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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 18:55

Jean Débordes, dans son ouvrage : L’Allier dans la guerre (1939-1945) constate les nombreuses exactions commises dans notre région par l’armée allemande à partir du 6 juin 1944 : « En quelques semaine, elle tua de sang-froid quelques cinquante quatre hommes ou femmes et brûla des dizaines de maisons ». 

A Noyant, la présence d’ukrainiens à la recherche des terroristes atteste bien que la colonne allemande qui rechercha les auteurs de l’embuscade du Rocher Noir et emmena des otages à Moulins (témoignage de Léon Dezamais) relevait des Waffen SS. Mais elle dépendait sans doute de la brigade « Jesser », connue aussi comme division,  groupe mobile Jesser, colonne Jesser, etc …. Moins connue que la division Das Reich, qui avait quant à elle sévi sur le front de l’est, la division Jesser, à l’époque des faits rapportés (été 1944 - 1ère partie ) était une création récente : c’est le 6 juin 1944, en effet que le général Kurt Von Jesser se vit confier le commandement de diverses unités, assez disparâtes, nous allons le voir, pour réprimer et anéantir les maquisards auvergnats et limousins.
En effet, depuis le printemps 1943, les maquis s’étaient multipliés dans l’Allier : J. Débordes en recense 29 (p.113 à 135)
La brigade Jesser sévit donc dans l’Auvergne et le Limousin de juin à août 1944, avant de se replier sur Autun et se battre dans la poche de Colmar en 1945. Son quartier général était situé à Ussel en Corrèze.
C’est cette colonne Jesser qui entre le 8 et le 15 juin a  «liquidé» le réduit du Mont Mouchet.
Elle rassemblait des Waffen SS, des « Légions étrangères », des Feldengendarmen (c’est à dire la police militaire)..  Les origines ethniques des hommes qui y étaient incorporés sont véritablement étonnantes. J’ai longtemps cru que les SS et leur branche militaire, les Waffen SS étaient uniquement constitués de nazis convaincus, comme ce fut effectivement le cas de la division française Charlemagne. Pour endurcir les jeunes recrues SS, racontait notre professeur d’histoire de Terminale, on leur faisait élever un chien (un berger allemand ou un dobermann, bien sûr), et on leur demandait ensuite de le tuer. Je savais aussi qu’on avait abondé leurs effectifs avec des « Volksdeutschen » (comme les alsaciens impliqués notamment à Oradour), mais j’ai découvert récemment que, nécessité faisant loi, on intégra des hommes ne pouvant pas attester de leur origine aryenne sur 4 générations : des ukrainiens, des russes, des bosniaques, des indiens d’unités de l’armée britannique, faits prisonniers. En 1944, 70 % des Waffen SS étaient des étrangers
(Cf Wikipédia : article Waffen SS).
La colonne Jesser comportait en outre deux « Ost-Legionen » ou « légions de l’est » (1). La première incluait des Tatars de la Volga (Freiwilligen Stamm Wolga Tatarische Bataillon), la seconde des Azerbaidjanais, tous turcophones. « Freiwilligen » se traduit par « volontaires », mais ces soldats des Ostlegionen étaient en réalité des ex-prisonniers de l’armée soviétique « retournés ». Dans la nuit du 29 au 30 juillet, 75  Tatars désertèrent d’ailleurs les forces allemandes pour rejoindre l’Armée Secrète.
Vers la fin du moi de juillet 1944, la colonne Jesser reçut l’ordre de se replier. La légion Tatare fut acheminée d’Ussel où elle était basée, vers Saint-Étienne où elle est arrivée le 4 août. Son itinéraire passait par Issoire et  Le Puy-en-Velay. Elle n’a donc pas transité par l’Allier. En revanche, le 1er août, la totalité des troupes de la légion Azerbaïdjanaise, les quelques éléments Tatars restant, les SS et les SIPO-SD se replièrent depuis Ussel en direction de Clermont-Ferrand où elle est signalée les 23 août et 24 août. Et le 27 août, la brigade Jesser fait retraite sur Autun, Dijon et Langres : Jean Débordes qui énumère les assassinats de civils entre juin et août 1944 démontre que la majorité d’entre eux eurent lieu le long de l’axe Clermont-Moulins-Autun
(J. Débordes, op. cité « la route sanglante », pages 244 à 247) mais les attribue au reste d’une garnison allemande de Limoges. Ces troupes allemandes refluaient en compagnie de miliciens français auxquels l’on doit un grand nombre des exactions commises dans le département.
Dans la composition de la brigade Jesser, je mentionnerai aussi des brigades d’intervention de la Feldgendarmerie dont la brigade N° 653, était cantonnée à Montluçon. Et dans leur repli sur Autun, il est tout à fait logique que les Feldengendarmen de Montluçon aient dû emprunter l’ancienne RN 145 qui passe à la Pierre Percée, d’autant que les résistance avait, le 14 juillet en faisant entrer deux trains en collision dans le tunnel de Noyant, rendu impraticable la voie ferrée Montluçon-Moulins, ce qui corroborerait la première interprétation que j’avais faite du récit de ma grand-mère. Mais l’évènement qui m’a été rapporté peut tout aussi bien avoir été la conséquence de l’embuscade au Rocher Noir le 18 juin. Car Selon J. Desbordes,
(p. 217) ils ont fouillé les corons de Noyant dans l’après-midi du 18 juin 1944 et ne repartirent que le lendemain matin. Il est tout à fait logique qu’ils aient continué leurs recherches à la nuit tombée à la Pierre Percée.

