Samedi 7 juin 2008

Me voici revenue d'Italie...
 Mais ce palais qui se reflète dans la vitrine du restaurant de l'Aletti Palace n'a pas été prise à Venise, mais bien à Vichy.
C'est une des exemples de ce style dit "ecclectique" qui fut à la  mode au tournant entre le XIXe et le XXe siècle.
Mais c'est surtout l'Afrique du Nord qui a inspiré les architectes vichyssois.

par Dominique LAURENT
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Mercredi 28 mai 2008

J'ai retrouvé mes photos de classe : voici celle de la 2nde C 2.

par Dominique LAURENT
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Mardi 27 mai 2008

J'ai réussi à "rendre" à mes parents, à mes grands-parents.., la majorité des douleurs qui leur appartiennent.
Il reste encore une histoire qui me fait venir les larmes aux yeux :
Quand elle était petite, ma mère n'a eu qu'un seul jouet, une poupée en chiffon que l'on voit sur cette photo et qui s'appelait "Popotte". Et elle a fini par beaucoup s'abimier et est devenue très sale. Ma grand-mère, contente de son sens de l'ordre m'avait raconté : "j'ai pris la Popotte et je l'ai mise au feu".  

par Dominique LAURENT publié dans : histoires de famille
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Lundi 26 mai 2008

En 2000, je suis allée suivre des cours d'italien à Florence : je n'étais plus retournée en Italie depuis 1976.
Je pars ce soir pour Florence : j'emmène ma mère qui ne connaît pas la Toscane et qui avait envie d'y aller. Mais au sein du groupe des retraités de la MGEN, on vote pour savoir quelle destination sera retenue pour les voyages. Et la Toscane n'est pas envisagée !!!
Voici un souvenir de Sienne : sur la photo, mon futur directeur de thèse. Il avait alors 62 ans. C'était un temps où les profs titulaires de chaire n'avaient pas de date limite d'âge pour partir en retraite. 10 ans après, il exerçait toujours ! Quand on fait un métier qui vous plaît !!! La réforme des retraites en 1984 (abaissement à 60 ans au lieu de 65 ans) a touché aussi les profs de fac : il lui a fallu partir, contraint et forcé. Mais en 1989, il faisait encore des recherches sur Tristan Duché, député de la Loire en 1852, et proscrit. Et entendait bien mener à terme une histoire du Forez !
A l'âge de 80 ans (ou peut-être un peu plus), il a été fait chevalier dans l'ordre de la légion d'honneur. Quand il me l'a appris, je lui ai dit pour le taquiner, car j'avais toujours pensé qu'il était indifférent à ce genre de reconnaissance : "vous souvenez-vous ce qu'a dit Napoléon Bonaparte quand il a fondé la Légion d'honneur ? : c'est avec des hochets qu'on gouverne les hommes".
"Oh ! mon petit, m'avait-il répondu : à mon âge, maintenant, c'est le genre de choses qui me fait plaisir ".
J'ai gardé ça dans un coin de ma mémoire et ai appris à accepter simplement les signes de reconnaissance positifs.
L'imagine-t'on, aua vu de cette photo, le jour de la remise de sa décoration, revêtu des toutes ses décorations, et notamment de son collier de commandeur des Palmes académiques, d'autant plus spectaculaire sur lui qu'il devait mesurer 1 m 60 ! 
 
Il m'a laissé choisir les sujets de maîtrise et de doctorat qui m'ont plu. Je n'avais aucune notion de "gestion de carrière" à l'époque : aussi, si je continue à faire de l'histoire, c'est à l'extérieur du système. Mais, comme E. Fournial, je ne vois pas pourquoi je m'arrêterais avant l'âge de 90 ans ! Il me faut simplement trouver un autre moyen de payer les charges courantes !
 

par Dominique LAURENT
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Lundi 26 mai 2008

Lorsque j’étais gamine à NOYANT, il n’y avait bien sûr plus de tickets de rationnement depuis belle lurette, mais l’on n’était pas encore entré dans la société de consommation que nous connaissons.
Au bourg, il n’y avait deux boulangeries, un maréchal ferrand, deux hôtels restaurants, deux boucheries-charcuteries, un café qui a disparu, un second café, une pharmacie,  un tabac journaux et un « Casino » qui existent toujours.
Naturellement, il n’y avait pas de pâtisserie, et pour les fêtes, on faisait des gâteaux « maison ».
Pour les œufs, le beurre et le lait, pas de problème : même en cas de pénurie, mes grands-parents auraient pu en fournir !

