Mardi 24 novembre 2009


Lorsqu'avec mes premiers revenus, j'ai acquis mon premier  (et unique d'ailleurs) appareil "réflexe" (il y a encore un photographe à Moulins qui a pu me fournir une pile régler focale et vitesse),   il était encore possible de prendre ce genre de photo sur le cours de Bercy ou place Jean Moulin, que je m'obstine encore à appeler "place aux foires".

Du "concours agricole", il ne reste plus que ces éléments, auxquels les animaux étaient attachés. Les cours sont définitivement et exclusivement occupés par des grappes de voitures. Des voisins, qui habitent le quartier depuis 60 ans, se souviennent que quelquefois des animaux s'échappaient et venaient courir jusque vers chez eux.

Du point de vue hygiénique, c'est sans doute une bonne chose que la présentation des animaux de concours se déroule maintenant, sur les bords d'Allier, au delà de l'hypodrome.
Quoi que ! ... Quelle nuisance olfactive est la pire : le crottin de cheval et la bouse de vache... ou l'oxyde de carbone ?
En tous cas, celà n'apporte plus d'animation dans le centre de la ville. La boucherie-charcuterie où se réunissaient les "bouhoumes" dans l'arrière-salle pour manger leur pompe aux grattons" et qu'a évoquée René Fallet (Chez Roux... ) a été remplacée par d'autres, moins folkloriques. 

Depuis le Moyen Age, subsiste une autre animation dans Moulins, le vendredi.
J'ai connu aussi un petit marché le mardi et un autre le dimanche. J'entends dire, ça et là, que les légumes et fromages vendus au marché sont trop chers. A Firminy (42), où j'ai encore l'occasion de me rendre assez souvent, trois marchés hebdomadaires très animés se tiennent encore de nos jours : que l'on ne me dise pas que les habitants de la vallée de l'Ondaine ont des revenus plus importants que ceux de Moulins ! Implanter et faire vivre un marché, c'est, fondamentalement, une volonté politique. Au Moyen Age, un marché ou une foire se tenaient parce que les seigneurs Archambaud ou plus tard le duc de Bourbonnais, en avait ainsi décidé.

Après avoir envisagé de reconvertir l'ancien hôpitla général en "marché couvert" pour les maraîchers et vendeurs de fromage et de volaille vivante, en 1900, on a ouvert un bâtiment comme l'on en faisait un peu partout alors : les "halles" de Paris, celles de Florence, et celle de Tuléar, à Madagascar présente un certain air de famille (je recherche mes photos)



Ma grand-mère vendait ses fromages et de la crème sous cette verrière, et la petite fille de la ville que j'étais alors conserve le souvenir de s'être bien gelée les hivers. Car les architectes du XIXe siècle n'avaient naturellement pas envisagé de chauffage !

Jusque dans les années 1970, une part très importante (près de 40 %, si mes souvenirs de fac. sont bons) des habitants de l'Allier vivait de l'agriculture : petites exploitations et polyculture. La "modernisation" ou plutôt la rentabilisation des exploitations a fait tomber ce pourcentage à 3 %. En 1983, l'ancien maire de Moulins a donc voulu faire évoluer le marché couvert : des commerçants permanents ont été installés, un parking payant construit et l'on a tenté d'offrir auxproducteurs agricoles des infrastructures plus conformes aux normes d'hygiène contemporaine : le résultat a été triste...
   pour ne pas dire déprimant.

Les rares jardiniers installés à l'extérieur avaient des stands plus riants :


A côté de celà continuait à se tenir, sur un très grand espace, un marché "forain" où l'on peut trouver des choses extraordinaires : des jaretelles pour coudre aux corsets qu'on vend encore chez Damart, par exemple.
 




 








Fort de la belle réussite du CNCS (Centre national du costume de scène), l'actuel maire s'est attaqué au dossier "revitalisation du commerce en centre ville" et "restructuration du marché couvert".

L'étude a été confiée à un "cabinet d'études" (ah ! les cabinets d'études - j'aurais l'occasion de parler de celui qui a en charge le PDU !). Mais pourquoi donc a-t'il accouché du projet architectural suivant, alors que Moulins, ville d'art et d'histoire, possède un très beau patrimoine Belle Epoque (bistrots ) ?


