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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 13:59

   Dans la communauté de communes du bocage sud, deux communes portent un nom qui renvoie étymologiquement à un ancien site fortifié : Châtel de Neuvre et Châtillon
   Les lieux nommés Châtillon tirent généralement leur origine d’une fortification de l’époque romaine ou de celle du Moyen Âge (castellum) 
   
   Châtel - de - Neuvre a été relativement bien étudiée : les premiers seigneurs de Bourbon ayant été viguiers de Deneuvre. Son église est, avec celle de Montcombroux, une des plus anciennes du département, et les quelques découvertes archéologiques fortuites ont été recensées. Il ne pèse aucun doute sur l’ancienneté du site.
   Châtillon pour sa part est totalement ignorée : le recensement effectué par J. Corrocher, M. Piboule et M. Hilaire, à l’occasion de l’élaboration de la Carte archéologique de la Gaule, sous la direction de Michel Provost, ne la cite même pas. On sait qu'au bourg et à la Pierre (sic), ainsi que sur 3 autres sites, des « tegulae » (c'est-à-dire des tuiles) ont été découvertes à Noyant. A Tronget, plusieurs sites à tegulae, une villa près de la ferme des Bérauds, (le « château » des Bérauds selon Marguerite Delaruelle est attesté vers l'an 1000) et  un habitat avec des thermes vers le centre médical ont été retrouvés. Sur la commune de Cressanges, outre la trouvaille de tegulae, de poterie, d'une vénus en terre blanche, des traces d’habitats ruraux du IInd siècle, il y a une légende de "cimetière gaulois".   Mais sur Châtillon, rien.
  Pourtant M. Bernardon, qui était propriétaire de l'ancienne cure, aurait retrouvé des vestiges "romains" dans les années 1940-1950, qui n’ont fait l’objet d’aucune publication. 
   
  Le village de Châtillon est actuellement un village sans église : il en existait une autrefois, sous le vocable de saint Basle, qui  a été détruite à la Révolution. En créant les communes, la Révolution les a fait succéder aux paroisses : quelques modifications de limites ont parfois été effectuées. Entre le bourg de Châtillon et celui de Noyant, s’étend sur les deux communes un lieu-dit la Pierre Percée, ce qui est étrange, (comme le Péchin qui s’étend sur les deux communes de Souvigny et de Noyant), et atteste d’une antériorité du site à la création des communes. Son nom est dû à une pierre « percée », depuis lors transférée au lieu-dit la Croix Maria, et qui sert de support à une croix (croix de mission ? ou des rogations ?). Le nom du lieu-dit « Notre Dame de Châtillon » est une création du XXIe siècle !.
   
 Le centre ancien était donc situé sur un promontoire assez spectaculaire, surplombant la Queune qui prend sa source au domaine des Archimbaud à Tronget, et son affluent que dans ma famille on appelait le Queunillon : on y trouvait au moins l'église, la cure et un cimetière. N. de Nicolay dans sa Générale description du Bourbonnais, datée de 1560,  décrivait ainsi Châtillon : Chastillon est paroisse située sur un monticule, entre montagnes et vallées, sur le fleuve ou rivière de Queusne. En icelle a plusieurs mines de charbon de pierre duquel les habitans tirent grand profit.
   La disparition de l’église, en les rendant inutiles, a complètement bouleversé le réseau des chemins. Bouleversement accentué, au siècle suivant, par la construction de la route impériale 145 (actuelle RD  945). 
    Comment accédait-on au vieux Châtillon avant la Révolution ? Une observation du paysage, et notamment des chemins creux, qui sont par définition artificiels et élaborés par la main de l'homme indique que vraisemblablement
       - depuis Tronget, en passant par  les Arclans et le château du Bouis, on arrivait à l'ancien bourg de Châtillon par un chemin qui actuellement n’est pas goudronné sur une bonne partie de sa longueur .
       - depuis Cressanges, en passant par ce même château du Bouis
       - depuis Noyant, par un chemin qui actuellement, se perd dans les champs, au Monsot puis rejoint la route descendant du bourg de Noyant (par un chemin creux situé à droite de la cure) à la Croix Louis.   Au lieu-dit « La Roche », une bifurcation permettait La Chaize et le village de Fins. M. Delaruelle (histoire des communes de l'Allier) rapporte que Fins était séparaît le territoire de la tribu des Arvernes de celui des Bituriges.
       - depuis Souvigny : par un chemin qui suivait une ligne de crête, et passe par un hameau autrefois important, le  « village » des Vaux.  
             