Je suis sur le vélo de ma grand-mère. Nous passons devant la saboterie de M. DEBOST.
Dans la cour, il y avait un puits où ma mère allait puiser l'eau, car bien souvent le puits qui alimentait les logemenst de l'école était à sec.
Mes grands-parrents maternels habitaient alors au VAUX, un hameau du village de CHATILLON. Elle mettait les oeufs et les fromages qu'elle vendait au marché du mercredi matin dans un panier comme celui installé devant le guidon. A l'époque, la directive européenne HACCP n'avait même pas été imaginée... et jamais personne n'a été malade.

Je connaissais M. et Mme Casino sous ce seul nom (en réalité, ils s’appelaient M. et Mme BOULICOT) : et c’est chez eux qu’on allait s’approvisionner. Et à l’occasion de mon anniversaire, ils étaient nos pourvoyeurs (comme on dit au Québec)  en biscuits « thé BRUN » (les biscuits « à la cuiller » étant la matière d’œuvre des « charlottes »).

Quand nous avons quitté NOYANT pour SAINT-ETIENNE, avec l’augmentation du niveau de vie, nous avons découvert les pâtissiers : et mon gâteau d’anniversaire fut longtemps un délicieux gâteau appelé « Tosca » par son inventeur, à base de pâte d’amandes et de mousseline pralinée. Et puis je suis partie faire mon « tour de France » grâce au ministère de l’Education nationale. A MAMERS, je me suis gavée de Paris-Brest, de la pâtisserie MALAVIELLE (le meilleur que j'ai jamais mangé) !

Il y a quelques années, alors que j’étais de retour dans l’Allier, ma mère m’a demandé ce qui me ferait plaisir comme gâteau pour mon anniversaire. « As-tu toujours la recette du gâteau aux thés BRUN ? ».
Et depuis, c’est un rituel. Bien sûr, les thés BRUN sont devenus des thés LU et maintenant des « thés je ne sais quoi », mais il y a toujours possibilité de trouver la matière première pour faire mon gâteau. Sur les boîtes de thés BRUN, il y a eu d’autres recettes (que j’ai dans le cahier de recettes hérité de ma grand-mère, Marthe DAMORET), mais aucune n’a jamais atteint à mes yeux, la qualité de ce gâteau-ci :
 


ingrédients : 
2 carrés de chocolat noir.
120 gr de beurre frais
sucre semoule
2 œufs

Travailler ensemble les 120 gr de beurre frais, 14 cuillers à café de sucre semoule et 2 jaunes d’œufs. Bien malaxer le tout.
Battre à part les blancs d’œufs et lorsqu’ils sont montés légèrement, les mélanger à la pâte.
Faire du café fort.

Sur un morceau de papier sulfurisé, étendre une couche de biscuits « Thé BRUN », trempés quelques instants dans le café froid (6 biscuits)
Sur cette couche de biscuits, tartiner la crème au beurre et aux œufs ci-dessus.
Puis alterner une couche de biscuits trempés et une couche de crème.
Terminer par une couche de crème sur laquelle on saupoudre des copeaux du chocolat noir que l’on a râpé.

par Dominique LAURENT publié dans : Noyant, Châtillon, etc...
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Dimanche 25 mai 2008

