A Rome, l’on disait : la roche Tarpéïenne (lieu d’où l’on précipitait les condamnés à mort) est proche du Capitole (lieu où l’on honorait les héros). Au Moyen
Age, le thème de la Roue de la fortune était très populaire.
Trois lettres de rémission, datés de 1488, rapportent les faits suivants
(AN JJ 219 f° 77 v° n° 122 et AN JJ 219 f° 78 v° et 79 en faveur d’Etienne Barton, de Bernardin Peloux et de Louis de Quinquempoix):
Le roi Charles (VIII) a reçu « humble supplication » d’Estienne Barton, écuyer, alors emprisonné à Saumur. Du vivant de feu duc Jean (II) de Bourbonnois et d'Auvergne, le dit suppliant
et autres, étaient serviteurs et officiers de la maison ducale. Ils avaient vu et eu à connaître les merveilleuses et grandes tromperies, déceptions et exactions qu’un nommé Jehan Berry,
secrétaire du duc, avait faites au duc.
«Pis estoit » Jean Berry avait usé, pour faire aboutir ses sombres desseins, du « moyen de quelques sors, mauvais et dampnables movens. » Le duc était ainsi totalement envoûté et
« ne faisoit {…} aucune chose fors ce que le dit Berry vouloit et lui persuadoit », ce qui causait un grand dommage au duché (« dont plusieurs grans maulx, esclandres,
inconvénients et désordres »). Un groupe de vaillants nobles : Mathieu, bâtard et fils naturel du duc, Pierre d’Urfé, assistés du « dit suppliant », d’un nommé Loys de
Quinquempoix et de Bernardin Peloux, tous deux hommes d'armes d’une compagnie dont le duc Jean avait la charge et dont le dit bâtard de Bourbon était le lieutenant, décidèrent d’agir. Ils
« eurent plusieurs conférences ensemble, avec certains autres serviteurs et officiers de la dite maison » et convinrent qu'il serait bon que Berry fût « éloigné, ôté et déchassé de
l'entour de la personne du duc, et pour ce faire, ils ne voyaient pas de meilleur moyen que de le capturer et l’emprisonner ». Ce qui fut fait le jeudi 14 février 1487.
Jean Berry logeait en l’hôtel de maître Odard Bellocier. Il était à table et soupait avec plusieurs autres quand Mathieu, le Grand Bâtard de Bourbon, s’empara de lui et le fit conduire en une
place nommée Arthiers (Artias, commune de Retournac) dont il était seigneur haut justicier « au païs de Vellay ». Une perquisition fut ordonnée dans la maison de maître
Odard Bellossier : une « boete » et plusieurs coffres appartenants à Jean Berry, furent saisis, « scellez et cachetez » puis « furent portez en l'ostel du dit
bastard. Et depuis furent ouvers en la présence du dit suppliant ».
« Esquelz boete et coffre l'en trouva une espée et certains cousteaulx plains de goûtes de sang, diverses lames de cuivre semées et remplies de caractes (= caractères), peaulx de serpens,
mendegores (= mandragore), oignemens, ung ceptre et autres plusieurs choses sentans sorcerie, composées pour faire invocations de maligns esperitz. »
A Artias « icelluy Berry a esté noyé, getté et fait mourir en la rivière de Loire par le commandement du dit bastard ».
Ce Berry était un de basse extraction. Il était devenu notaire, à Montbrison, en Forez (« de petite maison », « ung pauvre notaire qui n’avoit guières de biens »). Il avait accédé
aux fonctions de Maître des Comptes, puis de "garde des sceaux" du duc. Sa fortune était, dans le même temps, devenue considérable. Comment devenir si puissant, quand on est de si humble
origine, si ce n'est par une intervention diabolique ?
Jusqu'au XVIIe s., l'accusation de sorcellerie a beaucoup servi pour évincer un rival, en politique. Jean Pierre Leguay évoque dans sa thèse sur les villes du duché de Bretagne aux XIVe et XVe
s., (Jean Pierre Leguay un réseau urbain au Moyen Age : les villes du duché de Bretagne aux XIVe et XVe s. p ; 338 à 342), le trésorier
général du duché de Bretagne, Pierre Landais, qui suscita pareillement contre lui une réaction nobiliaire au point qu’il finit au gibet. Il était lui aussi « de basse extraction »
(ses détracteurs accréditent la légende du fils d’un pauvre tailleur ou chaussetier d’un faubourg de Vitré). Son enrichissement ne pouvait s’être fait que par des moyens malhonnêtes :
ses ennemis insistent sur son audace, son esprit d’entreprise, son impudence et son absence de scrupules. En réalité, il avait eu l’idée d’introduire le commerce de la soie, ce qui fit sa
fortune. Mais courut aussi le bruit qu’il avait pris de l’ascendant sur le duc François II par « l’usage de maléfices ». Troublante similitude avec la carrière de Jean
Berry, en Bourbonnais et les accusations portées contre lui.
Pierre Landais cédait à crédit des draps de soie et de laine au duc et lui prêtait de l’argent... comme un autre financier, plus connu à Bourges, mais originaire de Saint Pourçain :
Jacques Cœur qui fut lui aussi traîné en justice.
En ce qui concerne le Bourbonnais, Henri de Surirey de Saint Rémy raconte les déboires de deux autres hommes de confiance du duc Jean II. L’évêque d’Orange : Pierre Carré, qui fut accusé de
sorcellerie, sur des suspicions très semblables à celles que l’on fit peser sur Jean Berry.
Et Geoffroy Hébert, évêque de Coutances, accusé ainsi par Louis des Barres, un des anciens familiers du duc Jean II, tombé en disgrâce : « traitre, villain, apostat, concubinaire… tu m’as
fait partir de la maison de Bourbon » (AN X1 A 4821 gf° 373 (cité par Surirey de Saint Rémy p. 192)). Le roi Louis XI, qui gardait présent à l’esprit le
rôle joué par Jean II dans la guerre du Bien Public lors de son accession au trône, fit arrêter l’évêque, par trop enclin à s’occuper d’astrologie (« c’estoit l’homme qui se mesloit plus
d’astrologie de caractère que homme qui feust en tout le pays »). Et qui, circonstances aggravantes s’était fait livrer par un orfèvre de Saint-Pourçain, par l’entremise d’un nommé
Pierre Barret, une « plataine » gravée à « la figure d’une teste de femme à cheveux pendans et plusieurs lectres … en forme de lectre romaine».