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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 12:39

J'écoute ce midi la radio : on débat sur l'ouverture des magasins jusqu'à 22 heures, voire même leur ouverture 24 heures sur 24.
C'est une chose de travailler 14 heures par jour quand on est à son compte. Quand j'ai du monde dans ma chambre d'hôtes, c'est un peu le temps que je passe à gérer les diverses activités que celà implique : mais j'y prends beaucoup de plaisir.
Travailler 10 ou 12 heures par jour quand on est salarié est tout différent. Surtout dans un contexte croissant de harcèlement moral au travail.
Car malgré la loi sur les 35 heures, il y a bel et bien des employés (les caissières des grandes surfaces, les employés des fast food ou de parcs de loisirs qu'on oblige à être présents sur une grande amplitude "au cas où l'on aurait  besoin d'eux", mais qui ne sont payés que quand ils sont face au client) qui n'ont que 10 heures de vie privée, peut-être moins quand ils ont 3 heures de déplacement pour se rendre de chez eux à leur lieu de travail.
Si la loi initiale sur les 35 heures, qui plafonnait le nombre d'heures supplémentaires, comportait des imperfections, les prétendues "catastrophes" qu'elle a engendrées me paraissent surtout avoir relevé d'un mauvais "management", on dit maintenant "gouvernance". J'employais alors des artisans pour aménager ma chambre d'hôtes : le chantier s'arrêtait au milieu de la journée. Je ne voyais personne pendant 10 jours malgré mes coups de téléphone et l'argument qui m'était donné était : "c'est à cause des 35 heures" ou "les ouvriers sont en RTT" !!! Pour moi, qui ait eu à gérer du personnel, notamment une équipe mobile d'entretien des bâtiments (électriciens, plâtriers-peintres, plombiers), le problème était ailleurs : et il tenait essentiellement  l'organisation du planning des chantiers et au suivi de celui des ouvriers.

Voilà comment au XVIe siècle le problème fut tranché par le législateur :

Dans les Ephémérides moulinoises, Marcellin Crépin Leblond et Claude Renaud  relèvent que le
20 mars 1566, des lettres patentes de Charles IX qui se trouvait alors à Moulins avec toute la cour, édictent que les "journaliers, manouvriers, laboureurs de vignes et autres " recevront un salaire maximum par journée de travail :  3 sols tournois du 1er mars à fin octobre
                                                                       2 sols tournois les six mois d'hiver car l'amplitude de la journée de travail était moins longue.
En plus de leur nourriture, bien entendu, pour laquelle ils avaient droit, chaque jour, "de la pidance et du pain" et à 4 chopines de petit vin.

Toutefois, du 15 septembre au 15 février, ils ne pouvaient exiger que deux repas, dîner et goûter, " avec trois chopines de vin, pain et pidance ".

Le Roi était intervenu sur les instances des bourgeois de Moulins, parce qu' "un grand nombre de propriétaires {auraient été} obligés de laisser les labourages et les vignes en friche" et qu'il était urgent de mettre "un frein aux prétentions des ouvriers".
Mais 117 "païzans, journalliers manouvriers, vignerons, laboureurs, etc..."  "prétendant interest à la veriffication et entérinement des lettres ", élevèrent une protestation par l'intermédiaire de J. Dubuisson, leur avocat, et de Guerard Rouaud, leur procureur. Ils objectaient qu'avec leurs salaires ils devaient acheter des outils coûteux, nourrir leurs familles, et les vêtir ainsi qu'eux-mêmes, payer les impôts, etc... ; Ils faisaient observer qu'en tenant compte des dimanches et fêtes, ils ne travaillaient que les deux tiers de l'année, et que, dans ces conditions, les deux ou trois sols quotidiens constituaient une bien maigre ressource.

Inflexible, le sénéchal de Bourbonnais prononça l'entérinement des lettres.

Cependant, il consentait à réduire un peu la journée de travail, qui serait désormais " de 5 heures du matin à 6 heures du soir dans la bonne saison (13 heures d'amplitude), et le reste du temps de 6 heures du matin au coucher du soleil ".

Il semble que les ouvriers se soient organisés en groupes de pression, menacèrent de faire la grève sur le tas et obtinrent des augmentations de leur salaire journalier : car le juriste Jean Duret écrit dans son Commentaire de la Coutume du Bourbonnais: " Au lieu de rendre les salaires égaux au labeur, les mercenaires (entendons les "salariés") se bandèrent (se regroupèrent) et firent contenance de ne vouloir plus travailler, qui causa quelques habitans, ayant peu d'esgard aux lettres obtenues, d'enfraindre indiscrètement les patentes de Sa Majesté ; de quoy les mercenaires se sont si fort enorgueillis que, dès ce temps, les journées ont redoublé en prix... " '

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