Alors qu'ailleurs, à Commentry,

et que dans une ville d'"Art et d'Histoire" de renommée mondiale, à Florence, on a conservé le bâtiment d'origine
 

On pourra bien sû m'objecter qu'au moment de sa construction, au milieu des immeubles "renaissance",  ce bâtiment a dû faire tache !!!
Par Dominique LAURENT - Publié dans : petit patrimoine
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Jeudi 12 novembre 2009
  salut les petits loups !
Il y a longtemps que je n'avais pas donné de mes nouvelles. A 12 ans et demi, je tiens une de ces formes...
Ici, les chiens ne sont pas les bienvenus dans les bus des humains. En Italie, je pourrais circuler en bus avec ma mamie humaine :
 
Par Dominique LAURENT - Publié dans : Les conseils de l'oncle Archie.
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Jeudi 12 novembre 2009
Dans un des épisodes particulièrement hilarant de l'Inspecteur Barnaby (titre original "The Midsomer murders", région d'Angleterre où le taux de criminalité "est supérieur à celui de Los  Angeles" affirme-t'il à un adjoint nouvellement nommé) plusieurs concurrents d'un concours de "sonneurs de cloches" sont assassinés.
Chez nous, les sonneries sont automatisées, quand elles résonnent encore ! Là où je résidais précédemment, le maire (Socialiste), qui avait fait réparer la grosse cloche, silencieuse depuis des décennies et était tout fier de son implication dans le maintien du patrimoine, a reçu des plaintes parce que les sonneries de cloche gênaient. Une mes relations de bistrot, agriculteur, a  reçu les reproches des résidents d'un gîte rural parce ses moutons paissaient dans le champ voisin et qu'il avait mis une cloche au cou du chef du troupeau ! Mais certains se plaignent aussi qu'à la campagne, il y a trop de silence et que celà fait peur !
Aussi, rares sont les villages où l'on peut encore s'imaginer être frère Jacques :












Par Dominique LAURENT
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Jeudi 12 novembre 2009

Mon grand-père, Antonin Laurent, a assez peu changé entre l'âge de 12 ans et celui de 85 ans.
Je le reconnais bien sur cette photo qui doit dater de l'année de son certificat d'études. 

    

pendant son service militaire






















et vers l'âge de 60 ans

















Je suppose que l'instituteur est M. Dejoux, le père de "mademoiselle Camille" et que celle-ci est la petite fille qui figure au milieu de tous ces garçons.
Sur cette photo de la 2e classe, je pense que l'institutrice est Clotilde Dejoux. A l'évidence, mon grand-père n'est pas sur la photo, mais il m'intéresserait de savoir si quelqu'un reconnaît l'un de ces bambins.
Par Dominique LAURENT - Publié dans : Noyant, Châtillon, etc...
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Mercredi 11 novembre 2009
L'an dernier (les soldats inconnus ) , j'évoquais le souvenir de soldats inconnus, camarades de mon grand-père avant qu'il ne soit versé dans l'aviation comme mécanicien.
N'oublions pas les civils qui vivaient à proximité du front :


 
On sait la boucherie que fut cette guerre et les monuments aux morts des villages en témoignent. Il ne faut pas oublier qu'il y a eu deux fois plus de morts parmi les civils (en incluant les victimes de la grippe espagnole). 

Par Dominique LAURENT
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Lundi 9 novembre 2009

Le 9 novembre 1989, je n'étais pas à Berlin : je bossais. On venait de me refiler une comptabilité assez surréaliste à dépatouiller.
Mais ça ne m'empêche pas d'être l'heureuse propriétaire d'un morceau du mur. Valeur d'achat en 1994 : 2 DM (un peu plus d'1 €) au musée qui remplace maintenant "check point Charlie", ce qui atteste de son authenticité.

Cette pièce est donc déjà historique et je suis assez tentée de faire courir la rumeur qu'elle a été détachée du mur par le petit marteau de Nicolas Sarkozy.
Et je file de ce pas ouvrir un coffre à la banque.

