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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 08:48

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C’est lors du décès, cette année, d’Eric Rohmer, que j‘ai découvert qu’il avait adapté l'Astrée, le roman d’Honoré d’Urfé sous le titre : les Amours d'Astrée et de Céladon. Un très bref extrait m’a donné l’envie de voir ce film.

Honoré d'Urfé, qui fut seigneur de Pouzeux, à Yzeure et sa femme, Diane de Châteaumorand, firent un don important pour la création du collège des Jésuites de Moulins, mais ces deux familles étaient foréziennes. C'est Claude d'Urfé, le grand-père d'Honoré qui fit édifier la Bâtie (ou Bastie) d'Urfé (Montbrison, en Forez)

L’Astrée est un roman pastoral publié sur 20 ans, de 1607 à 1627. C’est un long, très long, très très long livre... (6 tomes et  5399 pages). Il commence ainsi : « Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules… Plusieurs ruisseaux en divers lieux vont baignant la plaine de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusque à Feurs où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan. »
 
Le roman est à tiroirs et narre l’histoire d’amour entre la nymphe Astrée et le berger Céladon au Vème siècle de notre ère, dans la Gaule des druides, plus précisément, au pays d’Arcadie.
Astrée croit à tort son amant infidèle et ordonne à Céladon de partir hors de sa vue : désespéré, le jeune homme se jette dans les eaux du Lignon.

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Le thème de Céladon se jettant dans le Lignon pour se suicider a été décliné par les tapissiers, mais aussi par les faïenciers de Nevers (cette assiette est exposée au palais ducal de Nevers).

 

La princesse Galathée sauve le berger et lui offre son cœur, mais il ne pense qu'à Astrée et se cache au fond d'une forêt pour respecter un serment qu'il croît qu'elle a exigé. Astrée est tourmentée par le remords. Un druide propose alors à Céladon qui croît qu'Astrée voulait vraiment qu'il disparaisse de sa vue, un stratagème pour qu'il puisse quand même revoir sa bergère sans l'offenser : il devra se déguiser en femme, sous le nom d’Alexis.

Astrée se prend d'une grande amitié pour Alexis. Mais Astrée découvre le subterfuge. A nouveau furieuse, elle somme Céladon de mourir. Et elle-même décide de se suicider. Les deux amants se rendent alors chacun de leur côté à la fontaine de la Vérité de l'Amour, dont l’accès est gardé par des fauves, qui, espèrent-ils, les dévoreront. Mais leur présence commune en ce lieu fait cesser les enchantements et ils sont enfin unis par l'oracle d'Amour.

 

 

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les retrouvailles d'Astrée et de Céladon 

 

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D’autres histoires recoupent ce récit principal, notamment les manigances de l’ambitieux Polémas qui voudrait obtenir la main de la princesse Galathée, héritière du trône de sa mère, reine du pays des bords du Lignon. Il déclanche une guerre. Mais  Polémas sera éliminé et la princesse retrouvera le beau Lindamor qui l'aime depuis toujours. La paix sera restaurée dans le pays de Forez.
L'Astrée obtint un succès considérable dans l’Europe tout entière. Il fut traduit en un grand nombre de langues.

 

A noter que les foréziens s'insurgèrent contre la décision de Rohmer de ne pas tourner son film dans la vallée du Lignon : Eric Rohmer, constatant que le Lignon n'était pas suffisamment profond pour que la noyade de Céladon soit crédible, a tourné dans la vallée de la Sioule (dans l'Allier, donc) et avait fait précéder son film d'un avertissement mettant en cause l'urbanisation, la présence d'une autoroute coupant en deux la plaine du Forez ainsi que la plantation de résineux. Il répondit au du président et de la vice-présidente du Centre de Goutelas :

J’aurais aimé tourner le film sur les bords de « ces délectables rivières » dont parle Honoré d’Urfé. Mais le Lignon du XXI ème siècle n’est plus celui du XVIIéme, qui n’était peut-être pas exactement celui autour duquel Honoré d’Urfé a construit son histoire.
Ce petit affluent de la Loire est actuellement d’une largeur, d’une profondeur et d’un débit trop faibles pour qu’un être humain puisse s’y noyer et être emporté par le courant à une distance notable.
Nous avons pendant plus de trois ans cherché une rivière possible dans le Massif Central, du Morvan jusqu’aux Cévennes. La Sioule aux confins de l'Allier et du Puy de Dôme m’a non seulement semblé convenir mais m’a inspiré des idées de mise en scène qui donnent au début du film la tension dramatique qu’il requiert.
Mais au cours de la recherche de cette rivière qui ne préjugeait pas au début de l’abandon du Forez pour le reste du film, nous avons trouvé des paysages d’une beauté plus franchement pastorale que votre région.
Dans mes tournages, je suis très attentif en général à la vérité des lieux mais s’il faut choisir entre celle-ci et la Beauté, naturellement, en tant qu’artiste, c’est pour cette dernière que je dois opter. Le cinéma est un art et c’est moi seul qui juge des choses que je dois filmer.  

Le Conseil Général de la Loire s'en est offensé et porté l'affaire en justice. Dans son édition du 28 septembre 2007, le journal Le Monde rapporte que  le tribunal de grande instance de Montbrison (Loire) l'a débouté de ses assignations en référé déposées pour "dénigrement" contre les sociétés productrices et distributrices du film d'Eric Rohmer.  

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Dominique LAURENT
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