Une partie des effectifs de la brigade Jesser était sans doute stationnée à Avermes. Sa présence est en effet constatée le 8 juin 1944 à Saint-Amand-Montrond dans le Cher : « En représailles de l’attaque du siège de la Milice et de la prise de la ville de Saint Amand par les maquis FFI/FTP  une opération fut menée par des troupes allemandes venues de l’Allier. Ce bataillon du 1000ème régiment de sécurité de la Brigade Jesser, composé de parachutistes en tenue de camouflage, venait d’Avermes et ils avaient été transportés dans des camions appartenant à la ville de Moulins » (Source  AD 18 : 11 J 8 Comité Berrichon du Souvenir, état des crimes corporels des allemands : rapport sur Saint-Amand).

L’histoire de la seconde guerre mondiale, étudiée ainsi par le petit bout de la lorgnette, permet de comprendre les peurs rétrospectives ressenties par les populations civiles et aussi la réalité de ce que l’on appelle en langage militaire contemporain des « dégâts collatéraux ». Entre plusieurs histoires, je souhaite terminer par celle des époux Contoux, dont une rue d’Yzeure, longée par la voie ferrée, porte désormais le nom : ils vivaient au 14 de la rue Jenner. C’était une époque où les toilettes n’étaient pas à l’intérieur des maisons : vers 4 heures du matin, le 10 juin, M. Contoux se leva et ouvrit la porte donnant sur le jardin pour aller uriner. Six soldats allemands poussaient un chariot qu’ils avaient volé, sur la voix de chemin de fer de Moulins à Paray-le-Monial ; qui longeait la maison des époux Contoux. Ils brûlèrent des signaux et des pétards « de précaution » explosèrent. Ils se crurent attaqués par des « terroristes » et mitraillèrent M. Contoux qui descendait dans son jardin. Blessé à la jambe, il tenta de se réfugier chez lui. Les soldats allemands enfoncèrent portes et fenêtres et le tuèrent dans sa cuisine. Mme Contoux tenta d’appeler à l’aide par sa fenêtre, mais une grenade la tua (J. Débordes, op. cité, p. 249-250).  


(1) Je ne connais pas grand chose à l’histoire militaire : ces « légions étrangères » appartenaient-elles aux Waffen SS ?

 

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commentaires

michaud thierry 15/06/2017 11:56

bonjour je viens de lire votre article.. et je peux vous apporter une précision sur les assassins des époux contoux le 10 juin 1944. il s'agit de parachutistes allemands qui appartenaient à la 7ème compagnie - n° 51.97 dont le chef de détachement était un adjudant assez âgé. j'ai en ma possession le PV de la gendarmerie de MOULINS qui a été rédigé à la demande du JI de MOULINS. Thierry Michaud - michaud-thierry@wanadoo.fr

kéline 12/10/2009 14:49


periode troublée entre toutes
La triste fin des époux Contoux exprime bien la terreur que devaientt vivre les uns et les autres...


patriarch 11/10/2009 20:27


Quand on lit tout ce qui s'est passé à cette époque, ce fut terrible, je connais aussi pas mal d'exactions sur la route de l'Est, mais c'étaient un gars ici, 2 autres là, etc etc; on en parle
moins, alors. J'avais 14 ans à la libération.

Bonne soirée.


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