Par Dominique LAURENT
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Lundi 2 novembre 2009
Lorsque les Cours ont été réaménagés, j'ai fait partie des rares (très rares) moulinois qui ont trouvé qu'on y accordait encore trop de place à la voiture.
Mis à part une exposition de photos, il y a deux ans, et l'opportunité saisie par un restaurant d'établir sa terrasse sous les tilleuls, la promesse de la municipalité de faire de la partie "neutralisée" un espace vivant n em'avait pas convaincue.
Et puis, à la mi octobre, alors qu'avec les membres de la Société Bourbonnaise des Etudes Locales, nous nous dirigions, justement, vers le dit restaurant où nous avions invité notre conférencier, surprise !!!
     




 cette sculpture s'appelle "singe avec un casqye militaire" !!!!!




Par Dominique LAURENT - Publié dans : la culture en province
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Dimanche 1 novembre 2009


Le vénérable Thich Trung Quan est né en 1917 (« dans une famille bonne et honnête »). Il partit à la recherche d’un maître dont il suivrait les enseignements et devint moine à l’âge de 20 ans.
En 1959, il partit diffuser son enseignement au Laos où il fonda 2 pagodes.

Il arrive en France en 1977 : il y a initié la construction de 7 pagodes dont celle de Noyant, en 1982. Il a aussi fondé une pagode à Bruxelles et une à Seattle aux Etats-Unis.
Il a sculpté de ses propres mains plusieurs statues du Bouddha. Bâtisseur, il fut aussi aussi traducteur et on lui doit 80 ouvrages traduits du chinois en vietnamien. Ascète, il entendait montrer l’exemple.


Il est mort à 86 ans le 1er avril 2003, ce qui se traduit sur sa stèle par la périphrase : « il a quitté son corps de manifestation pour rejoindre son corps de Dharma ».


Il a été incinéré et ses cendres transférées dans le stupa de l’enceinte bouddhique de Noyant, le  27 septembre de cette année, ce qui a été l'occasion d'un rassemblement important de bouddhistes du monde entier.

Voici quelques photos de la cérémonie qui m'ont été obligeamment communiquées par un jeune couple venu de Bruxelles pour participer à cette grande fête.





Par Dominique LAURENT - Publié dans : Noyant, Châtillon, etc...
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Mardi 20 octobre 2009

La Vague (die Welle) est un film sorti en 2008, et qui a, paraît-il, obtenu un phénoménal succès en Allemagne.

Il a été projeté à Moulins dans le cadre du festival  Jean Carmet, qui non seulement projette des films pour attribuer un prix du second rôle, mais aussi des courts métrages ainsi que des films à destination du jeune public. C’est dans ce dernier cadre qu’a été projetée « La Vague ». Je seraisq curieuse de savoir quelles conclusions en ont tirées les classes de 3e qu'on y a emmenées. Une cinéphile avertie a attiré mon attention sur lui, en me le résumant ("le prof fait porter un uniforme à ses élèves : un jean et une chemise blanche et les jeunes se saluent par un geste de reconnaissance qui imite le mouvement d’une vague") et en concluant « ils sont fous ces allemands ». 
J'ai été surveillante dans un lycée et, un beau jour de printemps, un de mes collègues avait fait ironiquement remarquer : « vous avez vu, nous sommes en uniforme : nous portons tous un jean et une chemise ou un chemisier blanc ! ».

