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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:21

Mardi 2 novembre, Arte présentait Amen. C’est parce que j’avais vu qu’Ulrich Mühe (l’agent de la STASI de La vie des autres) que j’ai regardé ce film plutôt que le De Gaulle de Serge Moati qui me tentait aussi.

 
J’avais totalement oublié l’existence de ce film, sorti en 2002, et c’est en explorant le net, le lendemain que je me suis rappelé que son affiche avait à sa sortie fait scandale. Et a fortiori, j’avais zappé la critique… qui l’a bien esquinté.

 

C’est donc sans a priori que je l’ai regardé. Ce n’est pas le personnage joué par Matthieu Kassovitz, qui a justifié la symbolique de l’affiche, pas plus qu’une critique, assez peu virulente, du pape Pie XII, qui ont attiré mon attention.

 

Depuis la sortie du film « Shoah », je trouve que l’on occulte partiellement la réalité de l’idéologie raciste : jusqu’à cet été, et les réactions à l’expulsion des « Roms », on avait bien oublié que les tziganes avaient été concernés par la politique d’extermination nationale-socialiste. Tout comme l’on a oublié que le pacte germano-soviétique, l’alliance entre l’Italie et l‘Allemagne ou entre l’Espagne et l’Allemagne étaient contre nature.

 

Le film débute par la réunion dans un local de douche d’enfants trisomiques et d’une très jolie petite fille, qui sourit gentiment aux officiers qui lui remettent un dossier qu’elle ne veut pas lâcher. Un gaz est envoyé dans le système d’aération. On découvre sa photo, barrée d’un crêpe noir, à l’occasion d’une réunion de sa famille. Son oncle, un médecin, spécialiste des problèmes d’hygiène (la purification de l’eau et la désinfection des casernes) s’étonne d’un décès si subi. Et découvre qu’elle a été victime de la politique d’euthanasie du régime nazi.

Dans la logique nationale socialiste, il fallait exterminer toous les "Untermenschen". Notamment ces gens, bruns de poil et de peau, alliés occasionnels et qui ne pouvaient pas être considérés comme de bons Aryens. D'ailleurs il semble que Mussolini n'ait jamais été dupe. Un historien, dont je ne me souviens plus le nom, avait noté qu’Hitler s’est toujours méfié de Pierre Laval sur l’aryanité duquel il s'interrogeait. Ce qui est valable pour tous les auvergnats, qui, on le sait, ont le crâne dur !

La vérité de l'idéologie raciste du IIIe Reich, pour les mille ans qui devaient suivre, transparaît également dans cette scène : le médecin  SS Kurt Gerstein présente à des militaires en partance pour le front russe un système de filtration d’eau, et le personnage joué par Ulrich Mühe dit : « C’est une eau sans danger pour les Slaves, mais elle peut être dangereuse pour les êtres humains ».

Le film rappelle aussi que des allemands, ont, dès 1933,  été actifs dans la résistance au nazisme : mais, dans une scène du film, l’un des opposants à Hitler, apprenant quelle est la « solution finale au problème juif »  ne veut pas y croire : « notre peuple est incapable de cela ». Le lieutenant SS Kurt Gerstein doit assister de ses propres yeux à l'extermination des Juifs dans le camp de Treblinka, pour faire le lien avec les livraisons exhorbitantes de gaz « désinfectant ». On présente les allemands sincèrement cnvaincus que les juifs ont quitté l’Allemagne pour émigrer aux Etats-Unis.

Autre réalité de la politique raciste : dans les échanges entre SS, les êtres humains sont qualifiés d’ « unités » et une scène hallucinante présente les directeurs de camp d’extermination se plaindre qu’on ne leur donne pas les moyens de faire face à leur tâche.

 

Et si je trouve intéressant ce film, c'est qu'il présente cette période de l'histoire dans toute sa complexité. Il rappelle que les couvents italiens ont hébergé des juifs pour leur éviter d’être raflés. Il montre aussi comment un responsable chrétien qui a organisé cette sauvegarde fait passer en Bolivie le médecin SS joué par Ulrich Mühe, à la fin de la guerre. 

 

Le lieutenant SS Gerstein, capturé en 1945, remit à l'armée française le rapport qui porte son nom, et qui permit de découvrir la réalité de la politique d’extermination nationale socialiste, avant de se suicider.

 

