Il était de tradition, dans toute réunion de famille, baptêmes, mariages et aux veillées, dont la tradition a disparu bien avant que je ne
naisse, de chanter et souvent même de repousser la table pour dégager un espace au milieu de la cuisine, qui était aussi la grande salle commune, afin de danser.
J’ai souvent entendu chanter le frère de mon grand-père, l’oncle Cadet, qui avait une voix superbe et l’a gardée jusqu’à un âge avancé. Il a retransmis son goût pour les chansons à ses
enfants.
Celle qui me faisait le plus rire, par sa grandiloquence, était une chanson appelée l’ « aviateur », dont mon cousin Georges m’avait retranscrit les paroles. Elle doit dater
des années 20, car elle évoque le même thème qu’un film de George Roy HILL, sorti en 1975, avec Robert REDFORD dans le rôle titre « the great Waldo Pepper », en français, « la
kermesse des aigles ».
(Synopsis : "Dans les années 20, le pilote Waldo Pepper se produit dans des cirques volants. Frustré de ne pas avoir volé avec la force aérienne américaine lors de la Première Guerre
Mondiale, il s'invente un passé guerrier prestigieux. Son talent pour les acrobaties périlleuses et son ambition le mènent à Hollywood où il doit tourner un film sur cette guerre aérienne qu'il
n'a pas faite. Il se retrouve alors confronté à Ernst Kessler, l'as allemand qu'il prétendait avoir combattu...")
Les aviateurs démobilisés s’engageaient donc « dans des circuits » pour faire des concours d’acrobaties aériennes. Les reconstitutions effectuées dans son film par G.R HILL
donnent une idée de ce qu’elles pouvaient avoir de spectaculaires à l’époque des bi-plans.
Voici les paroles de la chanson (hélas !, je ne me souviens de l’air qu’à partir du 3 vers)
C’était un vaillant mécano
Vivant presque dans la misère
Qui voulut offrir à sa mère
Un peu d’aisance et de repos
Un jour voulant tenter sa chance
Sur un biplan monté par lui
Le cœur joyeux, plein d’espérance
Il s’engagea dans un circuit
Et joyeux, sortant du
hangar
Il chantait prenant le départ.
C’est pour toi que j’m’envole
Oh ! ma chère maman
Pour qu’un peu d’or console
Un jour tes cheveux blancs
Du danger qui m’affole
Je serai le vainqueur
Car c’est de tout mon cœur
Que pour toi je m’envole."
Il triompha. Ce fut d’un coup
Pour sa mère et lui la fortune.
Mais d’une courtisane brune
Depuis ce jour il était fou.
La belle fille aux yeux de flamme
Avait dit après son exploit :
Si tu veux que je sois ta femme
Gagne encore et je suis à toi.
Et voulant battre un beau record
Il chantait prenant son essor :
« C’est pour toi que j’m’envole
Oh ! ma belle Lison
Car tes serments frivoles
Ont troublé ma raison.
Du danger qui m’affole
Je serai le vainqueur
Car c’est de tout mon cœur
Que pour toi je m’envole »
Il s’élança . Mais brusquement
Arrivé au premier virage
Il aperçut Lison la volage
Riant au bras d’un autre amant.
Alors il devint fou de rage.
La tête en feu, le cœur brisé,
D’un geste, il coupa
l’allumage
Et vint s’écraser à ses pieds.
Et Lison prise de remords
Crut voir au fond des grands yeux morts.
"C’est pour vous qu’elle s’envole
Ma pauvre âme aux abois
Vous étiez mes idoles
Ma pauvre mère et
toi.
Si Maman devient folle,
Pour calmer sa douleur,
Dis lui que vers son cœur
Mon âme vole, vole …
Pauvre vaillant mécano ! Mon grand-père paternel avait vu pareillement sa vocation de mécanicien se développer après avoir été versé dans l’aviation
pour réparer les bi-plans, car il connaissait la soudure, ayant fait son tour de France comme serrurier (on disait aussi chaudronnier). Mais il vécut moins dangereusement et se contenta d'acheter
une moto et un side-car, avec lequel il prétendit
conduire ma grand-mère enceinte de mon père, chez le médecin. C'est elle qui m'avait raconté l'anecdote, qui la faisait bien rire.