     Mes grands parents habitant à la Pierre Percée, j’ai toujours accédé au « vieux bourg » en grimpant par l’éperon rocheux, auquel on accède actuellement, depuis le pont Boursault, vers le lavoir. Le chemin est entretenu par l’association les « chemins d’Issards ».




Sur la droite, on voit, en contre bas la « prise d’eau » (un barrage sur la Queune, construit par la société des Mines de la Queune).

La prise d'eau était un des sujets de peinture préférés de ma tante (et ça tombe bien, car du chemin, il est difficile d'avoir une bonne photo)
.

















Sur la gauche, le promontoire présente un aspect très particulier, qui m’interpelle depuis que j’ai prospecté des sites gaulois dans le Forez et Jarez voisins. J’en viens même à me demander si ce n’est pas parce que mes pas m’ont souvent conduite au « vieux bourg » de Châtillon que je me suis intéressée à l’archéologie : on observe deux terrasses soutenues par des murets en pierre.



Au sommet de l’éperon, un champ triangulaire s’étend sur un « replat ».

Ce champ est voisin de l’ancienne cure, devant laquelle une croix subsiste, accolée à un mur. Derrière le mur, s’étend un jardin ou un parc, qui est peut-être l’ancien cimetière, mais qui présente une particularité : à son extrémité sud, il est barré par un talus assez haut (2 mètres ?), ce qui est peu habituel pour une clôture de cimetière, mais est moins étonnant si l’on est en présence d’un éperon barré d’origine celtique.
   
                    

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commentaires

domitius 07/01/2009 18:38

Décidément, Dominique, vous commencez à me plaire, au sens noble de l'expression!!!

Vous parlez ici d'éperon barré, celtique pardi, et c'est une de mes spécialités en histoire; je suis fana de la Gaule romaine et des ses infrastructures ( voies aqueducs, théatres,..) mais ne peux bien sûr ignorer les gaulois d'avant la conquête...

Ma compagne me parle de l'épicerie "viet" Charlat qu'elle fréquentait, le coron étant distant du bourg d'environ 1 km, si j'ai souvenir. A la place de la "mare" qui occupait la place centrale du village trône à présent une ensemble ferroviaire venat de la mine;
êtes vous retournée récemment à Noyant?

sinon, quand je vous dirai mon nom,VERDIER, il vous rappellera sûrement St E', puisque mon grand-père paternel était originaire du Forez, Sail sous Couzan, comme Mémé JACQUET. Bref, encore un point commun...! rires!!!

domitius

Dominique LAURENT 08/01/2009 09:32


L"épicerie (et un restaurant) a été tenue jusqu'à ces derniers mois par M. et Mme TRAN. L'ensemble a été repris par une jeune fille de 26 ans qui a francisé son nom en Caroline GUYENNE, et son ami,
qui est cuisinier. Le restaurant devrait réouvrir cet été m'a-t'elle dit.
Je retourne assez souvent à NOYANT car je suis revenue dans l'ALLIER il y a quelques années déjà. J'ai hérité de ma tante une maison où je souhaiterais accueillir des gens en chambre d'hôtes. Je
suis convaincue qu'il y a beaucoup à faire pour accueillir des touristes (des étrangers à la recherche de l'exotisme de la France profonde : j'ai accueilli quelques anglais qui sont ravis que
je leur consacre du temps pour visiter les encvirons. Je leur demande juste de corriger mes fautes en anglais).
En ce qui concerne l'archéologie  celtique, il y a actuellement un gros chantier mené sur HERISSON ou plutôt CORDES-CHATELOY. J'ai envoyé mes observations et des photos à l'archéologue
recruté par le conseil général. Mais l'on ne fait plus actuellement que des fouilles de sauvetages : et d'ici qu'une autoroute passe au Vieux CHATILLON !!!!
 


kéline 02/04/2008 09:14

bonjour Dominique,
Nous sommes enracinés dans le passé et avons besoin de le connaître pour le dépasser. Il peut devenir parfois source d'interrogations et même d'inquiétude si l'on n'en retrouve pas la trace. Je ne parle pas bien sûr de tes recherches mais curieusement ce post très interessant m'évoque tous ces gens transplantés sans passé sans traces de ce que leurs ancêtres ont vécu et ce vide qui subsiste en eux explique parfois leur mal de vivre
bonne journée

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