Je me demandais ce qu'il y avait dans cette enveloppe couleur "bulle". Outre mes photos de classe, j'ai retrouvé cette petite photo qui fait 3 cm sur 3 cm  !!!
Elle doit dater de 1958 : elle a été prise par "Bubu", le mari de l'amie de ma mère (une photo du même format me représente avec un chaton et je me souviens bien que c'est lui qui l'avait prise). Mon père, dont je ne savais jamais s'il parlait sérieusement ou s'il plaisantait, prétendait qu'il avait acheté la télé quand il était parti à Paris, afin que nous ne nous ennuyions pas en son absence ! Or, il est parti en 1958.
Cette télé (une seule chaîne en noir et blmanc, programmes à partir de 20 heures le soir, jusqu'à 22 heures !) avait été achetée à Moulins, chez Bathelet, un ami de mon grand-père. Un autre bricoleur moderniste ! il avait eu auparavant un garage, rue Jean Jacques Rousseau. Et je crois qu'il participait à des courses automobiles !
Jusqu'alors, à Noyant, il n'y avait qu'un seul poste de télé dans le village, celui qui était dans le café "Chalmin", mis à la disposition des clients.
On notera, sur le guéridon, la lampe de poche, à portée de main au cas où l'électricité aurait sauté, sans doute ! Ou bien parce que la nuit devait approcher et que les WC étaient au fond de la cour de l'école ?

par Dominique LAURENT publié dans : Noyant, Châtillon, etc...
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Samedi 24 mai 2008

Ce qui a tout d’abord attiré mon attention, c’est le chapeau, en feutre certainement. Tout droit sorti de mon enfance et du téléfilm de Stellio Lorenzi : «  Jacquou le croquant ». Les bords un peu moins larges, peut-être. Noir.
Et puis, je vu le blouson « aux trois bandes » : noir aussi. Sur une mini jupe :  mini comme je n’en avais plus vue depuis longtemps ... et noire bien sûr. Puis les chaussures à plateforme : noires, naturellement. Et un collant en dentelle noire.
Aussi improbable que cette tenue puisse paraître, elle était portée avec beaucoup d'élégance.
Elle tenait en laisse un rottweiler qui trottait fièrement à ses côtés.
Et alors que ce groupe s’éloignait, j'ai enfin aperçu le petit copain en treillis et casquette. Couleur passe muraille : dommage !


Comme celà m'arrive de plus en plus souvent, j’ai fait un rapide croquis sur le bord de mon journal.
                 

par Dominique LAURENT publié dans : ma petite galerie
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Vendredi 23 mai 2008


 






Bonjour, mes très chers neveux...



Aujourd'hui, 23 mai, c'est notre anniversaire à mon humaine et à moi : elle a un an de plus, mais ça fait aussi 11 ans que nous cohabitons.

Eh oui, c'est moi !... J'étais avec mon humaine depuis la veille. C'est avec nos bonnes bouilles de chiots que nous faisons tourner les humains en bourriques.

Le soir du 23 mai 1997, j'ai été séparé de mes parents. J'avais 9 semaines et il a fallu que j'apprenne tout seul, loin de ma meute comment me comporter. Mon humaine a bien tenté de demander l'aide de Prince, mon père, mais il faut bien dire qu'il n'était pas très coopératif. Quand je le rencontrais, dans le parc du lycée où moi j'habitais avec ma nouvelle meute et où il venait travailler tous les jours, il me signifiait de passer mon chemin et d'éviter de respirer le même air que lui, avec un certaine brutalité. Il m'a donc fallu apprivoiser ma nouvelle maîtresse tout seul.

