vie active réelle (je mets à part mes deux années passées comme surveillante d’externat) m’a fait aller de surprise en surprise. Il y a 25 ans de cela, j’aurais dit de désagrément en désagrément, car ces surprises m’énervaient.

Un copain de fac avait passé un concours à l’équipement un an auparavant  et se plaignait des conversations de ses collègues : que des femmes "elles ne font que parler de leurs gosses" ! Aussi, quand j'ai été affectée sur mon premier poste, hélas à 600 km de chez moi, je me suis réjouie à l’annonce que mon futur camarade de bureau serait un homme.
Au cours de mes années d’école, puis de lycée, puis de fac, j’avais vécu dans un monde auquel je m’étais parfaitement adaptée. Les valeurs étaient « travaille bien », « montre toi intelligente » et on t’en sera reconnaissant. On m’avait conseillé aussi de ne pas trop la ramener (traduction : de m’affirmer, mais sans ostentation) et vis-à-vis de mes camarades d’école, quelques réflexions m'avaient fait comprendre qu’il fallait que je travaille bien (pour faire plaisir aux adultes), mais pas trop quand même, car si j'étais première au classement (on ne sait plus maintenant ce que sont les "compositions"), on me soupçonnait de favoritisme de la part des collègues de ma mère. La sélection dans l’institution scolaire étant ce qu’elle et, bien que contraire aux instructions du ministère de l’éducation nationale (j’étais dans une classe « scientifique » et j’apprenais l’allemand !), à partir de la classe de seconde, et surtout en fac, je n’avais rencontré que des gens comme moi, qui aimaient refaire le monde, voir, au cinéma, des films de 4 h 30 et ne reculaient pas devant le théâtre d'avant garde !


Aussi la cohabitation avec mon collègue m’a beaucoup pesé. Le proviseur d’alors, qui était un peu sadique, s’en était aperçu et s’amusait à me faire constater les avantages qu’il lui accordait… et dont il n’entendait pas me faire bénéficier (je ne savais pas, alors,  que l’expression « manipulateur pervers » existait). Les profs (tous moins de 30 ans) trouvaient mon collègue sympa car il plaisantait  toujours. Mais ils n’avaient pas, comme moi, l’occasion de l’entendre commenter les choses de la vie non pas huit car nos horaires étaient décalés, mais six heures par jour.  Pour lui, l’homme était un être naturellement supérieur : il se réjouissait donc des résultats scolaires de ses deux fils, mais considérait comme normal que sa fille aînée arrête ses études à 16 ans et ne s’inquiétait pas outre mesure que sa cadette qui avait deux ans dde plus que son frère se retrouve dans la même classe de 6e, qu'elle a d'ailleurs redoublée. Car « c’est à l'homme de faire bouillir la marmite ». On remarquera qu’il avait 2 garçons et 2 filles (« j’ai fait le coup du roi » se vantait-il). A la documentaliste, il avait dit : « mais, Madame V., vous signez de la  main gauche ? Vous avez pourtant fait des études ! »
Il n’avait quitté sa région qu’à l’occasion de son service militaire : qu’il avait fait pendant la guerre d’Algérie ! 20 ans plus tard, il portait le cheveu taillé en brosse et arborait une moustache fière. Le proviseur s’habillait dans le style anglais : blazer bleu à écusson et pantalon gris, taillé sur mesure  (il m’avait demandé une fois d’aller chercher dans la ville voisine le costume taillé sur mesure qu’il s’était fait faire). L.J. commandait des pantalons et des blazers semblables à La Redoute (mais lui ne m’a jamais demandé d’aller chercher son colis à la Poste !)

Ce qui me contraria vraiment fut l’incident suivant : tout le monde se réjouissait que M. J ait, au cours de l’été, acheté une maison. Mais, c’était une maison en viager. Et je l'entendais quotidiennement ruminer ses récriminations à propos de la « vieille qui ne voulait pas crever ». Quatre mois durant... Cela m’exaspérait ! Au retour des vacances de Noël, j’ai appris qu’elle s’était (enfin !) décidée à mourir. Et L.J. a réuni tout le monde pour fêter cela autour d’un apéritif qu’il a offert dans le réfectoire. La Conseillère d’éducation avait fait des gâteaux roulés… Bien élevée, j’ai fait acte de présence, mais je n’ai rien eu à cœur de grignoter ou de boire.

Maintenant, je me dis qu’il aurait fallu que j’aborde les choses sous l'angle : "c’est bien qu’il se réjouisse de ne plus avoir de loyer à payer" au lieu d’y voir du mauvais goût.


Je crois que je suis mûre, désormais, pour devenir patronne d'un bistrot !
D’autant que si j’ai par la suite découvert que si moi, j'étais agacée, j’ai dû, sans le savoir, assez bien gérer L.J. pendant notre temps de travail : 8 années après, j’ai profité de vacances scolaires pour rendre visite à des copains restés dans le coin. Nos académies n’étant pas dans la même zone, j’ai eu l’occasion d’aller rendre visite, au bureau, aux secrétaires de l’intendance qui travaillaient à l’autre bout de la cité scolaire et qui m’avaient maintenu le moral à flot au cours de ces trois longues années, m’encourageant à passer le concours d’attachée. Elles m’ont dit : « M. J. a appris votre séjour ici et il nous a dit qu’il souhaitait que vous alliez le voir ». J'ai traversé le parc sans grand enthousiasme pour aller le saluer. Il m’a pris fièrement le bras et m’a présentée aux nouveaux proviseurs et à ses collègues du lycée professionnel. Il était tout fier de ma réussite au concours  de CASU, autant que si j'avais été un de ses fils ! Et s’adressant plus particulièrement à la personne qui m’avait succédé : « C’était ma collègue : elle était assise à votre place. Et maintenant qu’elle est CASU, elle vient me voir ».


Le monde selon Juju avait des aspects somme toute assez attendrissants.

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commentaires

kéline 16/12/2009 11:56


c'est toi qui est attendrissante somme toute !!!
Mais ton ouverture d'esprit t'amène vers des sommets que ce malheureux L.J n'atteindra jamais.
C'est la revanche de l'éducation (pas si contestable) que tu as reçue
bonne suite
j'ai toujours grand plaisir à te lire


patriarch 12/12/2009 10:27


Hum !!! Je ne crois que je serais allé le voir ce ouistiti !! Je pense aussi qu'avec le caractère entier que j'ai, j'aurais explosé littéralement bien avant.


Bonne journée. Bises.


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