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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 13:51


Les "émeutes de la faim", en Afrique, en Afrique du nord, à Haïti, mais aussi en Roumanie... m'ont fait rechercher des ouvrages qui ont longtemps été mes livres de chevet. Et dont j'avais préféré oublier la teneur.

J'ai d'abord relu René DUMONT. En 1969, il publait : "l'Afrique noire est mal partie". Neuf ans après l'indépendance, il dressait un constat peu optimiste. 
En 1972, il étudiait plus précisément les paysanneries de du Sri Lanka (Ceylan), de Tunisie et du Sénégal, dont j'intègre quelques extraits.

A part une indulgence pour Cuba (mais sa deuxième visite dans ce pays lui permettait de nuancer sa première impression), la plupart de ses remarques sont encore pertinentes. 
A la relecture, je m'aperçois en outre que beaucoup de ses analyses peuvent s'appliquer au devenir de notre société française (en 1972, on était dans les "Trente Glorieuses te personne n'imaginait que la sidérurgie serait un jour un secteur sinistré). 
On pourra être surpris qu'il place le Québec sur le même plan que les pays "sous développés" : je rappelerais que c'est dans les années 1970 que les inpendantistes, pris par un vent de folie, enlevèrent un ministre et l'étranglèrent.  Actuellement, beaucoup de Français partent au Québec pour chercher un emploi dans un pays en pleine prospérité : il y a sans doute lieu d'étudier de plus près ce qui s'y est passé entre 1970 et 2000.
En 1973, le Chili tombait entre les mains d'une dictature militaire, largement téléguidée par les intérêts économiques de grands groupes capitalistes.
On ne  parle pas de Monsento. ! Et pourtant ...
En 1971, la population agricole en France représentait encore près de 30 % de la population active : moins de 5%, maintenant, comme au Québec (les objectifs des plans Mansholt et Vedel ont ainsi atteints). Et le taux de chômage est plus important que celui du Québec à la même époque. L'aide sociale permet aux chômeurs habitant la périphérie de nos villes (les "quartiers") de survivre.
Le colonel Bokassa ne s'était pas encore fait couronner empereur : à Bangui Tutsi et Hutus cohabitaient encore.

Quand un groupe international propose à ses salariés de les réemployer dans ses usines du Brésil ou de Turquie,  n'est-on pas retombé dans une nouvelle phase de "formation massive d'un prolétariat misérable, disponible pour une nouvelle Révolution industrielle" ? 