Voici donc le résumé du film :
Ses élèves l’appellent Rainer et le tutoient : 45 ans, la nuque bien propre, fan de « Techno » qu’il écoute à fond la caisse dans sa voiture, habitant avec sa compagne prof et enceinte sur une péniche, il entraîne l’équipe de water polo de l’école qui doit affronter à la fin de la semaine celle d’un établissement voisin. Il enseigne, on ne sait trop quelle matière, d’ailleurs, à une classe de terminale dans une Volkhochschule d’une ville assez glauque. La plaque d’immatriculation (BE) ne correspond à rien, mais le paysage urbain évoque assez bien une de ces villes sinistrées de l’ancienne RDA.
Peu de temps avant la fin de l’année scolaire, les élèves de terminale doivent s’inscrire dans un groupe pour travailler autour d’un thème : le choix est offert entre l’anarchie ou l’autocratie. L’objectif de la direction de l’école et de l’équipe pédagogique est clairement affirmé : « il faut faire prendre conscience aux jeunes que la démocratie est le meilleur des systèmes politiques ».
Rainer est un peu vexé de ne pas avoir été retenu pour animer le thème autour de l’anarchie car il s’estimait compétent pour ce faire : il a étudié à Berlin et a habité un squat pendant plusieurs annéesn, rappelle-t'il. Et c’est à un bavarois aux abords de la retraite que l'anarchie a été confiée ! Il lui échoit donc de parler de l’ « autocratie ».
La première leçon consiste à définir le sujet : « Système politique dans lequel le souverain dispose d'un pouvoir absolu  - synonymes : absolutisme, arbitraire, autoritarisme, despotisme, dictature, tyrannie ».

Puis Rainer a l’idée de faire faire des exercices pratiques. Il faut d’abord élire un leader : les élèves élisent leur prof. Les réactions des jeunes lui échappent peu à peu et la situation va déboucher sur un drame.


Le critique de Télérama a jugé que ce film, qui se déroule sur une seule semaine, n’était pas plausible. C’est vrai : mais les tragédies du XVIIe siècle sont censées se dérouler en une journée. Et on les étudie encore dans les lycées et même en fac !

Ce film est une parabole et peut se lire de plusieurs façons. S'agit-il d'une mise en garde du réalisateur contre un renouveau du nazisme en Allemagne ? 
Une des lycéennes affirme au début de l'histoire : « la dictature, ça ne peut pas revenir en Allemagne : on nous a assez prévenu contre ». Si j’ai remarqué que l’histoire se déroule apparemment dans l’ancienne Allemagne de l’est, c’est que je me suis mise à la place de ces allemands de 20 ans, nés avec la chute du mur. A l’est, les autorités de RDA ont dédouané leurs concitoyens du poids du nazisme, en rappelant, non sans justesse d’ailleurs, que les communistes avaient été des résistants. Mais, avec la révélation au public des archives de la Stasi, les jeunes allemands de l'est ont découvert que quand leurs parents étaient jeunes, ils s’espionnaient et se dénonçaient à l’intérieur des familles.


Rainer est un « alternatif ». A la fin du film, il sait faire preuve de courage et d’une sage autorité avant d'être emmené, menottes aux mains par la police. Dans le film, les anarchistes ne sont pas mieux traités que les sympathisants de « la Vague » : ils sont présentés comme assez bas de plafond et apparaissent comme plutôt agressifs. Et puis, il y a des côtés sympa aussi dans ce mouvement : une nouvelle solidarité entre les élèves s'instaure, notamment quand l’un d’eux est pris à parti par deux jeunes hérissés de percings. Avant de troquer leurs vêtements contre un jean et une chemise blanche, les punks ou les « gothiques » de la classe de terminale, portent aussi des uniformes, comme le leur fait remarquer Rainer.

Et puis, des signes de reconnaissance dans les saluts, il n’y en a pas que dans les mouvements totalitaires !


Mais dans ce processus d'aliénation de l'esprit critqiue,  les allemands ne sont pas, par une fatalité de leur destin, les seuls en cause : je renverrai à un ouvrage assez ancien (mon exemplaire date de 1974) d’un psychologue américain nommé Stanley Milgram, « la soumission à l’autorité ». Pour une soi-disant expérience sur la résistance physique de cobayes humains, il avait placé des volontaires devant une console avec des boutons supposés envoyer un courant électrique. Derrière la vitre, le cobaye mimait la douleur. Un « scientifique » en blouse blanche  placé derrière eux leur donnait l’ordre de continuer, voire d’augmenter la puissance du courant… Que croyez-vous qu'il advint ?

Dans le film, il y a deux jeunes filles, deux seulement (et des filles !), modernes Inge Scholl, qui occupent leurs nuits à rédiger des tracts, à les photocopier (on a déconnecté leurs ordinateurs) pour dénoncer les dérives qu’elles perçoivent. Elles les distribuent le jour du match de water polo au cours de laquelle, un équipier, membre de la Vague, tente de noyer un de ses adversaires !