J’avais 5 frères et sœurs : on se battait ensemble, on se mordillait. On s’amusait bien ! Et puis un jour, notre chef de meute humain m’a attrapé par la peau du cou et mis dans une camionnette avec Prince, mon père. Je croyais que j’allais travailler avec lui. C’était la première fois que je montais dans ce monstre : ça bougeait horriblement et j’ai vomi tout ce que j’avais mangé. J’étais malaaaaade !!!!!
Et puis nous sommes arrivés dans un lieu inconnu, immense ! Je suis allé me cacher dans un coin ; bien loin, sous un meuble. Et puis, j’ai senti une odeur d’humain que je ne connaissais pas encore.
La main du chef de meute de Prince m’a agrippé à nouveau par la peau du cou, et extrait de mon refuge. Prince, mon père, était indifférent à ce qui m’arrivait. J’ai été soulevé très haut, très haut !!!  Je me suis retrouvé dans les bras d’un humain femelle. Son odeur était sympathique : j’ai caché ma tête dans son cou et je me suis senti rassuré. J’ai fait un bon bout de chemin dans cet équipage et puis j’ai été déposé sur un tapis tout doux, tout pelucheux… (celui que vous voyez sur la photo : et que j'ai dépenaillé rapidement !).  Après mes mésaventures, j’ai beaucoup apprécié la bonne gamelle d’eau fraîche préparée à mon intention. Ca, c’était bien : j’avais deux gamelles pour moi tout seul. Je n’avais plus à partager avec mes frères et sœurs. Mais quelle angoisse, quand même, de se retrouver si jeune dans un environnement inconnu.
Après toutes ces émotions, j’étais fatigué et je me suis endormi. Ma nouvelle chef de meute avait installé dans l’entrée un lit de camp où elle a dormi : au milieu de la nuit, j’ai quitté mon doudou et je suis allé me coucher sous elle. J’étais bien, sous cette odeur rassurante. Mais j’ai eu très peur quand brusquement, j’ai eu l’impression qu’une montagne me tombait dessus : je me suis enfui en couinant. Elle se levait ! Ça m’a servi de leçon : quelquefois, quand nous sommes dans la maison de Noyant, où je ne me sens pas vraiment chez moi, ou quand les voisins tirent des feux d’artifice, je grimpe sur son lit. Mais quand elle bouge, je pars prudemment. De toutes façons, les p'tits loups, le lit d'un humain n'est pas une place pour un chien : vous devez y aller qu'en cas exceptionnel.

par Dominique LAURENT publié dans : Les conseils de l'oncle Archie.
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Vendredi 23 mai 2008
Il y a déjà à boire et à manger sur ce blog : aussi, j'ai mis les premières pages du premier roman que je vais essayer de finir sur
http://dominique03.blogspot.com
par Dominique LAURENT
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Jeudi 22 mai 2008

J’ai alors trouvé une nouvelle occupation … les réunions où l’on parle de politique. Pas les « réunions politiques », où l’on glose autour de dogmes qu’il ne faut surtout pas remettre en question… mais le plaisir d’échanger des idées, d’explorer des pistes... J’avais déjà une vague tendance à ça, mais c’était considéré comme extrêmement subversif : quand j’avais 10 ou 12 ans, les sœurs salésiennes, puis l’aumônier du lycée l’avaient déjà expérimenté à leurs dépends. Mais aussi mon père qui me qualifiait de « raisonneuse ». L’oncle et la tante de Vichy, qui avaient réussi à trouver un train pour venir à Saint Etienne,  ont eu à essuyer mes raisonnements (« il suffit d’un peu de bon sens pour prendre un casque de mobylette quand on va sur une barricade à Paris affronter des CRS. Il n’y a pas besoin d’avoir été entraîné par des Chinois »). C’est surtout à partir du mois de juin que j’ai pu profiter de cette libération de la parole : les profs ont brusquement laissé tomber leur attitude « professorale » et sont devenus accessibles, ouverts à la discussion. La prof de français avait troqué l’étude de l’« éducation sentimentale » pour celle de « j’irai cracher sur vos tombes »… Les surveillantes aussi était, dans une moindre mesure, devenues sympa : elles snobaient moins les « lycéennes » que nous étions.
Je ne crois pas qu’il y ait eu de jets de pavés à Saint-Etienne : ce dont je me souviens bien, parce que ça nous a fait bien rire au mois de juin quand nous avons réalisé la chose, c’est que dans la grand’rue, la CFVE (chemin de fer à voie étroite) avait entrepris peu avant les évènements de restaurer son réseau de voies. Et que pour ce faire, de place en place, avaient été entreposés des tas de pavés !!! dont manifestement personne n’a songé à faire usage.   Parmi les ouvriers et employés, les « traminots » (c’est ainsi qu’on appelait la corporation des conducteurs de tramways) ont été les premiers en grève. Manufrance (rachetée dans les années 70 par Bernard Tapie, et revendue après dépouillement), la « Manu » (manufacture d’armes : manufacture d’Etat pour l’équipement de l’armée), Peugeot…, où étaient implantées de puissantes sections CGT, ont dû suivre très rapidement. Je ne me souviens plus des détails. Mais mon propos est ici de relater mes souvenirs : l’histoire par le petit bout de la lorgnette.
Au cœur de Saint-Etienne, rue du 11 novembre, il y avait encore la prison, et une caserne : la caserne Rullière. Mes parents travaillaient tous les deux et mon père avait en outre un emploi très convenablement rémunéré : ce qui nous avait  permis d’être locataire d’un appartement dans un immeuble dit de « standing », pompeusement appelé le Parador, entre  la caserne et la prison, alors en plein centre ville : rue du 11 novembre précisément. De nos fenêtres, nous avions une vue plongeante sur l’intérieur de la caserne. Et nous avons vu affluer les cars de CRS, qui faisaient sécher leur linge aux fenêtres….
Au rez-de-chaussée du « Parador », il y avait une station service (Elf : les ronds rouges !) : dès les premières annonces de pénurie d’essence, des files de voiture pont envahi la grand-rue (qui n’était plus encombrée par les trams). Par soucis d’économiser les dernières gouttes du précieux carburant, les automobilistes en descendaient et poussaient leur véhicule au lieu de laisser tourner le moteur (Comme quoi, quand on veut économiser l’essence, on sait comment faire !).
Les garçons du quas banlieusard lycée du Portail Rouge avaient apposé sur le lycée de filles du centre ville, le lycée  Simone Weil une pancarte sur laquelle ils avaient écrit "réserve de pucelles". C'était gracieux ! 
 