Comme nous avons essayé de montrer dans ces trois exemples, par les voies jusqu'ici explorées, dans un cadre capitaliste ou pseudo-socialiste, la plupart des pays attardés, ceux du « capitalisme périphérique », ne sont pas en voie de développement; leurs paysanneries, pauvres ou appauvries, n'espèrent plus guère s'en sortir. Les jeunes Cinghalais tentent une révolte quasi suicidaire; les fellahs Tunisiens sont de plus eu plus dépossédés de leurs terres et de leur travail; ils ne peuvent encore se défendre contre plus puissants qu'eux ; les paysans Sénégalais sont acculés à rejeter un « progrès », un système de modernisation, qui augmentait leur dépendance et abaissait leur niveau de vie, compromettait jusqu'à leur dignité; les voici qui se retournent vers une économie plus orientée vers la subsistance.  ...
Des minorités privilégiées urbaines de couleur ont pris une partie de la place des colonisateurs blancs ; leurs prélèvements abusifs, leur peu de souci de l'intérêt général, leur alliance enfin avec le néocolonialisme en fait, dans leur majorité, une classe parasitaire, qui méritera donc de sauter. Je l'avais déjà expliqué à David Dacko à Bangui, en juillet 1965. S'il a bien perdu le pouvoir, son successeur le « colonel » Bokassa, ne fait pas mieux que lui. Certes l'impérialisme et le néocolonialisme jouent un rôle dominant; mais le
s difficultés internes ne doivent pas être sous-estimées. Chili et Pérou, Tanzanie et Zambie, parmi d'autres, nous montrent qu'il subsiste une marge de manœuvre pour ceux qui veulent affermir leur indépendance; aussi grâce au « camp socialiste ».
En Trinidad et Tobago, j'ai trouvé un chômage effroyable, dont j'ai même pu ressentir physiquement les conséquences, au cours d'une agression à Port of Spain. Le Québec de la fin de 1971 compte 9 % de chômeurs et 5 % d'agriculteurs : proportion qui laisse d'autant plus à réfléchir qu'une bonne partie de ces derniers vit aussi de l'assistance sociale. Certes j'ai cherché, dès 1935 et surtout après 1945, à expliquer aux agriculteurs français que la diminution de leur nombre était un corollaire impératif du développement industriel, donc du progrès économique général. Il n'en reste pas moins que cette transformation des structures agraires entraîne de dures souffrances, que l'on pourrait réduire plus largement et plus intelligemment, en refusant les réductions massives de culture prévues par les plans Mansholt et Vedel, stupides dans une Europe qui reste encore très déficitaire. C'est une totale réorientation de l'économie agraire européenne, axée sur les prairies naturelles, les fourrages, les céréales secondaires et la viande de bœuf, ainsi que sur les fruits et légumes, qui nous paraît s'imposer. Ceci permettrait de laisser la grande majorité de la production du sucre et des oléagineux aux pays tropicaux, leur ouvrant ainsi de précieux débouchés, facilitant leur plus rapide industrialisation.
Un tel programme ne paraît réalisable à bref délai que dans le cadre d'une économie intelligemment planifiée à l'échelle mondiale ; ce qui nécessite de refouler les dominations.
Cette planification, qui serait réalisée par le gouvernement mondial (qu'imposera un jour le contrôle des climats), devrait insister sur l'urgente nécessité d'épargner les ressources naturelles non renouvelables, que nous gaspillons follement, sans tenir compte des besoins des générations futures. Elle assurerait la préservation de la nature et des potentiels de production, base de survie pour demain, comme d'une vie plus équilibrée. Elle ne donnerait donc plus, comme jusqu'à présent une priorité absolue à l'accroissement de TOUTES les productions, même futiles, même nuisibles;
elle viserait d'abord la fourniture prioritaire à TOUS les habitants de la planète, dans le cadre d'un socialisme de semi-austérité, d'un minimum de vie décente : logement, loisirs et instruction permanente inclus, avec l'alimentation et la vêture; mais automobile individuelle exclue, surtout des zones densément peuplées, si l'on veut continuer à y cultiver et à y vivre. Ce qui obligera bientôt, non seulement à la réduction, mais à la suppression ultérieure du taux de croissance démographique; donc à la stabilisation de la population mondiale : premier pas vers une meilleure répartition mondiale de celle-ci, conséquence normale de l'abaissement de toutes les barrières. Le métissage généralisé qui en résulterait contribuerait à extirper racisme et chauvinisme.
Cette « utopie » nous paraît d'autant plus s'imposer que les réalistes gouvernant à ce jour nous acculent dans une série d'impasses. Les pays développés ont élaboré péniblement, tout au long des deux ou trois derniers siècles, une science médicale capable d'améliorer très progressivement les chances de survie, abaissant très lentement les taux de mortalité, permettant donc le relèvement du niveau de vie, en réduisant la natalité. Transposée brutalement en pays dominés et attardés, une fois qu'elle était pourvue de sa toute-puissance, cette science médicale y a déclenché une explosion démographique que je ne suis plus seul à trouver terrifiante. Les pays riches ont réalisé progressivement leurs révolutions agricoles, en faisant d'abord intervenir de plus en plus largement la traction animale, et en utilisant un matériel agricole lentement perfectionné; ce qui incitait à un exode rural généralement très progressif. Certes le départ fut ensuite plus brutal, comme lors des enclosures anglaises, qui
provoquèrent la formation massive d'un prolétariat misérable, disponible pour la Révolution industrielle.
A ses débuts pourtant, celle-ci employait beaucoup d'hommes; elle s'est souvent révélée capable de venir (en longue période) à bout de l'essentiel du chômage des pays développés; sauf lors des grandes crises du type 1929-1938, et en quelques pays développés et dominés, comme le Québec.m

 

 

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commentaires

kéline 15/04/2008 16:01

je suis effrayée par ce qui se dessine pour ces lendemains qui vont déchanter.
quand je lis cet extrait je déplore que l on prête plus d'importance aux profits financiers qu au bien être des hommes , un jour cette légèreté de vision se retournera contre nous
bonne soirée Dominique

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