En ce moment sort sur les écrans
le « ruban blanc », Palme d'or à Cannes, qui veut aborder les raisons de l'émergence du nazisme.

Par Dominique LAURENT - Publié dans : mes coups de coeur
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Dimanche 11 octobre 2009

Jean Débordes, dans son ouvrage : L’Allier dans la guerre (1939-1945) constate les nombreuses exactions commises dans notre région par l’armée allemande à partir du 6 juin 1944 : « En quelques semaine, elle tua de sang-froid quelques cinquante quatre hommes ou femmes et brûla des dizaines de maisons ». 

A Noyant, la présence d’ukrainiens à la recherche des terroristes atteste bien que la colonne allemande qui rechercha les auteurs de l’embuscade du Rocher Noir et emmena des otages à Moulins (témoignage de Léon Dezamais) relevait des Waffen SS. Mais elle dépendait sans doute de la brigade « Jesser », connue aussi comme division,  groupe mobile Jesser, colonne Jesser, etc …. Moins connue que la division Das Reich, qui avait quant à elle sévi sur le front de l’est, la division Jesser, à l’époque des faits rapportés (été 1944 - 1ère partie ) était une création récente : c’est le 6 juin 1944, en effet que le général Kurt Von Jesser se vit confier le commandement de diverses unités, assez disparâtes, nous allons le voir, pour réprimer et anéantir les maquisards auvergnats et limousins.
En effet, depuis le printemps 1943, les maquis s’étaient multipliés dans l’Allier : J. Débordes en recense 29 (p.113 à 135)
La brigade Jesser sévit donc dans l’Auvergne et le Limousin de juin à août 1944, avant de se replier sur Autun et se battre dans la poche de Colmar en 1945. Son quartier général était situé à Ussel en Corrèze.
C’est cette colonne Jesser qui entre le 8 et le 15 juin a  «liquidé» le réduit du Mont Mouchet.
Elle rassemblait des Waffen SS, des « Légions étrangères », des Feldengendarmen (c’est à dire la police militaire)..  Les origines ethniques des hommes qui y étaient incorporés sont véritablement étonnantes. J’ai longtemps cru que les SS et leur branche militaire, les Waffen SS étaient uniquement constitués de nazis convaincus, comme ce fut effectivement le cas de la division française Charlemagne. Pour endurcir les jeunes recrues SS, racontait notre professeur d’histoire de Terminale, on leur faisait élever un chien (un berger allemand ou un dobermann, bien sûr), et on leur demandait ensuite de le tuer. Je savais aussi qu’on avait abondé leurs effectifs avec des « Volksdeutschen » (comme les alsaciens impliqués notamment à Oradour), mais j’ai découvert récemment que, nécessité faisant loi, on intégra des hommes ne pouvant pas attester de leur origine aryenne sur 4 générations : des ukrainiens, des russes, des bosniaques, des indiens d’unités de l’armée britannique, faits prisonniers. En 1944, 70 % des Waffen SS étaient des étrangers
(Cf Wikipédia : article Waffen SS).
La colonne Jesser comportait en outre deux « Ost-Legionen » ou « légions de l’est » (1). La première incluait des Tatars de la Volga (Freiwilligen Stamm Wolga Tatarische Bataillon), la seconde des Azerbaidjanais, tous turcophones. « Freiwilligen » se traduit par « volontaires », mais ces soldats des Ostlegionen étaient en réalité des ex-prisonniers de l’armée soviétique « retournés ». Dans la nuit du 29 au 30 juillet, 75  Tatars désertèrent d’ailleurs les forces allemandes pour rejoindre l’Armée Secrète.
Vers la fin du moi de juillet 1944, la colonne Jesser reçut l’ordre de se replier. La légion Tatare fut acheminée d’Ussel où elle était basée, vers Saint-Étienne où elle est arrivée le 4 août. Son itinéraire passait par Issoire et  Le Puy-en-Velay. Elle n’a donc pas transité par l’Allier. En revanche, le 1er août, la totalité des troupes de la légion Azerbaïdjanaise, les quelques éléments Tatars restant, les SS et les SIPO-SD se replièrent depuis Ussel en direction de Clermont-Ferrand où elle est signalée les 23 août et 24 août. Et le 27 août, la brigade Jesser fait retraite sur Autun, Dijon et Langres : Jean Débordes qui énumère les assassinats de civils entre juin et août 1944 démontre que la majorité d’entre eux eurent lieu le long de l’axe Clermont-Moulins-Autun
(J. Débordes, op. cité « la route sanglante », pages 244 à 247) mais les attribue au reste d’une garnison allemande de Limoges. Ces troupes allemandes refluaient en compagnie de miliciens français auxquels l’on doit un grand nombre des exactions commises dans le département.
Dans la composition de la brigade Jesser, je mentionnerai aussi des brigades d’intervention de la Feldgendarmerie dont la brigade N° 653, était cantonnée à Montluçon. Et dans leur repli sur Autun, il est tout à fait logique que les Feldengendarmen de Montluçon aient dû emprunter l’ancienne RN 145 qui passe à la Pierre Percée, d’autant que les résistance avait, le 14 juillet en faisant entrer deux trains en collision dans le tunnel de Noyant, rendu impraticable la voie ferrée Montluçon-Moulins, ce qui corroborerait la première interprétation que j’avais faite du récit de ma grand-mère. Mais l’évènement qui m’a été rapporté peut tout aussi bien avoir été la conséquence de l’embuscade au Rocher Noir le 18 juin. Car Selon J. Desbordes,
(p. 217) ils ont fouillé les corons de Noyant dans l’après-midi du 18 juin 1944 et ne repartirent que le lendemain matin. Il est tout à fait logique qu’ils aient continué leurs recherches à la nuit tombée à la Pierre Percée.

