Cressanges est un charmant village qui appartient à la communauté de communes du bocage sud, dans le département de l'Allier. J’ai eu cette semaine
l’occasion d’aller y marcher : on peut encore y effectuer un circuit d’une dizaine de kilomètres sur des chemins non goudronnés, et j'ai repéré une très belle portion de chemin
creux.
En 1560, Nicolas de Nicolay signale dans sa « générale description du Bourbonnais » un droit que détient un petit notable local « le sieur des Noix », sur la plupart des
paroissiens de Cressanges :
« Le mardi de chacun mois de mars, ils sont tenus se venir présenter, (au lever du soleil), dans le cimetière de la dite paroisse, et là demeurer et
se promener sans sortir dehors, sinon en cas de grande nécessité, jusques au soleil couché, se faisant apporter leur boire et leur manger, sans oser parler les uns avec les autres ; et si,
par inadvertance quelqu’un leur demandoit le chemin ou autre chose, ne leur doivent respondre autre chose, fors {sauf}, leur faisant la moue, leur dire : Mars, mars est mars ; à
Cressanges sont les musars; a quoi défaillant {traduction : « s’ils faillissent à cette obligation »}, ils sont tenus à payer audit sieur des Noix sept sols six deniers de défaut
{d’amende}."
Ce « devoir », qui induit le paiement d’une amende au sieur des Noix, s'il n'est pas respecté, n’est pourtant pas un droit féodal classique (qui consiste ordinairement en un
transfert des compétences « régaliennes » : prélèvement d’un impôt foncier, taxes diverses sur les activités économiques, droits de justice … à un particulier (seigneur)), mais
fait plutôt penser à la survivance d’un ancien rituel religieux. Encore vivace à la fin du XVIe siècle, je ne sais pas combien de temps il a perduré.
Cressanges relevait administrativement, à cette époque, de la châtellenie ducale de Verneuil. Or je note que Nicolay ne recense pas le "sieur des Noix" parmi les vassaux du duc en cette
châtellenie, ce qui est là aussi, curieux.
Il m’intéresserait de savoir si des traditions du même type ont été repérées ailleurs en France. Et si des hypothèses quant à leur signification ont été émises.
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