A côté d’une critique nuancée qqui débute ainsi :
- « Loin d'édulcorer ou de céder à la complaisance, le cinéaste se montre conscient du fait qu'il s'agit bien de représenter l'innommable, l'irreprésentable. A cet égard, la scène où Kurt Gerstein, le personnage principal, découvre à travers un oeilleton les horreurs de la « solution finale » est exemplaire : aucune image de la chambre à gaz ne nous est montrée, et la monstruosité du système des camps d'extermination ne sera évoquée que par allusions: un plan général sur le camp, des monceaux de vêtements récupérés, des cheminées d'usine fumantes, un train bondé dont on fait descendre les passagers. Nous savons ce qui se passait dans les camps, et si nous ne le savons pas on nous le laisse deviner, comme le devine Gerstein à travers les chiffres qu'alignent les responsables nazis: tant de boîtes de Zyklon B nécessaires pour éliminer dix mille à quarante mille « unités », tant de minutes d'attente nécessaires avant de pouvoir recommencer l'opération d'élimination... ». « L'itinéraire de Gerstein, responsable des services d'hygiène, scientifique intègre dont les nazis vont exploiter les compétences, est montré avec toutes ses difficultés: au milieu d'une Allemagne fragilisée par des années de crise et de guerre, qui se raccroche à son identité et à ses valeurs traditionnelles, les persécutions exercées contre les juifs sont minimisées, effacées de la conscience collective et des préoccupations quotidiennes de chacun ». Isolés, puis « exilés », les juifs semblent disparaître sans laisser de traces; et les révélations de Gerstein ne suscitent  qu'indifférence et incrédulité. Absente de l'écran, ignorée par les citoyens ordinaires, l'élimination du peuple juif semble n'exister que dans le discours de l'officier SS. »

 

voici un florilège des critiques que j’ai relevées :

 

- « Constantin Costa-Gavras nous refait un cours de morale avec Amen., un film sur les rapports complexes entre le Vatican et Hitler ».
- « Le nouveau film de Constantin Costa-Gavras s'inspire très librement d'une pièce de Rolf Hochhuth, jouée en 1963 à Berlin, Le Vicaire, qui s'en prenait pour la première fois aux rapports du pape Pie XII avec le nazisme. Le dramaturge, né en 1931, avait appartenu aux Jeunesses hitlériennes comme la plupart des enfants allemands, ce dont on ne saurait lui tenir rigueur, mais beaucoup plus tard, il s'est de son plein gré engagé dans la défense d'un historien britannique «négationniste» , David Irving ! »
- « Ces deux histoires sont reliées par un personnage fictif et invraisemblable, le jeune jésuite Fontana, intermédiaire malchanceux entre son ami Kurt Gerstein et le Saint-Siège ».
- « Coutumier de la polémique, cinéaste inégal et parfois médiocre, Costa-Gavras n’est plus aussi brillant qu’à l’époque de Z (1968), L’aveu (1969) ou Missing (Palme d’or à Cannes en 1982) »...
- « Initiateur d’un nouveau genre (les films politiques), Costa-Gavras usait du manichéisme et d’idées tranchées pour rendre ses films plus efficaces. Dans Amen, les ingrédients sont les mêmes mais l’efficacité a disparu. Même si une nouvelle fois, les intentions sont louables, Costa-Gavras dit ce que tout le monde sait déjà et ne filme pas (magnifique scène où le héros découvre l’horreur des camps, son regard étant plus éloquent que n’importe quelle image....) ce que tout le monde a déjà vu ».
- « Jamais la réalisation de Costa-Gavras ne parvient à nous captiver, à nous émouvoir même. Point de suspens non plus, l’échec des deux hommes étant connu d’avance ».
- « Alors qu’il croyait tenir un sujet brûlant, Costa-Gavras ne réalise qu’un film tiède qui met deux heures pour enfoncer une porte ouverte: le Vatican (l’endroit, dois-je le rappeler, le plus riche du monde...) a participé au génocide en fermant les yeux et en faisant passer à l’étranger des officiers SS à la fin de la guerre.  

 

 

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commentaires

kéline 06/11/2010 12:13


Je n'ai pas vu le film.
Une époque trouble et on n'a pas fini d'en chercher les responsables, ceux qui n'ont pas dénoncé, ceux qui ont pactisé,ceux qui ont fait la politique de l'autruche pour se protéger ou protéger
leurs proches, mais qui n'étaient pas les exécuteurs de cette politique d'extermination qui a atteint l'inimaginable horreur.
Je pense que l'être humain cherche avant tout à protéger sa survie, et que fuir la réalité quand elle est trop dangereuse à dénoncer face à un pouvoir fasciste, peut hélas justifier que certains
d'entre eux n'aient pas le courage de s'exprimer même à un niveau élevé. Il peut aussi y avoir des individus qui n'ont pas dénoncé parce qu'ils adhéraientaux idées fascistes et racistes du 3e reich
mais comment savoir quelles sont les vraies raisons du silence des " collaborateurs passifs " ?
Car il faut un certain courage pour penser librement et à voix haute du haut en bas de l'échelle, quand la mort rode.
Ca ne me parait pas étonnant qu'un catholique ait fait immigrer des nazis en Amérique du sud. Refus de s'immiscer dans le pouvoir temporel et de rester dans le pardon des péchés ?
C'est même étonnant, que dans le registre opposé mais tout aussi chrétien,l'on n'ait pas encore découvert que l'un d'entre ces prélats ait pu tendre l'autre joue et ne soit pas allé rejoindre les
prisonniers dans les camps pour partager leurs souffrances et mourir avec eux.


patriarch 06/11/2010 10:48


Je ne suis pas cinéphile. Mais je suis allé voir 2 de ces camps, non par curiosité, car je savais ce qu'est un four, mais pour rendre hommage à ceux qui y ont fini leur vie...

C'est plus bouleversant qu'on ne le pense...


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