Une partie des effectifs de la brigade Jesser était sans doute stationnée à Avermes. Sa présence est en effet constatée le 8 juin 1944 à Saint-Amand-Montrond dans le Cher : « En représailles de l’attaque du siège de la Milice et de la prise de la ville de Saint Amand par les maquis FFI/FTP  une opération fut menée par des troupes allemandes venues de l’Allier. Ce bataillon du 1000ème régiment de sécurité de la Brigade Jesser, composé de parachutistes en tenue de camouflage, venait d’Avermes et ils avaient été transportés dans des camions appartenant à la ville de Moulins » (Source  AD 18 : 11 J 8 Comité Berrichon du Souvenir, état des crimes corporels des allemands : rapport sur Saint-Amand).

L’histoire de la seconde guerre mondiale, étudiée ainsi par le petit bout de la lorgnette, permet de comprendre les peurs rétrospectives ressenties par les populations civiles et aussi la réalité de ce que l’on appelle en langage militaire contemporain des « dégâts collatéraux ». Entre plusieurs histoires, je souhaite terminer par celle des époux Contoux, dont une rue d’Yzeure, longée par la voie ferrée, porte désormais le nom : ils vivaient au 14 de la rue Jenner. C’était une époque où les toilettes n’étaient pas à l’intérieur des maisons : vers 4 heures du matin, le 10 juin, M. Contoux se leva et ouvrit la porte donnant sur le jardin pour aller uriner. Six soldats allemands poussaient un chariot qu’ils avaient volé, sur la voix de chemin de fer de Moulins à Paray-le-Monial ; qui longeait la maison des époux Contoux. Ils brûlèrent des signaux et des pétards « de précaution » explosèrent. Ils se crurent attaqués par des « terroristes » et mitraillèrent M. Contoux qui descendait dans son jardin. Blessé à la jambe, il tenta de se réfugier chez lui. Les soldats allemands enfoncèrent portes et fenêtres et le tuèrent dans sa cuisine. Mme Contoux tenta d’appeler à l’aide par sa fenêtre, mais une grenade la tua (J. Débordes, op. cité, p. 249-250).  


(1) Je ne connais pas grand chose à l’histoire militaire : ces « légions étrangères » appartenaient-elles aux Waffen SS ?

 

Par Dominique LAURENT - Publié dans : Noyant, Châtillon, etc...
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