L’école, décrétée « école occupée », de ma mère, située à deux pas était placée sous la double protection tutélaire de Jules Ferry… et de « la liberté éclairant le monde » (une reproduction en réduction de la statue de Bartoldi, sur la place). Pénurie d’essence ou grève des traminots ne la concernaient pas. Aux heures normales de classe, les instituteurs et les normaliens y refaisaient le monde  sous la protection. J’ai assisté à quelques unes de ces réunions. Nous rentrions au Parador, à l’heure normale de la fermeture des bureaux, avec la satisfaction du devoir accompli et sous l’œil réprobateur des voisins, tous commerçants cossus ou petits patrons… Mais je n’ai pas participé à une manif avant 1972 : en dehors du fait que le corset que je portais risquait de me blesser, l’affrontement pour l’affrontement, n’a jamais été mon truc.

Mais mon meilleur souvenir peut-être c’est que, les soirs, quand il y avait de l’électricité, la télévision en grève assurait un service minimum : et passait des épisodes du Virginien ! Sinon, on écoutait les nouvelles du front sur le transistor. J'avais une correspondante allemande, qui dès que le courrier est passé de nouveau me demandait de mes nouvelles, très inquiète : de l'étranger, on avait eu l'impression d'une vraie guerre civile. D'ailleurs, on a longtemps parlé de la révolution de mai 1968, avant d'évoquer simplement les "évènements". A Saint-Etienne, dans les familles ouvrières, on se remémorait les grèves de 36. Et moi, qui connaissait par coeur les lsongs (très longs ...) poêmes de Victor Hugo, je visualisais Gavroche. J'ai enrichi mon répertoire en apprenant l'Internationale.

En juin, Robert Kennedy a été assassiné, en août deux militants noirs dressaient le poing sur un podium à Mexico. En 1968, je correspondais aussi en allemand avec une Tchèque : je savais dire « svoboda », qui était non seulement le nom du président de la république tchéccoslovaque, mais signifie aussi « liberté ». Fin août, quand les chars soviétiques sont entrés dans Prague, je balayais ma chambre et je me suis mise à pleurer. En octobre, j’ai fait un exposé sur la mort de Jan Pallach.


par Dominique LAURENT
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